Terres rares : Pékin garde la main sur les aimants, la France doit cesser d’attendre
La suspension par la Chine de ses règles élargies sur les terres rares arrive à échéance mardi 10 novembre, sans annonce officielle relevée pour l'Europe. L'Union importe 98 % de ses aimants permanents de Chine, un point faible pour l'automobile et l'éolien français. Bruxelles a obtenu en octobre un accès facilité aux licences, en échange d'une baisse des exportations chinoises d'hybrides.

Mardi 10 novembre, la parenthèse ouverte il y a un an par Pékin doit se refermer. En octobre 2025, la Chine avait annoncé des règles de contrôle élargies, puis les a suspendues pendant un an. Elles ajoutent cinq éléments sous licence et un seuil de 0,1 % de contenu chinois, ce qui place sous tutelle jusqu’à des produits finis fabriqués ailleurs. La déclaration commune UE-Chine d’octobre ne dit rien de cette échéance, et l’auteur d’un point de situation n’a trouvé aucune annonce officielle sur son sort pour l’Europe.
Pour la France, l’enjeu a la netteté d’une facture. L’Union importe 98 % de ses aimants permanents à base de terres rares depuis la Chine et dépend entièrement de Pékin pour les terres rares lourdes. La Commission rappelle que les restrictions de l’an dernier pouvaient « mettre à l’arrêt des chaînes de production entières », de l’automobile aux éoliennes. Le prix de cette dépendance est déjà payé : selon une veille stratégique d’octobre, le dysprosium cote entre 2 500 et 5 500 dollars le kilo hors de Chine, contre environ 200 en Chine. L’industriel français qui s’approvisionne ailleurs supporte cet écart.
Bruxelles a pourtant arraché un accord. La Chine et l’Union ont convenu de réduire de plus de moitié les exportations chinoises de véhicules hybrides vers l’Europe, et Pékin s’engage à faciliter l’accès aux terres rares par un canal vert. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, évoque plusieurs millions de voitures en moins sur quatre ans, mais sans préciser la base de calcul ni le mécanisme. Surtout, Pékin accélère l’instruction des dossiers, mais garde la main sur chaque licence. L’Europe achète sa sécurité d’approvisionnement avec l’accès à son marché, et reste locataire de ce qu’elle croit avoir acquis.
Cet accord avoue une faille de la protection d’hier. Les droits compensateurs européens ne concernent que les véhicules 100 % électriques, ce qui a ouvert la porte aux hybrides. Là où la barrière existait, elle a tenu : à l’automne 2024, les marques chinoises ne représentaient plus que 4,5 % du marché français de l’électrique. La leçon est simple. Une défense commerciale qui vise l’offensive précédente arrive toujours après la suivante. La proposition franco-allemande d’outils permettant de réagir plus vite en cas de perturbation du marché va dans le bon sens.
Les calendriers eux-mêmes se brouillent. Un magazine industriel place l’échéance au 27 novembre, quand les sources plus récentes retiennent le 10. Le ministère chinois du Commerce a prolongé la trêve commerciale au 10 janvier 2027 sans nommer les terres rares. Son porte-parole a certes déclaré que la Chine était disposée à continuer d’accorder des licences aux pays européens. C’est une assurance, pas un droit. Une licence est un robinet, et celui qui le tient fixe le prix de l’eau.
La réponse européenne existe, mais elle est lente. L’Union soutiendra 46 projets supplémentaires d’extraction, de raffinage ou de recyclage. Or ouvrir une mine ou une usine de raffinage dépasse souvent dix ans. Plus inquiétant, la Commission compte 93 projets stratégiques et désigne le manque d’acheteurs comme leur premier risque. On subventionne l’offre sans garantir la demande : l’industriel préfère le prix chinois, et le projet européen cale. La même veille signale que l’État prend la tête du capital d’Eramet. Tant mieux, à condition que des débouchés suivent, car un actionnaire public ne remplace pas un client.
La France devrait donc agir sur quatre fronts. Exiger que chaque projet soutenu par Bruxelles soit adossé à des contrats d’achat de long terme des constructeurs. Mutualiser les achats dans le centre européen annoncé, dont la Commission attend plus de poids que d’entreprises acheteuses isolées. Constituer des stocks pour les industries les plus exposées. Raccourcir enfin les délais de permis pour que le raffinage et le recyclage s’installent chez nous. Après 1973, la France a répondu au choc pétrolier par le plan Messmer : un cap, des chantiers, de la constance. Les aimants réclament la même discipline, pas une négociation à chaque échéance.
Le Petit Journal Hong Kong, octobre 2026; Clubic, octobre 2026; Génération NT, octobre 2026; Boursorama, octobre 2026; Veille stratégique Métaux critiques (Substack), novembre 2026; Roole, octobre 2026; Cyril Jarnias, 2026
- Commerce Chine-Europe : ce que contiennent les accords d'octobre 2026 (Le Petit Journal Hong Kong)
- Pourquoi la Chine et l'Europe négocient sur les voitures hybrides et les terres rares (Clubic)
- Terres rares : l'UE va soutenir 46 projets supplémentaires pour sortir de la dépendance à la Chine (Boursorama)
- Veille Stratégique #2 : Métaux critiques – Terres Rares (Substack)
- Droits de douane sur les voitures électriques chinoises : ce que montrent les chiffres (Roole)
- Impact des restrictions chinoises sur les terres rares et l'industrie mondiale (Cyril Jarnias)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..



