Maison de la Chine : trois ans de chambres vides, puis un cadeau que Paris doit lire de près

La Maison de la Chine, résidence de 300 chambres de la Cité internationale universitaire de Paris, serait restée vide depuis son inauguration, selon Le Parisien. Pékin annonce en faire don, alors que le logement étudiant manque à Paris. Le dossier pose la question des délais administratifs français et des conditions de ce don.

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Photo : ernie114 / Pixabay

Trois cents chambres neuves, un immeuble de huit étages au bord du périphérique, et personne dedans. La Maison de la Chine, inaugurée fin 2023 selon Le Parisien, se dresse dans la Cité internationale universitaire de Paris, dans le XIVe arrondissement. Elle serait totalement vide, ses seuls occupants étant les vigiles qui font leurs rondes. La Chine vient d’annoncer qu’elle fait don de la résidence. Les sources divergent sur le calendrier : le ministère chinois des Affaires étrangères évoque une inauguration le 11 mai 2023, tandis que la Cité indique que la maison a été achevée en 2024. Le constat, lui, ne varie pas : le bâtiment n’a pas servi.

Pour la France, l’enjeu est d’abord concret. La Cité internationale compte 7 000 logements répartis dans 47 maisons : ces 300 chambres en représentent plus de 4 %. Elles n’ont rien coûté au contribuable français, puisque la maison a été entièrement financée par la République populaire de Chine, pour 29 millions d’euros selon le bureau d’études S2T, intervenu sur le chantier. Mais un équipement gratuit et inutilisé reste une mauvaise affaire : on la paie en lits perdus pendant que des étudiants cherchent un toit.

Comment en est-on arrivé là ? La déléguée générale de la Cité, Blandine Sorbe, a expliqué au Parisien que les démarches administratives avaient été plus longues que prévu. Mélody Tonolli, adjointe à la maire de Paris chargée de l’Université, juge la situation inacceptable face aux étudiants en difficulté. Les sources dont nous disposons ne disent pas quelle formalité a bloqué, ni à quel guichet. Le fait est là : un terrain fourni, un chantier financé par autrui, et trois ans de porte close. Si la France met autant de temps à ouvrir une porte qu’on lui offre, que dire des chantiers qu’elle finance elle-même ?

Il ne faut ni naïveté ni procès d’intention. Le projet est né d’un accord-cadre signé en juin 2016, lors du Dialogue franco-chinois de haut niveau sur les échanges humains. La Cité le présentait comme le point d’appui du rayonnement universitaire de la Chine en Île-de-France. Elle rappelait aussi que les étudiants et chercheurs chinois forment le plus grand flux de mobilité entrante en France et que la Chine est la troisième nationalité du campus. Cette influence douce est légitime, et la France pratique la même à l’étranger. Mais une influence se négocie, elle ne se subit pas.

Reste le don lui-même. Les éléments disponibles n’indiquent ni le bénéficiaire, ni les conditions, ni la date d’ouverture des chambres. Virgile faisait dire à Laocoon qu’il redoutait les Grecs, même porteurs de présents. Sans voir un cheval de Troie dans une résidence étudiante, on peut exiger de lire l’acte avant d’applaudir. Qui devient propriétaire ? Qui gère ? Selon quelles règles d’attribution, sachant que la maison doit pratiquer le brassage des nationalités, comme toutes celles du campus ? Un cadeau qui laisserait à la collectivité l’entretien et à un tiers le choix des résidents n’en serait pas un.

Il y a aussi une facture que personne n’a présentée : celle de trois ans de gardiennage et d’entretien d’un immeuble inoccupé. Les sources ne disent pas qui l’a réglée. La question est légitime pour des gestionnaires qui, partout ailleurs, doivent justifier chaque euro. La responsabilité budgétaire vaut aussi pour les gestes diplomatiques.

La France aime se dire puissance de l’Indo-Pacifique. Ce rôle exige du sérieux dans les petits dossiers comme dans les grands. Avec Pékin, le rapport de force se joue sur les contrats, les approvisionnements et les dépendances industrielles, et la manière dont Paris gère ses propres affaires est observée. Une résidence offerte et laissée fermée dit quelque chose de notre capacité à exécuter.

Que faire ? Accepter le don, mais en publier les termes. Ouvrir les chambres sans délai, d’abord aux étudiants qui cherchent un logement, quelle que soit leur nationalité, dans la tradition de la Cité. Demander la réciprocité, avec des facilités équivalentes pour les établissements français en Chine. Instaurer enfin un guichet unique et un délai maximal pour tout équipement financé depuis l’étranger. Trois cents lits ne régleront pas la crise du logement étudiant. Ils diront si la France sait encore recevoir ce qu’on lui offre.

Le Parisien, 4 novembre 2026 ; Cité internationale universitaire de Paris ; S2T ; ministère chinois des Affaires étrangères, 12 mai 2023

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..