Cosmétique : le Nord réindustrialise, Bruxelles et Washington menacent la filière

France 3 Régions décrit, le 8 novembre 2026, deux usines de cosmétiques qui font des Hauts-de-France un pôle de la beauté, de la marque bio à petits prix à un groupe de 2 000 salariés. La filière pèse 300 000 emplois et 17,6 milliards d'euros d'excédent commercial en France. Elle subit pourtant le recul de ses exportations vers les États-Unis.

Par · Chronique ·
Illustration : factory, building, industry, industrial plant, manufacturing plant, structure, metal, steel, neuss, germany, factory, factory, factory, factory, factory, industry, industry
Photo : 652234 / Pixabay

Longtemps synonyme de textile, la région des Hauts-de-France s’affirme comme un berceau de la cosmétique, rapporte France 3 Régions. Deux entreprises portent ce mouvement. L’une, la marque Avril, vend du naturel et du bio à prix doux avec 250 salariés. Elle mise sur les contenants rechargeables et sur la baisse du plastique et de son empreinte carbone. L’autre est un groupe de 2 000 collaborateurs qui produit en grande série pour les supermarchés, les parapharmacies et le luxe, et exporte dans le monde entier.

Cette bonne nouvelle régionale s’inscrit dans un enjeu national. Selon la FEBEA, la fédération du secteur, la cosmétique a réalisé 35,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et fait vivre environ 300 000 emplois directs et indirects en France. Ses exportations de 22,5 milliards d’euros ont dégagé un excédent commercial de 17,6 milliards, ce qui en fait le deuxième contributeur net à la balance commerciale du pays. Dans une économie qui importe plus qu’elle ne vend, cette usine à devises mérite mieux que de l’indifférence.

Le tableau se brouille depuis 2025. Les exportations françaises de cosmétiques ont reculé de 0,1 %, à 22,4 milliards d’euros, contre 22,5 milliards un an plus tôt. Le maquillage et les soins du visage, qui font 11 milliards d’euros et 49 % des ventes à l’étranger, ont perdu 2,1 %. La FEBEA juge une nouvelle baisse probable en 2026 sur le marché américain. Pour un secteur qui exporte les deux tiers de sa production, un tel retournement n’a rien d’anecdotique.

La cause est connue. Une étude du cabinet Asterès pour la FEBEA, relayée par franceinfo, prévoit une chute de 21 % des exportations de cosmétiques vers les États-Unis en 2026, à cause de la surtaxe douanière de 15 % appliquée à de nombreux produits européens. Elle estime que 10 900 emplois seraient menacés, dont 2 700 directs dans les entreprises exportatrices. Ce sont des chiffres de syndicat professionnel, qu’il faut lire comme des projections et non comme un bilan. Ils disent pourtant l’ordre de grandeur du risque.

L’asymétrie est frappante. La FEBEA rappelle que la France vend 2,9 milliards d’euros de cosmétiques aux États-Unis et en importe pour 500 millions. Celui qui taxe un partenaire aussi excédentaire ne défend pas un équilibre, il déplace une charge sur les ouvriers de Caudry et d’ailleurs. La réponse doit être européenne, coordonnée et proportionnée, comme le réclame la fédération elle-même. Une escalade douanière punirait d’abord nos exportateurs.

Le cas du Nord a aussi valeur d’enseignement sur la méthode. La marque bio observe que le bio pesait moins de 1 % des ventes en grande surface lorsqu’elle s’est lancée. Elle n’a pas attendu une subvention pour convertir les clients : elle a baissé les prix, rendu les produits rechargeables et investi dans son outil industriel. Ses dirigeants se disent fiers de faire vivre ces compétences dans le Nord. C’est la bonne chaîne de valeur : un savoir-faire, une usine, des emplois qualifiés sur un territoire que la désindustrialisation avait meurtri.

Reste le poids des normes. Dans son Beauty Industry Package, la FEBEA dit son inquiétude devant une concurrence mondiale accrue et une contrainte réglementaire croissante. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a reconnu en comité de filière une activité en première ligne dans un marché sous pression. Reconnaître ne suffit pas. Chaque règlement européen ajouté sans étude d’impact est une surtaxe que nous nous infligeons à nous-mêmes, sans que personne à Washington ait besoin de la voter.

La France devrait donc agir sur trois fronts. Elle doit d’abord obtenir de Bruxelles une réponse ferme mais mesurée aux droits américains, en protégeant les filières exportatrices avant les postures. Elle doit ensuite achever les accords de libre-échange en cours, avec l’Inde et l’Indonésie, que la filière juge porteurs d’opportunités. Elle doit enfin cesser d’empiler fiscalité et paperasse sur les usines qui embauchent. Le Nord n’a pas besoin d’un plan de plus, mais de la stabilité qui permet d’investir.

France 3 Régions, 8 novembre 2026; FEBEA, communiqué sur les exportations 2025, février 2026; FEBEA, Beauty Industry Package, juillet 2025; franceinfo, étude Asterès pour la FEBEA; FEBEA, comité de filière cosmétique

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..