Niger : Alger envoie ses soldats, Bruxelles pose des questions, la France regarde passer le Sahel
Le Parlement algérien a autorisé le 25 octobre l'envoi de troupes au Niger, une première depuis 1973. Un premier convoi serait arrivé à Arlit, zone d'uranium, et l'Union européenne demande des éclaircissements. Gaz, sécurité au sud de la Méditerranée, influence au Sahel : la France y a des intérêts, mais plus de leviers.

Le 25 octobre, le Parlement algérien a autorisé l’envoi d’unités de l’armée au Niger. C’est la première projection de forces algériennes à l’étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973. Selon Reuters, un premier convoi a atteint le 30 octobre Arlit, ville minière d’uranium du nord-ouest nigérien. Le même jour, à Bruxelles, le porte-parole de l’Union pour les affaires étrangères, Anouar El Anouni, a dit attendre des éclaircissements sur la portée, l’objectif et le fondement de l’opération. La presse algérienne s’en indigne ce samedi : El Watan accuse l’Union d’amnésie.
Ce dossier touche la France de trois façons. Il concerne d’abord l’énergie : Alger justifie sa décision par la protection des projets de Sonatrach au Niger, notamment le champ gazier de Kafra et le gazoduc transsaharien qui doit relier l’Algérie, le Niger et le Nigeria. Algérie et Niger ont déjà commencé les travaux côté algérien en juin. Si ce tuyau voit le jour, il pèsera sur l’approvisionnement gazier du continent. Il concerne ensuite notre sécurité, puisque le Sahel est la frontière sud de l’Europe. Il concerne enfin notre rang : les régimes sahéliens ont chassé les soldats français, et d’autres capitales occupent la place.
Le tournant d’Alger est réel. L’Algérie avait condamné le putsch de juillet 2023 à Niamey et proposé sa médiation. Elle devient aujourd’hui le protecteur militaire du pouvoir en place. Fin août, elle avait déjà envoyé quatre chasseurs pour aider à déjouer une tentative de coup d’État. Sa Constitution permet désormais ces déploiements, à condition d’un vote des deux tiers dans chaque chambre. La doctrine de non-ingérence, longtemps vantée à Alger, a donc cédé devant l’intérêt pétrolier et gazier. On y voit le réalisme d’un pays qui défend ses actifs, sans pour autant y voir une conversion à l’altruisme.
Les zones d’ombre restent nombreuses. Les autorités n’ont rendu publics ni les effectifs, ni la durée, ni le lieu précis, ni les règles d’engagement de la mission. Selon une source, les soldats seraient basés à Madama, près de la frontière libyenne. Les récits divergent : le cabinet du Premier ministre nigérien affirme que les militaires algériens étaient là uniquement pour livrer du carburant. Un convoi de 53 camions vers Agadez a bien été escorté, mais cela ne dit rien du reste. La question de Bruxelles n’a donc rien de saugrenu.
Elle a pourtant un défaut : elle ne coûte rien à celui qui la pose. L’Union demande de la transparence, de la proportion et de l’apaisement, sans y mettre la moindre présence sur le terrain ni le moindre levier. Les éditorialistes algériens ont beau jeu de rappeler qu’un État souverain, invité par un autre, n’a pas de compte à rendre à un porte-parole. Ils oublient en revanche que le Niger vit sous un régime militaire, et qu’on ne protège pas un pays en protégeant seulement ses puits.
Le risque, lui, est bien réel. Alger a rompu ses relations avec le Maroc et les Émirats arabes unis, et plusieurs analystes lisent ce déploiement comme un message à ces rivaux. Une zone aussi stratégique que la passe de Salvador, à la jonction du Niger, de la Libye et de l’Algérie, peut devenir le théâtre d’une rivalité d’États. Des soldats déployés pour garder des installations peuvent aussi être attirés dans des affrontements qui dépassent leur mission. Pour les Français, ce serait un nouveau foyer d’instabilité au voisinage de la Libye.
La France ne gagnerait rien à rejoindre le chœur des leçons. Elle n’en a plus l’autorité au Sahel, et ce rôle de professeur a déjà coûté cher à son influence. Elle doit d’abord parler à Alger de ce qui l’intéresse vraiment : gaz, frontières, renseignement. Elle doit ensuite exiger que l’Union européenne, si elle veut peser, mette sur la table des moyens plutôt que des communiqués. Elle doit enfin se bâtir des positions durables au Sahel, avec ceux qui voudront bien traiter, sans nostalgie ni condescendance. À défaut, nous continuerons de commenter la carte que les autres dessinent.
El Watan, 7 novembre 2026 ; France 24, 26 octobre 2026 ; Euronews, 26 octobre 2026 ; Atlasinfo, novembre 2026 ; The Conversation, novembre 2026 ; Jeune Afrique, novembre 2026
- Sahel : pourquoi l'Algérie envoie-t-elle des troupes au Niger ? (France 24)
- Algeria approves troop deployment to Niger: what is their mission? (Euronews)
- L'Union européenne demande des précisions sur les soldats algériens déployés au Niger (Atlasinfo)
- Algeria is sending troops to Niger for the first time in decades: what's at stake (The Conversation)
- Algérie-Niger : pourquoi Alger a choisi d'assumer un rôle de parrain sécuritaire (Jeune Afrique)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..



