Logement au Portugal : quand la pénurie met la rue sous la tente, Paris a une leçon à prendre

Treize personnes ont été arrêtées dimanche 1er novembre à Lisbonne et à Porto lors de l'évacuation de campements contre la crise du logement. Les prix ont plus que doublé au Portugal depuis 2017, et la contestation regarde vers l'Espagne, où une grève générale est annoncée le 11 novembre. Un signal pour la France, voisine de la péninsule et exposée aux mêmes tensions sur l'offre de logements.

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Photo : Berniem / Pixabay

Dimanche 1er novembre, vers 4h30, la police antiémeute portugaise a évacué les campements de la place du Rossio, à Lisbonne, et de la place Dom Joao I, à Porto. Six personnes ont été arrêtées à Lisbonne et sept à Porto pour avoir refusé de se conformer aux ordres de dispersion. Selon la police, des bouteilles, de la peinture et des engins pyrotechniques ont été lancés sur les agents, treize policiers ont été blessés et huit hospitalisés. Le collectif Acampada Lisboa avance de son côté plus de trente manifestants blessés, dont dix soignés à l’hôpital. Les deux bilans émanent de parties au conflit, et ils ne se recoupent pas.

L’épisode n’a rien d’isolé. Les protestations se sont durcies après l’intervention policière du 15 octobre contre un campement de Porto. Le 20 octobre, le démantèlement à Lisbonne avait donné lieu à 55 arrestations. Le dimanche précédent, 25 personnes avaient été arrêtées à Lisbonne et six à Porto. Les militants s’inspirent des campements espagnols, dont celui de la Puerta del Sol à Madrid. Certains appellent à rejoindre la grève générale prévue en Espagne le 11 novembre. Une contestation ibérique se construit donc à nos portes, sur un sujet, le toit, qui touche chaque ménage français.

Les chiffres expliquent la colère. Les prix portugais ont plus que doublé depuis 2017 et les loyers des nouveaux baux ont presque doublé, les jeunes étant les plus touchés. La Banque du Portugal estime le déficit à 300 000 logements, soit tout le parc de Lisbonne. Quand l’offre manque à ce point, toute politique se réduit à répartir la pénurie, et chaque répartition fait des mécontents.

Les revendications des campements mêlent le recevable et l’illusoire. Elles réclament l’abrogation de la loi sur les baux, la fin des expulsions sans solution de relogement et des limites aux achats des fonds immobiliers. Aucune ne crée un mètre carré. Plafonner les loyers ou geler les expulsions rassure le locataire d’aujourd’hui en décourageant le bailleur de demain. Un marché où l’on n’ose plus louer produit moins d’offre, et des loyers plus hauts pour ceux qui cherchent encore.

Le gouvernement n’est pas exempt de reproches. Le cabinet minoritaire de centre droit veut faciliter les expulsions et supprimer les plafonds de loyers. Dans son principe, la direction est la bonne : un propriétaire sûr de récupérer son bien accepte de le louer. Mais l’ordre des réformes compte. Libérer le marché avant d’avoir fait sortir les logements de terre offre à la rue le récit d’un État qui a choisi son camp. Le président Antonio José Seguro a lui-même réclamé un large accord entre partis, pour des mesures de long terme.

La Nouvelle Gazette ne transige pas sur l’ordre. Des tentes plantées sur une place publique forment une occupation que la police qualifie d’illégale. Trois policiers en civil ont été agressés à Porto après avoir été repérés par un groupe, et cela ne relève d’aucun droit de manifester. Mais on juge une politique à ce qu’elle règle. Au soir du 20 octobre, la foule du Rossio a voté le retour des tentes dès le lendemain. Une évacuation par semaine n’est pas une politique du logement. La police a rendu la place à la ville, elle n’a bâti aucun toit.

La leçon pour la France est limpide. Un pays qui ne construit pas assez finit par voir sa jeunesse camper devant ses institutions, quelle que soit la couleur de son gouvernement. Il faut libérer le foncier constructible, raccourcir l’instruction des permis, offrir aux bailleurs la stabilité fiscale et juridique qui les retient dans la location, et protéger le propriétaire de bonne foi contre l’impayé tout en organisant le relogement. Mieux vaut agir avant que le mouvement ibérique ne trouve ses échos chez nous.

Watson, 1er novembre 2026; AFP via France 24, 20 octobre 2026; Al Jazeera, 1er novembre 2026; Reuters via US News, 25 octobre 2026; Euronews, 25 octobre 2026; Free Malaysia Today (AFP), 1er novembre 2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..