Droits de douane américains : l’aéronautique masque le recul des exportations françaises
Selon les douanes, les exportations françaises vers les États-Unis, hors aéronautique, ont baissé de 7 % entre le deuxième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026. À moins de deux mois du 31 décembre, date fixée à Washington pour ramener à 15 % les droits sur les dérivés de l'acier et de l'aluminium, l'Union peut suspendre ses concessions. Ce sont les carnets de commandes de nos industriels qui sont en jeu.

Les chiffres des douanes françaises, publiés le 7 août, offrent un tableau en trompe-l’œil. Les exportations ont progressé de 3,1 % au deuxième trimestre 2026, pour atteindre 162,5 milliards d’euros. Mais en excluant les ventes dynamiques de l’aéronautique, exemptées de droits supplémentaires, les exportations françaises ont reculé de 7 % entre le deuxième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026, et cette baisse en prolongeait une première.
Pour la France, la leçon est simple. Un secteur vedette protégé tire la moyenne vers le haut et cache le sort de tous les autres. Les ateliers qui n’ont ni carnet de commandes aéronautique ni exemption encaissent seuls la surtaxe, et ce sont eux qui font l’emploi industriel de nos territoires. Le bulletin de santé d’ensemble ressemble à une façade bien ravalée devant un bâtiment qui fissure.
Rappelons le cadre. L’accord de Turnberry prévoit que la majorité des produits européens exportés vers les États-Unis soient taxés à hauteur de 15 %, tandis que les produits américains ne seront pas taxés. Les règlements européens ont été publiés au Journal officiel le 30 juin 2026 et sont entrés en vigueur dès le 1er juillet. L’Europe a donc payé comptant. Plusieurs eurodéputés jugeaient d’ailleurs l’accord déséquilibré, puisque l’Union supprimait une partie de ses droits tandis que Washington maintenait un plafond de 15 %.
Reste la contrepartie américaine, qui n’est pas acquise. Si Washington continue d’appliquer, au-delà du 31 décembre 2026, des droits supérieurs à 15 % sur certains produits dérivés de l’acier et de l’aluminium européens, la Commission pourra suspendre certaines concessions. Le texte prévoit aussi une clause de sauvegarde, y compris pour l’agriculture, et une caducité fin 2029. Ces garde-fous valent ce que vaudra la volonté de les actionner.
On dira que la France résiste mieux que ses voisins, et c’est vrai. Les douanes observent que les exportations vers les États-Unis ont subi une baisse moins importante que celles de ses principaux partenaires européens. Mais cette tenue relative tient à la structure de notre commerce, pas à une stratégie. Nous profitons d’une exemption, nous ne l’avons pas conquise. Un pays qui compte sur la bonne fortune de son industrie phare pour masquer le reste prépare ses déconvenues.
L’imprévisibilité américaine ne fournit aucun motif de se rassurer. Donald Trump a menacé, le 1er mai, de taxer les importations de voitures et camions européens à 25 %. Et le Trésor français documente, sur son site, une reconstitution des droits de douane après la décision de la Cour suprême. Quand le juge efface un tarif et que l’exécutif en rebâtit un autre sur d’autres fondations, l’entrepreneur ne peut plus bâtir un plan à trois ans. L’histoire du protectionnisme, de la loi Smoot-Hawley de 1930 à nos jours, enseigne que chacun y perd, mais elle ne dissuade jamais celui qui se croit le plus fort.
Paris dit depuis le début que ces surtaxes sont injustifiées. Le Trésor rappelle que les exportations européennes ne menacent en rien la sécurité nationale des États-Unis. L’argument est juste, il ne suffit pas. Il faut aussi des actes et un calendrier.
La France devrait donc exiger de Bruxelles que la clause de suspension joue sans délai si l’acier et l’aluminium ne sont pas ramenés à 15 % après le 31 décembre. Elle devrait aider ses entreprises à chercher d’autres débouchés que le marché américain. Surtout, elle doit alléger les coûts de production chez elle, charges, normes et énergie, pour que nos industriels puissent absorber un choc tarifaire au lieu de le subir. On ne négocie bien qu’en position de force, et la force d’un pays commence dans ses usines.
Direction générale des douanes, communiqué du 7 août 2026; Franceinfo, 30 juin 2026; Toute l'Europe; Le Journal des Entreprises; Direction générale du Trésor
- Communiqué de presse du commerce extérieur, deuxième trimestre 2026 (Direction générale des douanes)
- Droits de douane : qu'est-ce que l'accord de Turnberry entre l'Union européenne et les États-Unis ? (Toute l'Europe)
- Droits de douane : le Parlement européen adopte l'accord commercial avec les États-Unis, avec des garde-fous (Toute l'Europe)
- Droits de douane américains et position européenne : informations pour les entreprises (Direction générale du Trésor)
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Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..



