Belgique : sans budget à deux mois du terme, le voisin nous montre le prix de l’indécision

Le Premier ministre belge Bart De Wever poursuit ses consultations bilatérales pour boucler un budget fédéral qui doit dégager dix milliards d'euros d'ici 2029. Le pays partage la monnaie et les créanciers de la France, et son déficit reste bien au-dessus des 3 % des traités. Son impasse éclaire le débat budgétaire français : quand on diffère la dépense à trancher, la facture revient au contribuable.

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Photo : TobiasGolla / Pixabay

Le Premier ministre belge Bart De Wever poursuit ce dimanche 1er novembre ses consultations bilatérales sur le budget fédéral, a rapporté L’Echo. Sa coalition, dite Arizona, cherche environ dix milliards d’euros d’effort d’ici 2029. Le 10 octobre, une réunion de trois heures a tourné court, et le chef du gouvernement a renoncé au discours sur l’état de l’union faute d’accord. Depuis, bilatérales et propositions révisées se succèdent, sans compromis annoncé.

Ce n’est pas une querelle de voisinage. La Belgique partage notre monnaie, notre banque centrale et nos prêteurs. Quand son Premier ministre écarte publiquement un budget par douzièmes provisoires, en invoquant la gravité de la situation et l’évolution des marchés financiers, il rappelle que la confiance des créanciers est un bien commun de la zone euro. Chaque État qui la fragilise peut renchérir un peu le crédit de tous. Pour une France qui débat de son propre budget 2027, le feuilleton bruxellois est un miroir, pas un spectacle.

Regardons la méthode. La proposition de M. De Wever portait le taux maximal de TVA de 21 à 22 %, et fusionnait les taux de 6 % et 9 % en un taux unique de 12 %. Selon des partenaires de la majorité, le tableau faisait peser sur la fiscalité un effort trois à quatre fois supérieur, les premières années, à la part d’un neuvième prévue par l’accord de gouvernement. Le MR a opposé un refus catégorique à la réforme de la TVA, et les doigts se sont pointés vers lui.

Le résultat attendu ne justifie pas l’effort. En février, les projections donnaient 5,7 % de déficit, alors que le gouvernement visait 4,9 %. Les dix milliards ramèneraient le pays à 4,5 % en 2031, au-dessus des 3 % des traités et loin des 2,1 % que conseille le Fonds monétaire international. Et la Belgique n’est pas un paradis fiscal : l’Institut Molinari lui attribue un taux de prélèvement de près de 54 % sur le salarié moyen. Quand le travail est déjà taxé à ce point et que le déficit demeure, la question n’est plus de savoir quel impôt relever, mais quelle dépense couper.

Le calendrier aggrave tout. Le budget doit paraître au Moniteur avant le 31 décembre pour s’appliquer le 1er janvier, et son adoption demande près de deux mois. La Belgique a déjà ouvert 2026 sous douzièmes provisoires, c’est-à-dire en dépensant chaque mois un douzième du budget précédent. Le président de Vooruit, Conner Rousseau, a jugé que ce ne serait pas la fin du monde. M. De Wever pense le contraire, et la presse économique belge relève le risque d’une dégradation de la note du pays.

La droite n’a pas à être indulgente envers elle-même. Une coalition qui réunit nationalistes flamands, libéraux, centristes et socialistes flamands produit un compromis par construction. Ce compromis se paie en impôts, parce que l’impôt est le terrain où chacun peut céder sans heurter son électorat. Les libéraux du MR ont raison de refuser la hausse de la TVA, mais leur refus ne vaut que s’il s’accompagne d’économies chiffrées. Dire non à la recette sans dire oui à la coupe, c’est une autre manière de renoncer.

La France connaît la tentation : voter la dépense, puis renvoyer la facture au contribuable. Elle n’a pas besoin d’un voisin pour la lui décrire, mais l’exemple belge la rend visible. La Banque nationale de Belgique réclame elle-même un cadre budgétaire national contraignant, autrement dit une règle qui s’impose aux gouvernements avant que les marchés ne s’en chargent. L’aveu est précieux, et il vaut des deux côtés de la frontière.

Paris devrait en tirer trois règles. Arrêter d’abord la trajectoire des dépenses, avant de parler recettes. Inscrire ensuite cette trajectoire dans une loi qui lie les majorités successives. Fixer enfin le calendrier budgétaire assez tôt pour qu’aucun gouvernement n’ait à négocier au bord du gouffre. Un voisin qui hésite à deux mois du terme n’est pas un exemple à moquer. C’est un avertissement à lire avant que les marchés ne le fassent à notre place.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..