Corée du Nord : Pyongyang ferme la porte à Washington, la facture se présente aussi à Paris

Kim Yo Jong, sœur du dirigeant nord-coréen, a déclaré mercredi que Pyongyang n'avait « aucune raison » de dialoguer avec des États-Unis qu'elle juge hostiles. Des missiles ont été tirés en mer du Japon, alors que le FBI attribue à des pirates nord-coréens le vol record de 6,3 milliards de dollars sur Binance. Pour la France, l'affaire touche la sécurité européenne, par l'alliance entre Pyongyang et Moscou, et la protection de l'épargne numérique.

Par · Chronique ·
Illustration : rocket launch, rocket, take off, space shuttle, rocketship, space shuttle launch, nasa launch, space travel, john f kennedy space center, cape canaveral, florida, usa, rocket launch, rocket, rocket, rocket, rocket, rocket
Photo : WikiImages / Pixabay

Mercredi 4 novembre, Kim Yo Jong a fermé la porte à toute reprise du dialogue avec Washington. Elle a écarté par là l’hypothèse d’un sommet entre son frère et Donald Trump, qui venait de lancer un nouvel appel du pied après avoir rencontré Kim Jong Un trois fois durant son premier mandat. Le jour même, l’armée sud-coréenne a signalé plusieurs tirs de missiles en mer du Japon. Lundi, selon l’agence officielle KCNA, Pyongyang avait testé des missiles de croisière stratégiques dotés d’une nouvelle ogive à sous-munitions.

Pourquoi cela regarde la France ? Parce que ce refus intervient au milieu d’une affaire d’argent qui est aussi une affaire de guerre. Samedi, le FBI a formellement attribué à la Corée du Nord le vol, vers le 29 octobre, de plus de 6 milliards de dollars sur Binance, première plateforme de cryptomonnaies au monde. Pyongyang dément et parle de « grave provocation politique ». Les deux dossiers, le butin et les missiles, ne se séparent pas.

Le montant donne le vertige : 6,3 milliards de dollars, soit environ 5,3 milliards d’euros. Un expert cité par l’AFP le compare à près d’un quart du PIB annuel estimé de la Corée du Nord. Le FBI désigne le groupe TraderTraitor, déjà tenu pour responsable du vol de 1,5 milliard de dollars subi par la plateforme Bybit en février 2025. Un rapport des Nations unies de 2024 indiquait que ces cyberattaques auraient contribué au financement des armes de destruction massive du régime. Si ces accusations se confirment, un braquage numérique se transforme, quelques mois plus tard, en têtes d’ogive et en tubes de lancement.

Le premier enjeu français est donc celui de l’épargne. Binance revendique 335 millions d’utilisateurs. Les dépêches ne disent pas combien de Français sont touchés, et nous ne le prétendrons pas. Mais l’épargnant qui place ses économies sur une plateforme étrangère, hors du filet d’une banque, doit savoir qu’il confie son argent à des coffres que des États hostiles tiennent pour des cibles de choix. La liberté d’investir est une chose, la naïveté en est une autre.

Le second enjeu est celui de la sécurité du continent. La Corée du Nord a conclu avec Moscou un accord de défense mutuelle en 2024, après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Kim Jong Un s’est dit « fier » du partenariat avec la Russie dans une lettre à Vladimir Poutine, rapportée en août. Volodymyr Zelensky accuse Pyongyang de préparer l’envoi de 30 000 à 50 000 soldats supplémentaires, sans en préciser l’origine, ce que nous ne pouvons donc pas vérifier. Une Russie adossée à un arsenal et à des hommes venus d’Asie n’est pas un problème lointain pour les Européens.

Reste la diplomatie personnelle de Donald Trump. Elle a produit trois rencontres, des images, et aucun désarmement : la Corée du Nord reste dotée de l’arme nucléaire et multiplie les essais. Que Pyongyang réponde aujourd’hui par des missiles à une main tendue montre que le régime ne cherche pas la conversation mais le rapport de force. Il est d’autant plus à l’aise qu’il dispose d’un trésor de guerre numérique et d’un allié russe. Cela ne condamne pas le dialogue, cela rappelle seulement qu’il se mène en position de force ou pas du tout.

La France, membre permanent du Conseil de sécurité, n’a pas à regarder passer ce match entre Washington et Pyongyang. Elle a trois choses à faire. D’abord, faire de la traque et du gel des fonds volés une priorité judiciaire et financière, avec ses partenaires européens et américains. Ensuite, exiger des plateformes qui opèrent sur notre marché des standards de sécurité et de traçabilité à la hauteur des sommes qu’elles manient. Enfin, relier explicitement le dossier coréen à celui de l’Ukraine, car c’est le même axe de régimes qui se prêtent main-forte. À défaut, l’Europe paiera deux fois : en épargne exposée, puis en sécurité menacée.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..