Pouvoir d’achat : la rue réclame, Matignon convoque, mais seule la production paie

Entre 575 000 et 1,6 million de manifestants selon les sources ont défilé jeudi pour les salaires et contre la vie chère. Matignon réunit lundi une conférence sociale. Au même moment, un baromètre montre qu'une mensualité de 1 000 euros finance un mètre carré de moins qu'il y a un an. Pour les ménages comme pour les finances publiques, la question est de savoir qui paiera.

Par · Chronique ·
Illustration : apartments, architecture, balconies, building, facade, house, windows, exterior, building exterior, apartment complex, glass windows, apartments, building, building, house, house, house, house, house
Photo : Pexels / Pixabay

Jeudi 5 novembre, les syndicats ont organisé une journée de grève et de manifestations pour les salaires, les services publics et contre la vie chère. La CGT revendique près de 1,6 million de manifestants en France, dont 350 000 à Paris. Le décompte provisoire de Beauvau, arrêté à 17 heures, en donnait près de 600 000, Paris compris. Le ministère de l’Intérieur a jugé le déroulé des cortèges globalement bon et fait état de 448 interpellations. L’écart entre les deux comptes est de un à trois, ce qui en dit long sur l’état de la confiance.

Ce mouvement vient après des semaines de colère de la jeunesse et de défilés contre la vie chère, rapporte l’AFP. Il oblige le gouvernement à répondre. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a demandé à Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, de finaliser ses concertations d’ici dimanche. Une conférence sociale réunira lundi syndicats et patronat. Pour les Français, l’enjeu est double : le contenu de la fiche de paie, et l’identité de ceux qui financeront toute concession, entreprises et contribuables, sur fond de budget en discussion.

Cette colère n’a rien d’imaginaire. Les journaux locaux rapportent les mêmes mots de La Rochelle à Nice, de Dijon à Lannion. À La Rochelle, un témoignage recueilli par ici.fr résume la situation : « Je ne peux plus me nourrir correctement ». En Dordogne, la mobilisation a mêlé pouvoir d’achat et colères rurales. Une chronique sérieuse commence par reconnaître que beaucoup de ménages sont à l’os.

Le logement en donne une mesure chiffrée. Avec 1 000 euros de crédit par mois sur vingt ans, on finance 50,5 m² au premier semestre 2026, contre 51,5 m² un an plus tôt. Le recul atteint 1,9 % en un an selon Meilleurtaux et leboncoin immo. Les taux étaient pourtant presque stables. Dans les 32 villes étudiées, les prix affichés des appartements ont augmenté de 2,5 %. La surface finançable baisse de 7,1 % à Metz et de 6 % à Toulouse, mais progresse de 3,7 % à Nantes. Selon SeLoger, la surface accessible à l’achat a reculé en moyenne de 11 m² entre février 2020 et février 2026.

Il faut en tirer la leçon, qui n’est pas celle des pancartes. Le pouvoir d’achat n’est pas un droit que l’on proclame, c’est un résultat que l’on produit. Un salaire rémunère une valeur créée, et celle-ci naît dans les ateliers, les fermes et les bureaux d’études, pas dans les cabinets ministériels. Mai 1968 reste instructif : Grenelle accorda une hausse du Smig de 35 %, et le franc fut dévalué l’année suivante. Les augmentations décrétées sans production pour les gager se paient toujours, par l’inflation ou par l’impôt.

Le nœud du sujet se trouve dans l’écart entre ce que coûte un salarié et ce qu’il touche. Chaque euro versé par l’employeur est rogné par les prélèvements. Alléger ces prélèvements suppose de réduire la dépense publique qui les justifie. Or les cortèges réclamaient à la fois plus de salaires et plus de services publics. On peut le souhaiter, à condition de dire qui règle la facture. C’est la question que la conférence de lundi sera tentée de contourner, en demandant un effort au patronat et un chèque à l’État.

Le logement relève de la même logique. Quand les prix montent plus vite que la capacité d’emprunt, subventionner la demande ne règle rien : on nourrit la hausse. À Metz, la hausse atteint 7,2 %, à Marseille 6,8 %. La rareté est locale, et la réponse doit l’être aussi : construire là où l’on manque de toits, raccourcir les délais, alléger les normes empilées, cesser de traiter le promoteur et le propriétaire en suspects. Le mètre carré se gagne par l’offre, pas par le guichet.

Lundi, le gouvernement aura la tentation de distribuer ce qu’il n’a pas. Il devrait faire l’inverse. Il doit dire la vérité sur ses marges, alléger le coût du travail par des économies documentées, récompenser l’heure travaillée et libérer la construction. La France ne manque pas de salariés en colère. Elle manque d’un État qui laisse enfin leur travail payer.

France 24, 5 novembre 2026; franceinfo, 5 novembre 2026; AFP via France 24, 2 novembre 2026; NVO, novembre 2026; Meilleurtaux et leboncoin immo via MySweetImmo, 5 novembre 2026; Le Revenu, 6 novembre 2026; ici.fr, 6 novembre 2026; SeLoger, 2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..