Livret A : en Calédonie, l’épargne d’État déserte, le relèvement du plafond ne suffira pas

Le Premier ministre a annoncé mardi 3 novembre un relèvement du plafond du Livret A en février 2027, entre 25 000 et 30 000 euros. En Nouvelle-Calédonie, les encours de ce placement ont perdu plusieurs dizaines de milliards de francs en quatre ans, selon Outre-mer La 1ère. L'épargne des ménages du Pacifique et la capacité de l'État à la mobiliser pour l'investissement local sont en jeu.

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Photo : Michelle-Maria / Pixabay

Le gouvernement a décidé de relever le plafond du Livret A, fixé à 22 950 euros depuis 2013. Sébastien Lecornu a annoncé mardi, devant l’Assemblée nationale, une fourchette de 25 000 à 30 000 euros, avec une hausse du taux au même moment. Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, précisera le montant dans les semaines qui viennent, après une dernière concertation avec les banques et la Caisse des dépôts.

Au même moment, Outre-mer La 1ère relève qu’en Nouvelle-Calédonie le plafond local, de l’ordre de 2,7 millions de francs, ne fait plus recette. Les sommes déposées ont reculé de plusieurs dizaines de milliards de francs en quatre ans. Le territoire sort d’une période de forte fragilité économique, et l’épargne de ses ménages est un indicateur de confiance que Paris ne devrait pas lire d’un œil distrait.

Il faut pourtant être honnête sur ce que ce recul signifie. Les Calédoniens n’épargnent pas forcément moins. L’essentiel de leur patrimoine financier est placé en assurance-vie, dont l’encours approche 180 milliards de francs, soit près de trois fois le montant des Livrets A. L’épargne est donc bien là. Elle a simplement choisi un autre abri, plus long, moins disponible, mais souvent mieux rémunéré.

Les raisons du désamour sont assez lisibles. Le plafond est resté gelé pendant treize ans, alors que les prix ont continué de monter. Le taux affiché par les banques locales est de 1,5 %, et une banque du territoire précise que les intérêts supportent la Contribution calédonienne de solidarité, à 4 %. Dans l’Hexagone, les fonds en euros ont servi en moyenne 2,5 % nets en 2024, selon Boursorama. Un placement plafonné, peu rémunérateur et taxé localement ne retient que les épargnants qui tiennent avant tout à la disponibilité.

Le point de vigilance est ailleurs, dans le calendrier. En 2013, le plafond a d’abord été relevé en métropole, et le décret pour la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et Wallis-et-Futuna n’est venu que près de trois mois plus tard. Les habitants du Pacifique ont ainsi attendu un avantage que leurs compatriotes avaient déjà. Cette fois, il n’y a pas de raison de reproduire ce retard. Le même texte, publié le même jour, doit couvrir tous les territoires où le Livret A existe.

Le Livret A n’est plus seulement le livret du logement social. Le communiqué de Matignon indique que son usage sera ouvert au financement des infrastructures des services publics, de l’électricité aux réseaux d’eau. C’est un choix défendable, à une condition : que l’épargne réglementée ne devienne pas la caisse commode d’un État qui peine à boucler ses budgets. Elle se mérite par la confiance, et la confiance se perd vite quand le taux s’érode et que le plafond ne bouge pas pendant dix ans.

Relever un plafond est la mesure la plus simple, et pas forcément la plus utile. Si les Calédoniens placent déjà leurs économies en assurance-vie, la question est de savoir comment orienter une part de cette épargne longue vers l’investissement dans le territoire. Reconstruire, équiper et faire redémarrer l’économie demande des capitaux que la collectivité détient en partie chez elle. Un livret plus généreux n’y suffira pas, il faut aussi une fiscalité qui ne décourage pas l’épargnant.

La France doit donc faire trois choses. Publier le décret ultramarin en même temps que le décret métropolitain. Inviter le Congrès et les banques locales à revoir la fiscalité qui pèse sur ces intérêts. Ouvrir avec les acteurs du territoire un chantier sur le fléchage de l’assurance-vie vers l’économie locale. Un État qui demande de la confiance doit commencer par traiter le Pacifique à égalité avec l’Hexagone.

Outre-mer La 1ère, 5 novembre 2026; franceinfo, 3 novembre 2026; info.gouv.fr, novembre 2026; Moneyvox; Boursorama; CCP Nouvelle-Calédonie; Société Générale Nouvelle-Calédonie

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..