Nouvelle-Calédonie : le nickel s’effondre, la commande publique déroge, il faut un bilan

Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a prolongé vendredi 30 octobre, jusqu'à fin 2027, l'assouplissement de la commande publique. Les exportations de nickel sont passées de 280 milliards de francs CFP en 2023 à 123 milliards en 2025. La filière reste la première richesse de l'archipel, et l'État avait avancé 140 millions d'euros à Prony Resources en 2024. Le contribuable français a donc intérêt à savoir si ces dérogations produisent des résultats.

Par · Chronique ·
Illustration : mountains, mines, nature, landscape, minerals, earth, darling, industry, colors
Photo : ELG21 / Pixabay

Vendredi 30 octobre, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a voté la prolongation, jusqu’à fin 2027, des mesures qui permettent de passer des marchés de moins de dix millions de francs CFP sans mise en concurrence. Le texte est légèrement ajusté. La sous-traitance cesse d’être obligatoire quand les entreprises disponibles sont trop peu nombreuses, par exemple en cas d’éloignement ou dans des secteurs très spécifiques. Le gouvernement local devra présenter une évaluation au plus tard en avril.

Ce vote n’est pas une affaire de clocher. Dans le plan de relance que soutient l’État, la commande publique pèse environ 16 milliards de francs CFP, soit près de 134 millions d’euros au taux fixe du franc Pacifique. Le Congrès veut ainsi compenser le manque d’investissements privés. Autrement dit, l’argent des contribuables français irrigue une économie que le secteur privé a cessé de nourrir, et la manière dont il est dépensé nous regarde.

Le mal a un nom : le nickel. Selon le décryptage publié ce samedi par Outre-mer La 1ère, le secteur compte trois usines et de nombreux sites miniers, mais il souffre. Après le record de 2023 et ses 280 milliards de francs d’exportations, la mise en sommeil de l’usine du Nord en février 2024 puis les émeutes de mai ont fait tomber les ventes à 122 milliards en 2024 et 123 milliards en 2025. Plus de la moitié des recettes d’exportation s’est évaporée. Des analyses publiées en 2024 rappelaient qu’un emploi privé sur quatre dépendait de la filière.

Les causes sont connues, et aucune ne se règle par un vote de circonstance. L’énergie d’abord : le barrage de Yaté a longtemps suffi à l’usine de la SLN quand elle était seule, il ne suffit plus depuis la montée en puissance de Doniambo et l’ouverture des usines du Nord et du Sud. La concurrence ensuite : l’Indonésie produit massivement à bas prix, alors que les usines calédoniennes respectent des normes sociales et environnementales plus strictes et paient plus cher leur énergie du fait de leur éloignement. Nos industriels ne perdent pas faute de talent. Ils perdent faute d’un kilowattheure compétitif.

Reste la dérogation. Alléger les procédures pour aider les petites entreprises locales se défend, et chacun sait qu’un chantier urgent peut mourir de formalités. Mais l’exception n’a de sens que si elle est brève et contrôlée. La fédération calédonienne du BTP et la CPME locale demandaient qu’aucune reconduction n’ait lieu sans bilan public. Elles notaient que le bilan annuel prévu par le texte n’avait pas été produit, et dénonçaient l’opacité de marchés de travaux inférieurs à 40 millions de francs. La fédération du BTP s’est dite un peu rassurée par les ajustements, ce qui montre que sa critique n’était pas de principe. L’ordre des opérations reste pourtant discutable : on juge d’abord, on prolonge ensuite.

Des signes de redressement existent. La production de ferronickel de la SLN est remontée de 32 000 tonnes en 2024 à 36 200 tonnes en 2025, et l’Indonésie envisage de réduire ses volumes dès 2026 pour rééquilibrer le marché. Mais compter sur la modération d’un concurrent pour sauver une industrie française relève de l’espérance, pas de la stratégie. En mars 2024, l’État a déjà prêté 140 millions d’euros à Prony Resources pour lui éviter la cessation de paiement et lui permettre de tenir jusqu’en 2026. Nous y sommes.

La France doit donc poser ses conditions. Premièrement, un prix de l’énergie qui permette aux usines de lutter à armes moins inégales, faute de quoi chaque milliard injecté ne fait que retarder l’échéance. Deuxièmement, des aides assorties d’objectifs chiffrés et publiés, de l’emploi maintenu aux volumes produits. Troisièmement, pour la commande publique, la publicité des marchés au-dessus du seuil, un bilan rendu avant toute nouvelle prolongation et la fin de la dérogation si les résultats manquent. Avec 20 à 30 % des réserves mondiales, le nickel calédonien est un atout pour l’industrie française. Un atout se gère. On ne le subventionne pas à l’aveugle.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..