Logement : 5 000 euros pour ouvrir une porte, le péage d’un marché que l’État a verrouillé

Ouest-France rapporte le cas d'une femme à qui une agence a demandé 5 000 euros pour lui ouvrir la porte d'un appartement qu'elle voulait visiter. Elle a refusé. Pour les Français qui cherchent à se loger, l'affaire pose la question de l'écart entre un droit abondant, qui plafonne les frais, et son application sur le terrain.

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Photo : Anestiev / Pixabay

Ouest-France raconte ce dimanche l’histoire d’une candidate à la visite d’un appartement. Une agence lui a réclamé 5 000 euros pour lui en ouvrir la porte, et elle a répondu : « Je ne paierai pas ». Le titre de l’article ne précise ni la nature du bien ni le cadre exact de la demande. L’agence, dont on ne connaît que la version rapportée, n’a pas à être jugée sur une accroche. L’épisode n’en dit pas moins quelque chose d’un marché où le seuil d’une porte peut ressembler à un guichet.

Pour les Français, l’enjeu est concret. Se loger pèse lourd dans un budget, et la recherche d’un toit se fait sous tension, avec des candidats nombreux et prêts à beaucoup concéder. Toute somme exigée avant même d’avoir vu les murs frappe d’abord les moins armés : jeunes actifs, familles, salariés qui déménagent pour un emploi. Et ceux-là ne savent pas toujours ce que la loi autorise.

Si l’on parle d’une location, la loi est pourtant nette. Depuis la loi ALUR, les règles figurent à l’article 5 de la loi du 6 juillet 1989. Pour la visite, le dossier et la rédaction du bail, le plafond est de 12 euros par mètre carré en zone très tendue. Sur 50 mètres carrés, cela fait 600 euros au maximum pour les trois prestations, loin des 5 000 euros évoqués. La visite ne peut en outre être facturée au locataire que si l’agent la réalise pour son compte, et non lorsque le propriétaire a mandaté l’agence pour trouver un occupant. Et aucune somme ne peut être réclamée avant la signature du bail, rappelle SeLoger.

Le problème n’est donc pas l’absence de règle. C’est son effectivité. Une enquête d’UFC-Que Choisir en Côte-d’Or, citée dans une question écrite à l’Assemblée deux ans après la loi ALUR, soulignait la persistance de pratiques abusives et d’une tarification élevée. Une réponse ministérielle de la même période évoquait des sanctions administratives pouvant aller jusqu’à 15 000 euros pour une personne morale. Un arsenal existe donc, mais le consommateur qui doit saisir lui-même la justice pour récupérer son dû n’est pas protégé. Il est invité à plaider.

La confusion fait aussi le jeu des escrocs. Des fraudeurs ont créé sur TikTok de faux comptes pour réclamer de l’argent à de futurs locataires pour visiter un bien. Dans le schéma décrit, une somme de 80 euros est demandée, puis le prétendu agent disparaît. Quand des demandes illégitimes se multiplient, le candidat ne sait plus distinguer la pratique douteuse de l’usage. Les professionnels honnêtes en pâtissent, car leur métier repose sur la confiance.

La cause de fond est connue, et elle ne figure dans aucun code. Quand le logement est rare, tout intermédiaire est tenté de se faire payer le passage. Or l’État a multiplié les contraintes qui découragent ceux qui offrent des toits : encadrement, normes, fiscalité du bailleur. Chaque règle, prise isolément, a ses défenseurs. Ensemble, elles raréfient l’offre, donc renforcent le pouvoir de ceux qui tiennent la clé. On prétend protéger le locataire et on le livre à la pénurie.

Il y a là une ironie historique. La Révolution avait aboli les péages intérieurs, ces barrières où l’on payait pour franchir un pont ou traverser un fief, au nom de la libre circulation des hommes et des biens. On ne voit pas pourquoi le seuil d’un appartement ferait figure d’exception. Un marché libre n’est pas un marché sans règles, c’est un marché où elles sont connues, simples et appliquées.

La France devrait donc faire trois choses. Faire respecter l’existant par des contrôles visibles de la DGCCRF et des sanctions qui se savent. Cesser d’empiler les textes et simplifier ceux qui existent, pour que chacun connaisse ses droits. Et libérer l’offre, en construisant, en rassurant les bailleurs et en stabilisant la fiscalité. En attendant, le conseil vaut pour tous : ne rien payer avant la signature du bail. En cas de litige, adresser une mise en demeure, puis saisir le tribunal de proximité si la somme est inférieure à 4 000 euros.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..