Robespierre : « ça me va bien », puis « pas forcément », ou l’essayage d’un costume trop étroit

Interrogé sur LCI, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a jugé que Robespierre lui allait bien, avant de se dire « un mixte » d'influences. Le propos intervient dans une séquence où il a aussi plaidé pour priver le RN de temps de parole pendant la présidentielle. Il touche la France au point sensible de la liberté d'expression et du climat de la campagne de 2027.

Par · Chronique ·
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Photo : WikiImages / Pixabay

Le fait tient en quelques mots. Invité de LCI, le maire de Saint-Denis s’est vu citer Robespierre parmi les figures de la Révolution. Sa réponse : « Ça me va bien ». Relancé par le journaliste sur le point de savoir s’il était robespierriste, il a répondu « pas forcément » et s’est décrit en « mixte », surtout soucieux de rester Bally Bagayoko, enfant des quartiers populaires. Les sources divergent sur la date de l’émission : le JDD la situe au dimanche 1er novembre, 21news au 25 octobre. Le plateau, lui, ne fait pas débat.

Pourquoi la France devrait-elle s’y arrêter ? Parce que Saint-Denis compte environ 150 000 habitants, que son maire est devenu en quelques mois une figure nationale de la gauche radicale, et que la présidentielle de 2027 se prépare déjà. Quand un élu de cette importance choisit ses références, il dit quelque chose du climat dans lequel les électeurs seront appelés à voter.

Reconnaissons d’abord à l’intéressé le mérite de la franchise, aussitôt entamé par la prudence. Dire « ça me va bien » d’un homme politique, c’est essayer le manteau devant la glace. Ajouter « pas forcément » dans la même minute, c’est le rapporter à la caisse en gardant le ticket. Le vestiaire de l’Histoire ne fait ni reprise ni échange : Robespierre se prend avec ses manches, et elles sont longues.

Car l’homme de l’an II ne se résume pas à un manteau d’avocat d’Arras. Il a siégé au Comité de salut public, et son nom reste attaché à la Terreur. Il a fini guillotiné le 28 juillet 1794, ce qui devrait inciter à la modestie les amateurs de justice expéditive. Éric Zemmour n’a pas manqué d’y voir un aveu. L’argument est de combat, mais il n’est pas absurde : on choisit rarement un modèle au hasard.

Le plus savoureux est ailleurs. Quelques jours plus tôt, le même élu s’était prononcé pour qu’on prive de parole médiatique le Rassemblement national pendant la campagne, au nom de la lutte contre les propos racistes. Or Robespierre défendait en 1791 la liberté de la presse, avant que les événements ne lui fassent changer d’avis. Voilà un disciple qui rattrape son maître à la période la plus sombre, en sautant la période libérale. C’est une économie de temps, sans doute.

Au chapitre des contradictions, notons aussi que M. Bagayoko affirme vouloir apaiser. Il avait déclaré, au milieu de lycéens en grève, que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ». Le préfet de police de Paris a saisi la justice pour des faits présumés de provocation à commettre un délit. L’intéressé juge cette procédure démentie par les images et assure agir pour calmer les esprits. La justice tranchera, et il bénéficie de la présomption d’innocence. Mais l’apaisement se prouve mal avec un tel répertoire de citations.

La polémique a même franchi les frontières. Un conseiller du président russe a relayé une vidéo de l’élu en le baptisant « Robespierre de la Révolution française 2.0 ». Il faut avouer qu’on espérait un autre ambassadeur pour la Révolution de 1789 que celui d’une capitale qui n’a jamais manqué de commentateurs intéressés par nos désordres. Le compliment venu de Moscou n’est pas de ceux qu’on affiche sur sa porte de mairie.

La France n’a pas besoin d’une nouvelle querelle de panthéon, elle en a connu assez. Elle a besoin d’une campagne où chaque camp parle, est entendu et est jugé par les électeurs, non par un arbitre qui ferait taire l’adversaire. Que l’on aime ou non le RN, la meilleure réponse à un discours reste de lui répondre. Que M. Bagayoko choisisse enfin ses références : Jaurès, Hugo ou Clemenceau lui iraient peut-être mieux, et sans retouches.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..