Start-up industrielles : 37 sites ouverts, un solde positif que l’électricité chère pourrait gâcher
Selon Bpifrance, les start-up industrielles ont ouvert 37 sites en France depuis janvier contre 26 fermetures, quand le reste de l'industrie reste en solde négatif. Elles ont levé 2,8 milliards d'euros en neuf mois. Leur avenir dépend du prix de l'électricité, dont l'avantage français s'est réduit, et de la main-d'œuvre qualifiée, que les territoires peinent à trouver.

Un solde positif dans l’industrie française, cela ne se voit pas tous les jours. D’après le bilan du troisième trimestre de Bpifrance, publié en avant-première par L’Usine Nouvelle le 4 novembre, les start-up industrielles ont ouvert 37 sites depuis janvier : 19 usines dites à l’échelle, 4 extensions et 14 lignes pilotes. Elles en ont fermé 26. Le solde est de plus 11 sur neuf mois. Dans le reste de l’industrie, il demeure négatif, et L’Usine Nouvelle publiera son propre bilan fin novembre.
Pour la France, l’enjeu dépasse la statistique. Ces entreprises lèvent de l’argent privé et le transforment en murs, en machines et en salaires. Elles ont réuni 2,8 milliards d’euros depuis le début de l’année, soit 42 % de plus en un an. Bpifrance estimait pour 2025 qu’une première usine représente en moyenne 14 millions d’euros d’investissement et 50 emplois. Appliquée aux 19 usines à l’échelle, cette moyenne donne l’ordre de grandeur d’un millier d’emplois directs. Ce sont des postes qualifiés, ancrés dans les territoires, et qui n’attendent aucun plan de sauvetage.
Gardons pourtant la mesure. Sur les 37 ouvertures, 14 sont des lignes pilotes, qui ne sont pas des usines. Bpifrance avait compté 49 usines à l’échelle ouvertes en 2025 sur l’année entière, et 19 en neuf mois laissent attendre un tassement, à vérifier selon la méthode de comptage. Au premier semestre, les inaugurations reculaient déjà alors que les levées montaient, à 1,94 milliard d’euros contre 1,37 un an plus tôt. Les investisseurs croient à la French fab. Les chantiers, eux, demandent du temps.
Le premier obstacle s’appelle le mégawattheure. L’association espagnole des grands consommateurs d’énergie, AEGE, vient de publier son baromètre. À fin octobre, l’électricité pour un industriel électro-intensif coûte 82,94 euros le mégawattheure en France, 95,46 en Allemagne et 107,90 en Espagne. L’écart espagnol avec la France est de 30 %. Notre pays reste le mieux placé des trois, grâce à son parc nucléaire. Mais le même baromètre donnait 22,05 euros pour la France à fin décembre 2025. Si l’on tient ces relevés pour comparables, le prix a été multiplié par près de quatre en dix mois. AEGE est une association qui plaide pour ses membres, et il faut lire ses chiffres avec prudence. La tendance est pourtant nette.
Cet avantage s’érode, et il serait absurde de se féliciter d’attirer des usines en laissant fondre ce qui les attire. Un fabricant de substrats ou un recycleur de batteries compare les prix de l’énergie avant de couler la première dalle. La rente nucléaire, bâtie par des générations d’ingénieurs et payée par le contribuable, ne se conserve pas toute seule. Elle suppose d’entretenir le parc, de tenir le calendrier du programme EPR2 et de proposer aux industriels des contrats de long terme lisibles.
Reste le facteur humain. Ouest-France rapporte que l’agroalimentaire, premier employeur de Normandie, peine à recruter faute de personnes qualifiées. À Évron, des collégiens découvrent les métiers de l’industrie. À Alençon, une exposition gratuite reste ouverte jusqu’au 6 novembre. À Le Mans, la Chambre de commerce renomme ses formations pour les rendre plus lisibles. Ces initiatives sont estimables. Elles disent aussi la difficulté : on inaugure des lignes avant d’avoir trouvé les mains qui les feront tourner.
La France sait donc ce qu’elle doit faire. Garder une électricité compétitive, c’est la condition première, et elle se joue sur dix ans. Il faut aussi orienter plus tôt les jeunes vers l’apprentissage et les métiers techniques, et simplifier ce qui peut l’être dans les délais d’implantation. Enfin, l’argent public doit se juger sur ses résultats, en sites ouverts et en emplois tenus, non sur les annonces. Les start-up industrielles viennent de montrer qu’on peut encore produire ici. Il serait dommage que l’État le leur fasse regretter.
L'Usine Nouvelle, 4 novembre 2026 ; Ouest-France, 3 novembre 2026 ; Demócrata et Press Digital (baromètre AEGE), 3 novembre 2026 ; El Economista, janvier 2026 ; L'Usine Nouvelle, 11 mars et 28 juillet 2026
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Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..



