Israël : Eisenkot en position de force, Paris doit cesser de parier sur les hommes

Après les législatives israéliennes du 27 octobre, qui n'ont donné de majorité à aucun camp, le président Isaac Herzog doit désigner dimanche celui qui tentera de former le gouvernement. Gadi Eisenkot, soutenu par 67 députés sur 120, part favori. Pour la France, dont la relation avec Israël est au plus bas, le changement possible d'interlocuteur est un test pour sa diplomatie.

Par · Chronique ·
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Photo : stux / Pixabay

Les législatives israéliennes du 27 octobre n’ont donné de majorité à personne. Sur les 120 sièges de la Knesset, le bloc de Benjamin Netanyahou en a obtenu 53 et celui de Gadi Eisenkot 48. Les deux principales listes arabes, Raam et la Liste unifiée, ont réuni un record de 19 élus. À l’issue de ses consultations, le président Isaac Herzog a compté 67 recommandations pour l’ancien chef d’état-major, contre 46 pour le premier ministre sortant. Il a annoncé qu’il confierait dimanche le mandat de former un gouvernement. Vendredi, le parti Yashar a demandé qu’il le remette à son chef.

Ce marchandage de coalitions, à plusieurs milliers de kilomètres, concerne Paris de près. Depuis la reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron en 2025, la relation franco-israélienne est houleuse. Ces derniers mois, l’ambassadeur d’Israël en France a déclaré que Paris n’était pas l’ami d’Israël. Jérusalem a annulé la visite d’Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, et les appels français à ne pas étendre la guerre au Liban sont restés sans effet. Le nouvel ambassadeur de France, Christophe Parisot, a remis ses lettres de créance le 26 octobre avec une mission : réparer.

Gardons-nous pourtant d’enterrer trop vite l’ère Netanyahou. Un mandat n’est pas une majorité. Les recommandations de Raam et de la Liste unifiée ne les engagent pas à entrer dans la coalition. Le Judaïsme unifié de la Torah, allié du premier ministre depuis trente ans, s’est abstenu sans changer de camp pour autant. Le candidat désigné disposera de vingt-huit jours, prolongeables de quatorze. Selon des médias, M. Herzog œuvre à un gouvernement d’union nationale des partis sionistes, formule que Yashar refuse dès lors que M. Netanyahou en serait. Si personne n’y parvient, Israël retournera aux urnes au début de l’année prochaine.

Paris aurait tort d’y voir une aubaine. Changer de premier ministre ne change ni la géographie ni les impératifs de sécurité d’Israël. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a d’ailleurs assuré le 28 octobre que la France continuerait de plaider pour deux États, quel que soit le résultat. La constance est respectable, mais elle ne fait pas une stratégie. Une formule répétée sans levier d’action produit des communiqués, pas de l’influence, et le bilan des derniers mois, entre appels ignorés et visite annulée, invite à plus d’humilité.

La France n’est pourtant pas démunie. Elle fut l’un des premiers pays à reconnaître Israël, dès 1949. Elle occupe la deuxième place derrière l’Allemagne pour les partenariats entre collectivités locales, au nombre de soixante-six. Elle coopère avec Israël sur l’eau, la lutte contre le crime organisé et le terrorisme, les télécommunications et les transports. M. Parisot le dit à sa façon : « La relation entre nos deux pays mérite mieux », et elle ne dépend pas seulement du président et du premier ministre. C’est cette base, patiente et concrète, qu’il faut protéger des humeurs de chaque capitale.

Une règle de décence s’impose aussi. M. Herzog a lui-même demandé que toute tentative d’influence indue sur le processus démocratique soit examinée, dans un climat de soupçons d’ingérence étrangère autour du scrutin. Les autorités électorales ont écarté les accusations de fraude. Que la France commente la composition d’une coalition, qu’elle salue ou déplore l’entrée de tel parti, serait une faute. Un peuple souverain a voté, et c’est à ses élus d’arbitrer.

Cette retenue vaut pour tous les bords. À droite comme à gauche, la tentation est grande de faire d’Israël un sujet de politique intérieure et d’applaudir ou de condamner selon sa chapelle. Une droite qui attendrait qu’on lui désigne un camp renoncerait à ce qui fait sa valeur : penser en intérêts, non en réflexes.

Que faire, alors ? Attendre dimanche sans commentaire, puis traiter avec quiconque aura la confiance de la Knesset. Porter à tout gouvernement israélien les mêmes exigences : la sécurité d’Israël, la protection des civils, une perspective politique. Réserver les gestes symboliques à ceux qui produisent des résultats vérifiables. S’appuyer sur la coopération qui tient plutôt que sur l’espoir d’un homme. La diplomatie française gagnerait à mesurer ce qu’elle obtient, non ce qu’elle proclame.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..