Qatar : la guerre d’Iran rattrape le sport mondial, la France doit choisir sa prudence
Le MotoGP court ce week-end au Qatar, malgré la guerre entre l'alliance américano-israélienne et l'Iran. Yamaha s'est retiré et la plupart des chaînes suivent l'épreuve à distance. Selon BILD, Canal+, qui détient les droits de la F1 et du MotoGP en France jusqu'en 2029, pourrait ne pas envoyer d'équipes aux Grands Prix de F1 de Doha et d'Abou Dabi.

Le MotoGP dispute ce week-end son Grand Prix du Qatar, sur le circuit de Lusail, dans un climat que ses organisateurs auraient préféré éviter. La guerre qui oppose l’alliance américano-israélienne à l’Iran depuis février inquiète une bonne part du plateau. Seize des vingt-deux pilotes titulaires sont en piste, Yamaha a retiré ses machines, et seule la chaîne espagnole DAZN a envoyé son équipe sur place, les autres interrogeant les pilotes à distance. Le Français Johann Zarco a bien entamé son week-end, relève Turbo.fr. Pendant ce temps, la F1 court à Interlagos.
Pour la France, ce n’est pas une anecdote de paddock. Canal+ possède les droits exclusifs de la F1 et du MotoGP en France jusqu’en 2029. Or, d’après le quotidien allemand BILD, Canal+, avec Servus TV et DAZN, prévoirait de ne pas envoyer d’équipes aux Grands Prix du Qatar et d’Abou Dabi. C’est une information rapportée, que nos sources ne confirment pas. Ces courses sont fixées aux 29 novembre et 6 décembre, et le patron de la F1 a assuré en octobre, sur Canal+, que la saison se terminerait bien au Moyen-Orient.
L’argent explique l’obstination. Motor Sport Magazine rappelle que les pays du Golfe versent des droits d’accueil d’environ quarante millions de livres en moyenne, soit un quart des recettes de ce type de Liberty Media. Le groupe américain, propriétaire de la F1 comme du MotoGP, ne veut pas ouvrir un précédent. Le calendrier du sport automobile, héritage européen s’il en est, se règle donc au rythme des chèques du Golfe.
Les pilotes ont fini par rentrer dans le rang, mais personne n’a levé le risque. La plupart des pays représentés dans le paddock conseillent à leurs ressortissants de reporter tout voyage au Qatar, sans l’interdire. Cette zone grise arrange les États et pèse sur les entreprises. Un avis qui n’est ni un ordre ni un feu vert laisse l’employeur seul face à sa responsabilité. Francesco Bagnaia, pilote Ducati, a dit sa confiance dans les organisateurs. Sa seule crainte, a-t-il ajouté, est que l’on ferme l’aéroport.
Le téléspectateur français, lui, paie. L’abonnement nécessaire pour suivre les courses coûte entre 15 et 30 euros par mois. Il peut légitimement se demander ce que vaut une exclusivité achetée pour un calendrier que la géopolitique peut raccourcir, et qui supporterait le manque à gagner si des épreuves tombaient. Nous l’ignorons. C’est pourtant la question qu’un diffuseur sérieux doit avoir réglée noir sur blanc dans ses contrats.
Plus gênant pour notre souveraineté : Renault a cessé d’être motoriste en F1 à la fin de 2025, et l’équipe Alpine roule en 2026 avec des moteurs Mercedes. Notre vitrine automobile court donc sur un calendrier arrêté par un groupe américain, payé par des États du Golfe, avec une mécanique allemande. La France applaudit, commente, diffuse. Elle ne décide pas.
Il y a aussi une dimension diplomatique. Pour un État du Golfe, accueillir une course en pleine crise régionale envoie au monde un message de normalité. S’en abstenir en envoie un autre. Chaînes et écuries européennes font ainsi de la diplomatie sans l’avoir voulu, et sans que Paris ait fixé la moindre ligne. On ne laisse pas à des directions commerciales le soin d’arbitrer entre un contrat et une zone de risque.
La France devrait agir sur trois points. Le ministère des Affaires étrangères doit dire clairement, pays par pays, ce qu’il recommande aux entreprises et à leurs salariés, techniciens indépendants compris. Canal+ doit trancher sur la seule sécurité de ses équipes, et le faire savoir avant le 29 novembre. Enfin, les contrats de droits sportifs à renégocier d’ici 2029 devront prévoir expressément le cas de la guerre. Un pays qui veut peser dans le sport mondial ne se contente pas de commenter la course.
Turbo.fr, 6 novembre 2026; GPblog via Yahoo Sports, 7 novembre 2026; The Race, 7 novembre 2026; Autosport, 6 novembre 2026; Motor Sport Magazine, novembre 2026
- TV broadcasters threaten to boycott Qatar and Abu Dhabi F1 weekends (Yahoo Sports / GPblog)
- Wolff backs MotoGP's handling of calendar dissent (The Race)
- Qatar MotoGP: the £2 billion rebellion (Motor Sport Magazine)
- Why tensions between MotoGP and riders have escalated amid Qatar row (Motorsport.com)
- Riders play nice at controversial MotoGP Qatar GP (Autosport)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..



