Accidents du travail : plus de morts en 2025, et des indemnités rabotées

L'Assurance maladie a recensé 783 décès consécutifs à un accident du travail en 2025, contre 764 un an plus tôt. Depuis le 1er novembre 2026, le plafond servant au calcul des indemnités journalières AT-MP est abaissé, ce qui touche les salariés blessés, les employeurs qui cotisent et les comptes de la Sécurité sociale.

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Photo : borevina / Pixabay

Le bilan publié par l’Assurance maladie à la mi-octobre dresse un constat sombre pour l’année 2025. On y recense 783 décès consécutifs à un accident du travail, contre 764 un an plus tôt, soit dix-neuf victimes de plus. Aux morts du travail s’ajoutent 344 décès sur le trajet et 204 liés à des maladies professionnelles, principalement l’amiante. Plus de 551 000 accidents ont donné lieu à un arrêt ou à une incapacité permanente, et ils ont généré 84 millions de journées d’arrêt.

Pour la France, la facture ne se limite pas au drame humain, qui reste l’essentiel. Les employeurs financent ce risque par leurs cotisations AT-MP, et la Sécurité sociale verse les indemnités pendant que les salariés restent éloignés de leur poste. Dans des chantiers, des usines et des services où chaque heure compte, ces journées d’arrêt pèsent sur la compétitivité autant que sur les comptes sociaux. Ces deux questions ne se traitent pas séparément.

Le plus préoccupant tient à la nature des accidents qui progressent. Ceux survenus dans un contexte de stress, de harcèlement ou d’épuisement professionnel ont bondi de 24 % en un an, avec 35 500 cas recensés, soit 6,5 % de l’ensemble. Le risque psychosocial entre désormais de plain-pied dans la statistique des accidents, au même titre qu’une chute de hauteur. Une politique de prévention qui ne regarde que les machines et les échafaudages passe à côté de la réalité.

Le paradoxe est réel. L’indice de fréquence du régime général est passé de 26,8 accidents avec arrêt pour 1 000 salariés en 2023 à 26,4 en 2024, selon les données reprises par un site spécialisé. Or le nombre de morts continue de monter, et les observateurs s’interrogent sur ce décalage. Une fréquence qui baisse légèrement ne suffit pas quand la mortalité progresse : il faut regarder la gravité des situations, pas seulement le volume.

C’est dans ce contexte que les indemnités journalières AT-MP sont rabotées. Depuis le 1er novembre 2026, le plafond de rémunération servant à leur calcul est abaissé, selon ameli.fr, et un décret du 1er octobre le fixe à 1,8 SMIC selon l’éditeur Editions Tissot. Les deux sources n’expriment pas ce plafond dans la même unité, mais elles décrivent toutes deux une baisse. Cette mesure s’inscrit dans une série d’économies sur les IJSS, et le projet de loi de finances pour 2027 pourrait durcir leur fiscalité.

Économiser sur la réparation sans rien changer à la prévention relève d’une comptabilité de court terme. Baisser le plafond ne fait reculer aucun accident. Cela reporte la charge sur le salarié blessé et sa famille, avant que la facture ne revienne vers les finances publiques et les cotisations des entreprises. La responsabilité d’un État consiste d’abord à empêcher les accidents, puis à indemniser justement ceux qui n’ont pas pu être évités.

La prévention doit donc viser juste. Le BTP concentre plus de 19 % des accidents du travail mortels, alors qu’il ne représente qu’environ 8 % des salariés du régime général, selon les chiffres clés de l’Assurance maladie repris par un cabinet spécialisé. Les jeunes sont aussi plus exposés : leur indice de fréquence atteint 36 accidents pour 1 000, contre 26,4 pour l’ensemble des actifs, selon les données que relaie la CGT.

La France devrait moduler davantage les cotisations AT-MP en fonction de la sinistralité réelle de chaque entreprise, afin de récompenser celles qui préviennent et de peser sur celles qui laissent faire. Elle devrait concentrer contrôles et moyens sur le bâtiment, les transports et l’industrie, où les décès se concentrent, et former les nouveaux arrivants avant leur premier poste. Le budget de la Sécurité sociale doit se redresser par la prévention, pas par la baisse des indemnités versées aux victimes.

Editions Tissot, actualité santé et sécurité du 3 novembre 2026 ; Assurance maladie, bilan des risques professionnels 2025 publié le 13 octobre 2026, relayé par TPE Actu (15/10/2026) et Add'éo Conseil (20/10/2026) ; ameli.fr, réglementation AT/MP au 1er novembre 2026 ; Editions Tissot, actualité du 30/09/2026 et du 07/10/2026 ; CGT, communiqué sur les risques professionnels 2025 ; artisan-assure.fr, chiffres clés BTP 2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..