Santé : Mélenchon promet l’hôpital sans plafond, la facture reviendra aux Français
Jean-Luc Mélenchon a publié début novembre le plan santé de sa campagne présidentielle. Il prévoit le remboursement à 100 % des soins prescrits, l'intégration des mutuelles à la Sécurité sociale et des centaines de milliers de recrutements. Le texte arrive alors que le déficit de la Sécurité sociale s'établit à 21,8 milliards d'euros en 2026 et que le Parlement peine à voter le budget qui doit le réduire.

Le 4 novembre, Jean-Luc Mélenchon a dévoilé le plan santé de sa campagne pour 2027, intitulé « Reconstruire notre système de santé ». Il y promet un « 100 % Sécu » qui absorberait les mutuelles, la réouverture progressive d’urgences, de maternités et d’Ehpad publics à moins de trente minutes de chaque Français, et un plan pluriannuel de 100 000 soignants et médecins supplémentaires à l’hôpital, plus 300 000 dans le médico-social.
Pour les Français, l’enjeu est budgétaire avant d’être idéologique. Le gouvernement a présenté le 1er octobre un projet de budget de la Sécurité sociale qui ramènerait le déficit de 21,8 milliards d’euros cette année à 12,7 milliards en 2027, avec une hausse des dépenses d’assurance maladie limitée à 2 %, contre une pente naturelle évaluée à 3,4 %. Les députés ont rejeté le texte en première lecture, et le rapport du Sénat estime que le déficit pourrait dépasser 23 milliards sur la base du texte actuel.
Le plan insoumis n’a pas tort sur tout. Il décrit un hôpital durablement sous tension et des inégalités d’accès aux soins, deux réalités que chaque élu de territoire rural constate. Le gouvernement lui-même ménage l’hôpital, dont l’enveloppe progresserait de 3 %, quand la médecine de ville devrait se contenter de 0,77 %. Le diagnostic est donc largement partagé. C’est l’ordonnance qui pose problème.
Le programme dont ce plan est le volet santé propose de remplacer l’objectif national de dépenses d’assurance maladie par un objectif national des besoins, et de financer l’hôpital par dotation globale et prix de journée. Traduisons : on supprime le plafond. Or un besoin de santé n’a pas de limite naturelle, et une dépense sans plafond finit toujours par se loger dans la dette. Le déficit de la branche maladie, 13,8 milliards cette année, dit assez ce que coûte déjà la facilité.
Même logique avec le « 100 % Sécu ». Faire disparaître les complémentaires, c’est transférer au prélèvement obligatoire ce que financent aujourd’hui des cotisations privées, sans gagner un médecin ni une heure de consultation. Le gouvernement actuel n’est pas exemplaire, puisqu’il reporte 1,2 milliard de remboursements sur les complémentaires et prolonge leur contribution exceptionnelle de 1,1 milliard. Mais l’expédient d’un jour n’excuse pas le système d’un quinquennat.
Reste la question des bras. Éric Coquerel, de l’équipe de campagne, chiffre la première année à 10 000 postes de soignants pour 3 milliards d’euros. L’objectif affiché dans le plan se compte, lui, en centaines de milliers d’emplois. L’écart entre les deux mérite d’être expliqué aux électeurs. Surtout, créer un poste n’a jamais créé un médecin. Il faut des années pour former, et ceux qui exercent fuient moins le désert que la paperasse, la défiance et la précarité des gardes.
Le plan veut aussi réguler l’installation des médecins et multiplier les centres de santé salariés. La contrainte est la tentation constante de l’État quand il a épuisé les incitations. Elle a un coût : décourager les vocations au moment où l’on en manque. La proximité, de même, ne se décrète pas. Une maternité ou des urgences rouvertes sans l’équipe pour les tenir offrent une façade, pas une sécurité, et ce sont les familles qui en paieraient le risque.
Que faire, alors, pour ne pas se contenter de freiner ? Le gouvernement mise surtout sur la maîtrise des dépenses, ce qui ne fait pas une politique de santé. La France gagnerait à former davantage, à décharger les praticiens des tâches administratives, à déléguer ce qui peut l’être aux infirmiers et aux pharmaciens, à rémunérer le temps de soin plutôt que la procédure, et à évaluer chaque euro dépensé. Une santé solide se finance par un pays qui produit et qui travaille. Les Français méritent mieux qu’un chèque en blanc ou un coup de rabot : un système qu’ils peuvent payer.
Mélenchon 2027, 8 novembre 2026; Le Quotidien du Pharmacien, novembre 2026; Sénat, octobre 2026; Medscape, octobre 2026; Egora, 2 octobre 2026; Le Monde du Droit, octobre 2026
- Comment nous allons reconstruire notre système de santé (Mélenchon 2027)
- La France Insoumise communique son programme santé (Le Quotidien du Pharmacien)
- Faire passer la santé d'abord et reconstruire les établissements de santé publics (Mélenchon 2027)
- Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 : exposé général (Sénat)
- Budget de la Sécu pour 2027 : +3% pour l'hôpital, +1% pour la ville (Egora)
- PLFSS 2027 : rejet à l'AN (Le Monde du Droit)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..



