Israël : Herzog détient les clés, et Paris ne sait pas encore à quelle porte frapper
Le scrutin israélien du 27 octobre n'a donné de majorité à aucun camp. Le président Isaac Herzog ouvre ce mercredi ses consultations pour désigner celui qui tentera de former le gouvernement. La France, dont les relations avec Israël sont tendues depuis un an, affirme que sa ligne ne changera pas, quel que soit le vainqueur.

Le scrutin du 27 octobre n’a dégagé aucune majorité à la Knesset : le bloc de Benyamin Nétanyahou dispose de 53 sièges sur 120, celui de Gadi Eisenkot de 48, et les partis arabes de 19. Il en faut 61 pour gouverner. Le président Isaac Herzog entame ce mercredi 4 novembre les consultations avec les partis. Il chargera ensuite un député de former un gouvernement, pas nécessairement le chef du premier parti, qui disposera de 28 jours, prolongeables de 14. Si les candidats successifs échouent, la Knesset est dissoute et de nouvelles élections doivent se tenir sous 90 jours.
Pour la France, l’affaire n’a rien d’une querelle lointaine. Les relations entre Paris et Jérusalem sont tendues depuis la reconnaissance d’un État palestinien par Emmanuel Macron il y a un an, et le chef de l’État a depuis annoncé la fin des échanges commerciaux avec les colonies illégales de Cisjordanie. Or le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a promis le 28 octobre que « notre trajectoire ne changera pas », que M. Nétanyahou l’emporte ou que son rival prenne la tête du pays. Il s’est toutefois refusé à dire si la relation serait plus fluide avec l’opposition. Les interlocuteurs de la France, et donc l’efficacité de sa diplomatie, dépendent d’un arbitrage qui se joue dans un bureau de Jérusalem.
Ce bureau est celui d’un homme que l’on dit peu enclin à trancher. Les fonctions d’Isaac Herzog sont habituellement largement honorifiques, et le voilà chargé de désigner la personnalité qui formera le gouvernement. Il a plaidé pour que tout soit tenté afin d’éviter un nouveau scrutin, et s’était dit prêt à soutenir un gouvernement d’union nationale entre MM. Nétanyahou et Eisenkot. C’est la logique de l’arbitre : éviter la rupture, préférer l’arrangement. Elle a ses vertus. Elle a aussi ses limites quand les deux camps se refusent mutuellement.
L’arithmétique, elle, ne pardonne rien. Le bloc de M. Nétanyahou est loin des 68 sièges qu’il contrôlait à son sommet dans la précédente législature. Les listes arabes, portées par une participation doublée à environ 80 %, ont obtenu plus de sièges que jamais. MM. Nétanyahou et Eisenkot les ont l’un et l’autre écartées comme partenaires. Ces formations soutiennent la candidature de M. Eisenkot, mais l’une d’elles juge impossible d’entrer au gouvernement tant que l’occupation de la Cisjordanie se poursuit. Personne n’a donc de chemin simple vers 61 voix, et c’est le calendrier qui dictera la suite.
Il y a là une leçon institutionnelle que les Français connaissent mieux qu’ils ne le croient. La IVe République est morte de ses majorités introuvables et de ses présidents sans pouvoir, et la Ve a été taillée pour y mettre fin. Gardons-nous toutefois de la fatuité : la dissolution de 2024 a ouvert chez nous une période d’instabilité politique. Un pays qui a connu cela n’a pas de leçon de stabilité à donner. Il peut en revanche mesurer ce que coûte un exécutif qui n’a plus de majorité claire : des décisions suspendues, et des partenaires qui attendent.
La constance affichée par Paris appelle donc une réserve. Dire que la ligne ne bougera pas est une vertu quand elle s’adosse à des moyens de pression, à des alliés et à des interlocuteurs. Sans cela, elle devient une posture. M. Barrot a eu raison de rappeler qu’il faut accepter les gouvernements que les peuples se donnent. Il a aussi précisé que la France travaillera avec celui qui sortira des urnes. Mais une diplomatie qui proclame son cap avant même de connaître son partenaire se prive de toute marge de manœuvre.
Que doit faire la France ? Attendre la désignation du candidat sans commenter les tractations, ce qui n’est pas un renoncement mais de la tenue. Éviter d’annoncer de nouvelles mesures qui dépendent d’un gouvernement encore inexistant. Préparer, avec ses partenaires européens, des canaux de dialogue avec chacune des équipes possibles. Elle doit enfin dire clairement ce qu’elle veut obtenir, la sécurité d’Israël comme la perspective de deux États, et par quels moyens. L’influence ne se décrète pas depuis le Quai d’Orsay, elle se gagne en restant audible de ceux qui gouvernent.
France 24, 4 novembre 2026; AFP via RTBF, 28 octobre 2026; i24news, début novembre 2026; Al Jazeera, 2 novembre 2026; Arab News (AFP), 28 octobre 2026; Hespress FR, 28 octobre 2026; Jerusalem Post, 4 novembre 2026
- Isaac Herzog, un président effacé qui détient les clés du futur gouvernement israélien (France 24)
- Israël : Herzog lancera mercredi les consultations pour former un gouvernement (i24news)
- Elections législatives en Israël : Isaac Herzog, le discret président qui détient les clefs du prochain gouvernement (RTBF)
- Arab parties back Eisenkot: What's the latest in Israel's coalition talks? (Al Jazeera)
- France says Israel vote will not deter push for two-state solution (Arab News)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..



