Prony Resources : l’État paie le soufre, puis les sous-traitants, mais où est la stratégie ?
La province Sud de Nouvelle-Calédonie a adopté mardi 3 novembre un plan d'urgence de 11 millions d'euros, soit environ 1,3 milliard de francs Pacifique, pour les sous-traitants de Prony Resources. L'État, qui contrôle 74 % de l'usine, en finance l'essentiel. La production a chuté de 65 % depuis le blocage du détroit d'Ormuz, et c'est le contribuable français qui comble le trou.

Le bureau de l’assemblée de la province Sud a voté mardi 3 novembre un dispositif d’urgence pour les entreprises qui travaillent pour Prony Resources, l’usine du Sud. Selon la présidente de la province, Sonia Backès, l’enveloppe atteint 11 millions d’euros, environ 1,3 milliard de francs, dont 10 millions apportés par l’État. La délibération elle-même évoque un milliard de francs financé à 90 % par l’État. Les deux présentations ne se recoupent pas exactement, mais elles désignent le même payeur. Soixante-sept entreprises, listées par l’industriel, sont concernées. Le plan couvre leurs pertes entre octobre 2026 et mars 2027 et peut dépasser le plafond habituel de 1,5 million de francs par mois.
Pour la France, l’affaire n’a rien de lointain. Depuis février 2024, l’État détient 74 % de l’usine par une fiducie, dans l’attente d’un repreneur. Il est donc actionnaire de fait, prêteur et désormais financeur des sous-traitants. En septembre, il avait déjà annoncé un prêt supplémentaire, sans en publier le montant, pour soutenir la trésorerie et payer le soufre. Chaque enveloppe nouvelle s’ajoute à une dette de l’usine envers l’État que la presse locale estime à 65 milliards de francs.
L’origine du mal vient de loin, au sens propre. Le soufre sert à fabriquer l’acide qui traite le minerai. Son prix s’est envolé avec le conflit au Moyen-Orient, et la production de l’usine a reculé de 65 % depuis le blocage du détroit d’Ormuz, selon Mme Backès. Une usine du Mont-Dore, mise en service en février avec son unité Lucy, se trouve ainsi suspendue à un goulet d’étranglement maritime à des milliers de kilomètres. À cette date, elle comptait 1 349 salariés et un nombre comparable de sous-traitants.
Le plan a sa logique. Le nickel pesait 24 % de l’emploi privé du territoire selon un rapport de l’Inspection générale des finances cité en 2024. Laisser tomber des dizaines de petites entreprises de transport et de terrassement reviendrait à détruire un tissu patiemment reconstruit après les émeutes. Personne de sérieux ne le proposera. Les honnêtes gens qui conduisent un camion de mine ne sont pas responsables du cours du soufre.
Mais une aide qui comble des pertes sans rien exiger en retour est un anesthésiant, pas un traitement. Elle compense un manque à gagner de six mois, de octobre à mars, puis rien n’indique ce qui suivra. Le plafond de l’enveloppe fixe la durée de la survie, pas celle du redressement. C’est la vieille pente de la dépense publique : on finance la conséquence parce qu’on n’a pas tranché sur la cause.
La cause, justement, relève d’une décision d’État. Le seul candidat déclaré à la reprise, le consortium émirati New Battery Metals, a renoncé à présenter une nouvelle offre le 10 septembre. Il avait mis en avant le prix du soufre et réclamé un mécanisme de compensation, que l’État n’a pas, à ce jour, annoncé. Un actionnaire qui contrôle 74 % du capital ne peut pas jouer les spectateurs et se contenter de signer des chèques à chaque alerte.
Que faire, alors ? Premièrement, sécuriser l’approvisionnement en soufre par des contrats de long terme et des stocks, plutôt que de racheter au cours du jour dans la panique. Deuxièmement, attacher des contreparties à chaque franc versé : contrôle des sommes, suivi des emplois réellement maintenus, transparence sur les coûts. Troisièmement, annoncer avant mars 2027 un calendrier de reprise, avec la clarification de la dette. Le Pacifique français est un atout stratégique et industriel pour la France. Il ne le restera pas si Paris le traite à coups de perfusions successives, sans jamais dire où il veut aller.
Outre-mer La 1ère, 4 novembre 2026; Les Nouvelles calédoniennes, 4 novembre 2026; Les Nouvelles calédoniennes, 17 septembre 2026; Les Nouvelles calédoniennes, septembre 2026
- Prony Resources : 1,3 milliard de francs pour soutenir les sous-traitants (Les Nouvelles calédoniennes)
- Prony Resources : l'État accorde un nouveau prêt face à la hausse du prix du soufre (Les Nouvelles calédoniennes)
- Prony Resources : le processus de reprise menacé, après le retrait du seul candidat (Les Nouvelles calédoniennes)
- Prony Resources : 1,3 milliard de francs pour éviter des licenciements chez les sous-traitants (Outre-mer La 1ère)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..



