Concurrence chinoise : la France achète à bas prix la dépendance qu’elle refuse de produire
Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan estime qu'environ 36 % de la production manufacturière française est exposée à la concurrence chinoise. La Banque de France isole cinq filières touchées, de l'automobile à la pharmacie, en passant par la chimie. Pour nos usines, nos emplois et notre approvisionnement en batteries, l'enjeu est direct.

Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan a publié en février un rapport sur l’industrie européenne face à la poussée chinoise, et son diagnostic est sévère. Près de 36 % de la production manufacturière française subit une pression venue de Chine, d’un rythme qui surprend les observateurs. Le constat ne s’arrête pas là : environ sept de nos grands atouts comparatifs se trouvent dans des secteurs soumis à une forte pression concurrentielle. De son côté, la Banque de France identifie cinq ensembles exposés : l’automobile, les produits métalliques, la chimie, la pharmacie et les autres matériels de transport, dont l’aéronautique.
Pour la France, la facture se lit d’abord dans les intrants. Les constructeurs chinois ont pris une avance nette dans les véhicules électriques, les batteries et plusieurs composants électroniques, et nos industriels dépendent souvent de leurs fournisseurs pour les batteries et les moteurs électriques. Une part importante de la filière des énergies vertes repose elle aussi sur des acteurs chinois. Le prix d’achat baisse, mais la maîtrise de la chaîne s’effrite, et une rupture à l’autre bout du monde peut suffire à immobiliser une ligne de production française.
Le paradoxe tient à la structure de nos entreprises. D’après l’analyse de la Banque de France, les plus exposées cumulent une spécialisation étroite, une dépendance à quelques clients et un faible pouvoir de fixation des prix. Les intrants chinois moins chers masquent ce piège. Une ETI qui achète au plus bas tout en vendant à des donneurs d’ordres puissants se retrouve prise en étau, sans marge pour investir. La montée en gamme reste la seule protection durable contre une concurrence fondée sur le volume.
Les chiffres du commerce confirment la tendance. Selon des données douanières reprises par la Fondation pour la recherche stratégique fin 2023, la France exportait environ 80 milliards d’euros vers l’Indo-Pacifique pour en importer 150, soit un déficit proche de 70 milliards et près de 37 % de notre déficit total. La Chine représente à elle seule près de la moitié de ces échanges. Le problème n’est donc pas la région dans son ensemble, mais le poids d’un seul partenaire dans nos approvisionnements.
La dépendance ne se limite pas aux produits finis. Un rapport sénatorial antérieur rappelle que l’Indo-Pacifique concentre l’essentiel des réserves mondiales de matières premières critiques, avec 85 % du lithium, 75 % du nickel et 75 % du cuivre. Ces métaux alimentent les batteries et les réseaux électriques que nous voulons produire sur notre sol. Vouloir relocaliser l’assemblage sans sécuriser l’amont revient à bâtir une usine sur du sable.
Il faut aussi regarder la limite de l’échelle nationale. Nos premiers partenaires restent européens, et le marché unique offre une protection réelle, mais les protections commerciales de l’Union ne sécurisent pas nos positions sur plusieurs marchés, notamment en Asie. La France ne peut pas arbitrer seule : la taille critique se joue à l’échelle de l’Union européenne, avec des achats communs, des normes et des règles de concurrence qui ne pénalisent pas nos champions.
Le repli total serait une erreur. La stratégie française dans l’Indo-Pacifique vise précisément à diversifier nos approvisionnements stratégiques et nos débouchés, et l’Inde comme l’ASEAN deviennent des destinations d’investissement sérieuses. Le vrai choix consiste à diversifier sans naïveté, en gardant nos capacités de production là où elles comptent.
Trois priorités s’imposent. D’abord, cibler les filières où la dépendance est critique, à commencer par les batteries, et financer une capacité de production européenne plutôt que des subventions dispersées. Ensuite, orienter les aides vers la montée en gamme plutôt que vers le volume. Enfin, diversifier nos fournisseurs en Asie et ailleurs pour ne plus dépendre d’un seul pays. Une industrie qui achète sa dépendance à bas prix finit toujours par la payer au prix fort.
Asialyst (22/02/2026); Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (09/02/2026); Sénat, question publiée le 12/03/2026; ETI Radio (02/10/2026); Fondation pour la recherche stratégique (fiche n°8, décembre 2023)
- Alerte rouge sur la concurrence industrielle chinoise (Asialyst)
- Les ETI industrielles françaises face à la concurrence chinoise : marges, approvisionnements et investissements sous tension (ETI Radio)
- Souveraineté industrielle européenne face à l'accélération de la concurrence chinoise (Sénat)
- L'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois (Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan)
- Fact sheet No.8: Economic cooperation and business, promoting trade and exchanges with the Indo-Pacific (Fondation pour la recherche stratégique)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..



