Hong Kong : après le verdict Wong, la France doit mesurer ce que vaut un hub sous loi de sécurité
Un tribunal de Hong Kong a condamné jeudi 5 novembre le militant prodémocratie Joshua Wong à dix ans de prison supplémentaires pour collusion avec des forces étrangères. La France a 5,2 milliards d'euros d'exportations vers le territoire et des centaines d'entreprises sur place. Cette plateforme vers la Chine opère désormais sous une loi qui criminalise aussi l'appel à des sanctions.

Un tribunal de Hong Kong a condamné jeudi 5 novembre Joshua Wong, 30 ans, à dix ans de prison supplémentaires pour collusion avec des forces étrangères, au titre de la loi de sécurité nationale imposée par Pékin. Détenu depuis novembre 2020, le militant avait plaidé coupable en septembre et encourait la perpétuité. Il devait sortir en janvier 2027 après quatre ans et huit mois pour subversion. Les autorités lui reprochaient d’avoir sollicité des pays étrangers pour obtenir des sanctions contre la ville et la Chine. Selon Human Rights Watch, il pourrait rester incarcéré jusqu’à la fin de 2036.
Ce verdict n’est pas seulement une affaire de conscience. Hong Kong pèse dans les comptes français. Les exportations de la France vers le territoire ont atteint 5,2 milliards d’euros en 2024, en recul de 8,6 %, leur plus bas niveau depuis 2015 d’après Le Moci. Le territoire est le 23e débouché de la France et le 6e en Asie. Le consulat général recensait 365 filiales françaises en 2022 et 80 sièges régionaux. Une autre source avance environ 700 entreprises : les comptages divergent, la présence est réelle. S’y ajoutent une soixantaine d’entreprises françaises de la tech.
Cette présence tient à la fonction du lieu. Hong Kong est une porte plus qu’un marché. En 2023, selon la même administration, environ 70 % des exportations françaises vers le territoire ont été réexportées vers la Chine continentale et le reste de la région. Ce que la France y gagne dépend donc moins de la taille de la ville que de la solidité de ce qui s’y échange : des contrats exécutés, des juges indépendants, des capitaux qui circulent librement, des collaborateurs qui parlent sans crainte.
C’est là que la condamnation inquiète. Elle sanctionne le fait d’avoir demandé des sanctions à des gouvernements étrangers, c’est-à-dire une démarche banale de plaidoyer dans n’importe quelle démocratie. Je ne prétends pas que les entreprises françaises soient visées. Je dis que la frontière entre lobbying, conseil, communication et « collusion » devient floue, et que l’incertitude juridique a un coût. Elle se paie en primes de risque, en prudence des investisseurs, en départs de talents.
La rétrocession de 1997 s’était faite sous la promesse d’un pays, deux systèmes. Un observateur interrogé par l’AFP juge que ce verdict ferme toute perspective de retour aux années plus libérales d’avant 2019. On peut le regretter, on ne peut pas l’ignorer. Un hub dont le statut dépend de la volonté d’un seul pouvoir ne se gère plus en rentier, mais en prudent. Les chefs d’entreprise le savent mieux que les diplomates.
Paris se trouve donc devant un double écueil. Le premier est le moralisme sans levier : condamner d’un communiqué et passer à autre chose. Le second est la naïveté commerciale, qui consiste à croire que les affaires survivront indéfiniment à l’érosion du droit. Les deux se corrigent par la méthode. Human Rights Watch appelle les gouvernements étrangers à dénoncer ces peines. La France peut le faire sans emphase, aux côtés de ses partenaires européens, parce que la parole d’un pays qui défend ses ressortissants et ses principes pèse davantage quand elle est constante.
Le versant économique demande moins de mots et plus de travail. Business France et le service économique du Trésor devraient dresser sans délai la carte de l’exposition des entreprises françaises à Hong Kong : contrats, données, flux financiers, personnel expatrié. Les exportateurs qui passent par le territoire vers les États-Unis ont déjà dû revoir leur logistique face aux droits de douane américains. Une plateforme n’est un atout que si l’on garde d’autres portes ouvertes.
La France devrait donc tenir trois lignes à la fois : dire le droit sans trembler, protéger ses entreprises et ses ressortissants avec méthode, et réduire sa dépendance à un point de passage unique. Cela suppose de renforcer les accès à l’Asie par d’autres partenaires de l’Indo-Pacifique et de ne plus confondre volume d’échanges et sécurité de l’approvisionnement. Un hub qui perd sa sécurité juridique perd sa raison d’être. Il vaut mieux l’anticiper que le constater sur les bilans.
franceinfo, 5 novembre 2026 ; France 24 (AFP), 5 novembre 2026 ; Human Rights Watch, 5 novembre 2026 ; Blick (AFP), 5 novembre 2026 ; DG Trésor ; Le Moci ; Consulat général de France à Hong Kong et Macao
- A Hong Kong, le militant prodémocratie Joshua Wong condamné à 10 ans de prison supplémentaires (franceinfo)
- Hong Kong : le militant prodémocratie Joshua Wong condamné à 10 ans de prison supplémentaires (France 24)
- Hong Kong: Joshua Wong Gets Nearly 10 More Years in Prison (Human Rights Watch)
- Les exportations françaises vers Hong Kong et Macao et présence française (DG Trésor)
- Hong Kong, fiche pays (Le Moci)
- Exporter / Se développer à Hong Kong et Macao (Consulat général de France à Hong Kong et Macao)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..



