Terres rares : Trump affaibli, Pékin renforcé, et la France suspendue à un guichet de licences
Après la déroute républicaine aux élections de mi-mandat, la trêve commerciale entre Washington et Pékin n'est prolongée que jusqu'au 10 janvier. Or la Chine assure environ 60 à 70 % de l'extraction mondiale de terres rares et 85 à 90 % de leur traitement, dont dépend l'industrie française. L'accès européen repose sur une promesse de licences, non sur un droit.

Les démocrates ont pris la majorité dans les deux chambres du Congrès américain lors des élections de mi-mandat, infligeant un revers net à Donald Trump. La trêve commerciale avec la Chine, confirmée lors de deux sommets en 2026, n’est prolongée que temporairement jusqu’au 10 janvier. Taïwan attend depuis des mois que Washington approuve une vente d’armes de 14 milliards de dollars. Et à Tokyo, un an après les propos de Sanae Takaichi sur l’île, le dégel avec Pékin se fait toujours attendre, selon Mezha.net.
Ce bras de fer lointain a une adresse en France : celle de nos usines. La Chine pèse 60 à 70 % de l’extraction mondiale de terres rares et 85 à 90 % de leur traitement, l’étape qui fabrique les oxydes dont dépendent des technologies essentielles. Tout industriel français qui électrifie ses produits, de l’automobile à l’armement, achète donc une part de sa production à un guichet pékinois. Or l’ouverture de ce guichet se négocie entre Washington et Pékin, deux capitales où la France n’a pas de siège.
L’Europe a certes arraché un geste. En octobre, Bruxelles et Pékin se sont entendus pour réduire de plus de moitié les exportations chinoises d’hybrides vers l’Union, en échange d’un « canal vert » facilitant l’accès aux terres rares. Un porte-parole du ministère chinois du Commerce a même indiqué que les licences continueraient d’être accordées aux Européens si la trêve américaine tombait en janvier. C’est rassurant, et c’est précaire. Une licence est une faveur révocable, pas un droit d’approvisionnement.
Le Japon montre comment Pékin traite ceux qui lui déplaisent. Lorsque Mme Takaichi a suggéré que son pays pourrait intervenir en cas d’attaque contre Taïwan, la Chine a mis en garde ses ressortissants contre les voyages au Japon et imposé des restrictions commerciales. La Première ministre a depuis qualifié Pékin de « voisin important » et promis une relation stable. La glace n’a pas cédé pour autant. La leçon vaut pour nous : la Chine dose ses rétorsions, les fait durer, et les réserve à qui franchit une ligne qu’elle a elle-même tracée. Un pays dont l’industrie dépend de ses licences n’est pas tout à fait libre de ses paroles.
La déroute de Donald Trump complique l’équation. Selon Reuters, Pékin cherchera à exploiter la fragilité politique du président américain pour renforcer sa position dans les négociations. L’économiste Neil Shearing, de Capital Economics, juge que la Chine pourrait aussi accroître la pression sur Taïwan si elle croit Washington distrait. À l’inverse, un Congrès démocrate pourrait contraindre Trump à reprendre les ventes d’armes à l’île, ce qui, selon l’universitaire Wu Xinbo, nuirait à la stabilité sino-américaine. Dans les deux cas, janvier devient une date à risque pour nos approvisionnements.
On aurait tort de croire que les Américains ont trouvé la parade. Washington a dévoilé une réserve stratégique financée à hauteur de 12 milliards de dollars, mais la plupart des terres rares extraites aux États-Unis partent encore en Chine, faute de capacité de traitement : seuls 10 à 30 % sont raffinées sur place. Si la première puissance du monde peine à s’affranchir, l’idée que la France y parviendrait seule serait naïve. Côté européen, Bruxelles compte 93 projets stratégiques et cherche des acheteurs. Le maillon faible n’est pas la géologie, c’est la commande ferme.
Nous avons déjà payé cette leçon. Le choc pétrolier de 1973 avait appris à la France ce que coûte une énergie qu’on ne maîtrise pas, et le pays y avait répondu par un grand programme industriel plutôt que par des communiqués. Les métaux critiques réclament la même constance, loin des effets d’annonce et des guichets provisoires. Le Pacifique, où la France possède des territoires, n’est pas un décor : c’est le lieu où se décide le prix de nos aimants, de nos batteries et de nos munitions.
Que faire, alors ? Constituer des stocks stratégiques avant le 10 janvier plutôt qu’après. Offrir aux projets européens de raffinage des contrats d’achat de long terme, seule garantie qui convainc un banquier, et raccourcir les délais d’autorisation qui découragent l’investisseur. Parler d’une seule voix européenne avec Pékin sans renoncer à défendre les intérêts français. Et ne jamais confondre une trêve avec une sécurité : la dépendance se règle par des commandes, pas par des promesses.
Boursorama, 5 novembre 2026 ; Reuters via Zonebourse, 4 novembre 2026 ; Mezha.net, 6 novembre 2026 ; Génération NT, 10 octobre 2026 ; AFP via 20 Minutes, octobre 2026 ; France 24, 8 février 2026 ; Netpublic, octobre 2026
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- La Chine rassure l'Europe, les exportations de terres rares sont garanties même si la trêve commerciale avec les États-Unis venait à prendre fin (Netpublic)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..



