Facs bloquées : le droit d’étudier, première victime d’un blocus qui se dit solidaire
Le 2 novembre, le président d'Aix-Marseille Université a alerté sur la détresse et la santé mentale des étudiants, après un mois et demi de blocages des universités et des lycées. Les Echos publient ce 7 novembre un nouveau cri d'alarme d'un président d'université. Pour la France, l'enjeu est celui des examens, de la valeur des diplômes et d'une facture que les organisations mobilisées chiffrent à 10 milliards d'euros.

Le 2 novembre, Éric Berton, président d’Aix-Marseille Université, a alerté sur franceinfo sur la détresse des étudiants après un mois et demi de blocages. Il décrit des services d’aide surchargés et un effet déjà vu pendant le Covid, avec des étudiants inquiets pour leurs examens. Ce 7 novembre, Les Echos relaient le cri d’alarme d’un président d’université dans le même registre : des étudiants en souffrance faute de pouvoir aller en cours.
Pour la France, l’enjeu dépasse la psychologie. Un semestre amputé, c’est un diplôme dévalué, des examens décalés, des jeunes qui arrivent plus tard sur le marché du travail et un investissement public, payé par le contribuable, qui tourne à vide. Les organisations mobilisées portent dix mesures principales, chiffrées à 10 milliards d’euros, dont la fin de la sélection à l’université, 250 000 places et une réforme des bourses. Dans un pays qui peine à boucler ses budgets, la facture compte autant que l’intention.
Les chiffres du mouvement se contredisent, et il faut le dire. Le 3 novembre, le ministère recensait 48 lycées bloqués, quand l’Union syndicale lycéenne en annonçait près de 500. Le 5 novembre, elle revendiquait plus de 1 000 lycées à l’arrêt et 90 % des universités mobilisées. De son côté, le ministre Édouard Geffray juge le mouvement « assez résiduel ». La vérité se situe sans doute entre la communication des uns et l’optimisme du ministère, mais un président d’université n’a aucune raison de grossir le trait quand il décrit ses services de soutien débordés.
Le gouvernement a pourtant lâché du lest. Le plan du 26 octobre prévoit la fin de Parcoursup en 2028, des classes de seconde plafonnées à 28 élèves, des postes d’enseignants supplémentaires et des milliards pour le bâti scolaire. Ces décisions doivent passer par des amendements au projet de loi de finances 2027. Cela n’a pas suffi. Les organisations étudiantes et lycéennes ont poursuivi le mouvement, insatisfaites de ces concessions. La leçon vaut pour toute la place publique : céder sous blocus n’apaise pas, cela fixe le prix suivant. Le retrait du CPE en 2006 avait déjà enseigné que la rue obtient ce que le débat ne lui donne pas, et que l’appétit vient en mangeant.
L’ironie est cruelle. En 2021, les campus étaient fermés par une pandémie que personne ne choisissait. À Lyon, il y avait alors un psychologue pour 30 000 étudiants, contre un pour 1 500 aux États-Unis, selon le président de Lyon 3 d’alors. Cinq ans plus tard, les mêmes services, toujours trop minces, absorbent les effets d’une interruption cette fois décidée. On ne peut pas réclamer des moyens pour la santé mentale des étudiants et produire, par le blocage, les troubles qu’ils devraient soigner.
Ceux qui paient le plus cher ne sont pas ceux qui prennent la parole en assemblée générale. L’étudiant dont les parents peuvent financer des cours privés ou un séjour de rattrapage s’en sort. Le boursier, lui, perd un semestre qu’il ne peut pas se permettre. Un reportage de 2021 rappelait qu’un jeune sur deux travaille pour financer ses études : chaque mois perdu est un mois de loyer sans contrepartie. Le blocus se dit solidaire, mais il frappe d’abord les plus fragiles.
Éric Berton ne demande pas pour autant qu’on ignore les revendications. Il attend de l’État qu’il réinvestisse dans l’enseignement supérieur public, et il appelle à réfléchir à une refonte du modèle universitaire et à des cours d’orientation dès le collège. Ce diagnostic mérite d’être entendu. Mais il suppose un débat chiffré, hiérarchisé, financé par des économies identifiées, et non une surenchère à 10 milliards menée sous la pression des cadenas. Il s’inquiète aussi de la prise à partie d’un certain nombre de présidents d’université. Ce point ne saurait être négligé.
La France doit donc tenir trois lignes. D’abord, garantir l’accès aux cours et protéger les présidents d’université, car une faculté n’est pas un terrain de négociation. Ensuite, organiser sans délai le rattrapage et les examens, et renforcer l’accompagnement psychologique, qui est le vrai maillon faible. Enfin, ouvrir le débat sur l’orientation et la sélection avec un chiffrage et une trajectoire de financement, hors blocus. Le droit d’étudier est la première promesse faite aux jeunes : l’État doit d’abord la tenir.
Les Echos, 7 novembre 2026; franceinfo, 2 novembre 2026; France 24, 2 novembre 2026; Aladom, octobre 2026; Europe 1, octobre 2026; Euronews, 2021
- Le président de l'université d'Aix-Marseille alerte sur la dégradation de la santé mentale des étudiants face aux blocages (franceinfo)
- Des lycées bloqués dans plusieurs villes à l'aube d'une semaine de mobilisation (France 24)
- Mouvement lycéen : ce qu'il faut retenir des annonces d'Édouard Geffray (Aladom)
- Mouvement lycéen et étudiant : le gouvernement présentera lundi ses premières décisions face aux revendications (Europe 1)
- « De plus en plus d'étudiants sont en détresse, comme pendant le Covid », faute de pouvoir aller en cours : le cri d'alarme d'un président d'université (Les Echos)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..



