Budget 2027 : la commission vote 48 milliards de dépenses que personne ne sait financer
Les députés de la commission des finances ont déjà voté plus de 48,8 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour 2027, alors que le gouvernement vise un déficit de 5 % du PIB, contre 5,4 % en 2026. Parmi ces votes, une hausse de 20 % des salaires des enseignants, financée sur le papier par une coupe dans l'école privée. Le contribuable français en paiera les intérêts si la discipline cède.

Le calendrier est connu. Le vote sur la partie recettes du budget 2027 aura lieu le mardi 3 novembre, après un report. En 188 scrutins, les députés n’avaient examiné que 15 des 58 articles. Entre-temps, la commission des finances a voté plus de 48,8 milliards d’euros de dépenses supplémentaires, selon le décompte du bureau du rapporteur général. Et le jeudi 29 octobre, elle a adopté un amendement de La France insoumise pour augmenter de 20 % la rémunération des enseignants.
Ce que cela change pour la France tient en un chiffre : le déficit. Le projet de loi de finances prévoit déjà un solde budgétaire de moins 156,4 milliards d’euros en 2027. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a prévenu à la mi-octobre que les discussions avaient dégradé le déficit de 10 milliards d’euros, dont 6 milliards en un seul après-midi. Chaque milliard emprunté se paie en intérêts, donc en école, en gendarmerie et en routes qu’on ne financera pas. Les sources divergent d’ailleurs sur l’effort lui-même : le ministre de l’Économie, Roland Lescure, parle de 43 milliards de mesures nouvelles, quand un site spécialisé évoque 54 milliards. Même la mesure de l’effort fait débat.
Revenons à l’amendement. Son auteur, le député LFI Paul Vannier, a lui-même reconnu que augmenter de 20 % le salaire des enseignants sur un seul exercice n’est pas finançable. On vote donc une hausse dont on admet qu’on ne peut pas la payer. C’est la politique du chèque sans provision, avec cette circonstance aggravante que le texte a peu de chances d’être discuté en séance et que le gouvernement n’a pas de majorité pour le faire adopter par un vote classique.
Reste la manière de le financer, qui ne manque pas de sel. Le 29 octobre, la commission a retranché 8,99 milliards d’euros au programme de l’enseignement privé sous contrat, dont 8,3 milliards pour l’amendement sur les salaires. L’opération vise moins à payer les professeurs qu’à régler un compte idéologique avec un réseau scolaire. Les sources notent d’ailleurs une vive réaction de l’enseignement catholique et de très faibles chances que ces coupes survivent au budget définitif. Un affichage, donc, mais qui laisse des familles et des établissements dans l’inquiétude.
Le fond du dossier mérite pourtant mieux que ce théâtre. Le métier d’enseignant souffre d’un déficit d’attractivité, et personne ne peut s’en réjouir quand l’école de l’exigence suppose des maîtres respectés et correctement payés. Selon M. Vannier, le rapport entre le salaire d’un débutant et le Smic serait passé d’environ 2,3 fois au début des années 1980 à 1,2 fois aujourd’hui. Le même député fait remonter le gel du point d’indice au quinquennat de Nicolas Sarkozy, prolongé sous François Hollande. La droite n’a donc pas de leçon à donner en la matière : elle a elle aussi laissé s’éroder la valeur du travail de ceux qui instruisent nos enfants.
Mais la méthode compte autant que l’intention. Une hausse uniforme de 20 % pour tous, sans contrepartie, ignore le mérite, les postes difficiles, les disciplines en pénurie. Elle arrose ce qu’il faudrait cibler. La commission a par ailleurs adopté 366 amendements, dont 2 milliards pour le chèque énergie. Chacun défend sa cause, personne ne défend la caisse. Même le Rassemblement national, qui dénonce par la voix de son rapporteur un amendement « complètement fantaisiste », n’a fait adopter que 16 de ses 364 amendements de crédits. L’opposition de principe ne remplace pas une stratégie.
Le calendrier laisse peu de temps : les dépenses seront votées mission par mission du 3 au 16 novembre. La France doit donc fixer ses priorités avant que la séance publique ne défasse l’équilibre. Première règle : toute dépense nouvelle gagée par une économie réelle et documentée, non par une coupe de circonstance. Deuxième règle : une revalorisation des enseignants ciblée sur les débuts de carrière et les zones en tension, étalée sur plusieurs budgets, adossée à des exigences de présence et de résultats. Troisième règle : tenir la cible de 5 % comme un plafond, pas comme une suggestion. Un pays qui emprunte pour se consoler finit par emprunter pour survivre. Il serait temps que les partis qui se disent responsables le prouvent par leurs votes.
Moneyvox; Professeurs-des-ecoles.com, 30/10/2026; Nosparlementaires.fr; France 24, 13/10/2026; Assemblée nationale; Yahoo Actualités; La Tribune, 01/11/2026
- Budget 2027 : une hausse de 20% la rémunération des enseignants approuvée par les députés en commission (Moneyvox)
- Vote en commission du budget 2027 : 9 milliards d'euros de crédits retirés du financement de l'école privée (Professeurs-des-ecoles.com)
- Date du vote du budget 2027 : le 3 novembre, pas le 20 octobre (Nosparlementaires.fr)
- Budget 2027 : le calendrier du vote ministère par ministère (Nosparlementaires.fr)
- Budget 2027 de la France : le débat s'est ouvert à l'Assemblée nationale, objectif déficit à 5 % (France 24)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..