Cuivre : la vague bleue américaine ne désarme pas la menace douanière, l’Europe doit s’y préparer

Les démocrates ont repris les deux chambres du Congrès américain le 3 novembre, et le marché du cuivre a aussitôt revu ses paris sur une taxe à l'importation de métal raffiné. Ce projet a déjà détourné du métal vers les entrepôts américains. Pour l'industrie française, qui achète son cuivre au prix mondial, l'enjeu touche l'approvisionnement et les coûts de l'électrification.

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Photo : 2857440 / Pixabay

Les démocrates ont conquis la Chambre des représentants et le Sénat mardi 3 novembre, ce qui installe à Washington un gouvernement divisé à partir de janvier. Le marché du cuivre a réagi avec une nervosité instructive. Le métal a d’abord fléchi, par crainte d’un contrôle plus serré des centres de données d’intelligence artificielle, grands consommateurs attendus. Puis il s’est repris et tenait mercredi au-dessus de 14 000 dollars la tonne à Londres. À New York, la prime du Comex sur le LME, qui mesure la peur d’une taxe à l’importation, a brièvement disparu avant de se reconstituer autour de 100 dollars la tonne.

Pourquoi ce sujet américain regarde-t-il la France ? Le cuivre est la matière première de l’électrification que nous nous sommes promise : réseaux, véhicules, bornes de recharge, câbles, moteurs. Or la seule perspective d’un droit de douane sur le cuivre raffiné a déjà aspiré des quantités considérables de métal vers les États-Unis. Ce qui dort dans un entrepôt américain n’est pas disponible pour un câblier ou un équipementier européen, et le prix mondial en porte la marque.

Le calendrier envisagé n’a rien d’anodin. Selon les recommandations du département du Commerce, rapportées par une analyse de marché, la taxe serait de 15 % sur le cuivre raffiné à partir de 2027, puis de 30 % en 2028. Washington applique déjà 50 % sur les produits semi-finis. Les opérateurs ont donc stocké par anticipation, et c’est cette ruée qui a tendu le marché hors des frontières américaines.

Faut-il pour autant parler de soulagement ? Les sources divergent, et il faut le dire. Plusieurs analystes, dont le responsable des matières premières de Saxo Bank, jugent que le scrutin rend la taxe moins probable, l’affordabilité étant devenue un sujet politique de premier plan. D’autres notent que les droits de la section 232 sur l’acier, l’aluminium et le cuivre relèvent du seul pouvoir présidentiel, comme les éventuels droits sur le cuivre raffiné dès janvier. D’après BMO, ces mesures avaient survécu à la vague démocrate de 2018 et bénéficient d’un large soutien des deux partis.

Un président privé de majorité au Congrès conserve ainsi la seule arme qu’il peut manier seul. Une lecture publiée sur Benzinga va même jusqu’à imaginer qu’un Donald Trump bloqué sur le plan législatif se tournerait davantage vers ses pouvoirs commerciaux. Quant aux démocrates, ils ne sont pas des libre-échangistes de salon. Ils veulent reprendre la main du Congrès sur les tarifs, mais l’abrogation par la loi se heurterait à un veto, et leur dureté envers la Chine est l’un des rares consensus de Washington.

Les exportateurs français ne doivent donc pas lire ce scrutin comme une délivrance. Les droits qui frappent déjà l’Europe, 50 % sur l’acier et l’aluminium, 25 % sur les poids lourds, 15 % sur les voitures et les pièces, ne tomberont pas au gré d’un résultat électoral. Des économistes interrogés estiment que les démocrates pourraient alléger les taxes qui frappent directement les ménages américains, pas démanteler l’édifice. Un protectionnisme tempéré par l’inflation reste du protectionnisme.

La vraie leçon est plus rude. Notre industrie achète un métal stratégique à un prix qui varie selon l’humeur d’un calendrier électoral étranger. Nous avons voulu électrifier la France et l’Europe en laissant à d’autres le soin d’extraire, de raffiner et, désormais, de stocker. Quand la première puissance du monde fait de ses entrepôts une réserve nationale, c’est le client européen, sans stratégie, qui règle la différence. C’est la faiblesse ordinaire d’une politique qui planifie la demande sans sécuriser l’offre.

La France doit cesser de commenter Washington et agir. Cela suppose de négocier à Bruxelles des contrats d’approvisionnement de long terme et des stocks stratégiques européens, d’accélérer le recyclage du cuivre, qui est un gisement industriel, et de rouvrir sans tabou la question de l’exploration et de la transformation sur notre sol et chez nos voisins. Il faut aussi défendre auprès de la Commission une ligne ferme face aux droits américains, au lieu d’espérer que le vent tourne. Les élections américaines passent, la dépendance reste.

Benzinga (4 novembre 2026) ; Mining.com (4 novembre 2026) ; Saxo Bank (4 novembre 2026) ; Mining.com.au (4 novembre 2026) ; Capital.com (octobre 2026) ; La Libre (4 novembre 2026) ; L'Express via Orange (novembre 2026)

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..