Niamey : l’Afrique qui invente cherche des financeurs, la France doit se présenter
Niamey a accueilli du 5 au 7 octobre le Salon africain de l'invention et de l'entreprise innovante, consacré à la propriété intellectuelle et au financement des PME. Dans le même pays, Orano a perdu le contrôle de la Somaïr et le permis d'In Azaoua est passé à une société d'État. La France y joue à la fois son influence économique et son accès à une matière première stratégique.

Niamey a accueilli du 5 au 7 octobre la dixième édition du Salon africain de l’invention et de l’entreprise innovante, dont une dépêche reprise ce jeudi prolonge l’écho. Le salon était organisé par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle et l’agence nationale nigérienne, sur le thème du financement des PME innovantes. Il s’est tenu sous le haut patronage du général Abdourahamane Tiani. On y a présenté un biopesticide contre la mouche de la mangue, crédité d’un gain de quatre tonnes à l’hectare, un accès haut débit mutualisé sans fibre ni carte SIM et un biofiltre autonome de 16 litres.
Un salon d’inventeurs à Niamey paraît loin des préoccupations d’un contribuable de Tours ou de Lille. Il ne l’est pas. Le Niger est le pays où la France a perdu un actif stratégique. Orano détenait 63,4 % de la Somaïr, en a perdu le contrôle opérationnel en décembre 2024, puis a vu la mine saisie par Niamey en juin 2025. En août, le permis d’In Azaoua, longtemps détenu par Orano, a été attribué à une société d’État, Tsumco. Le Niger représente près de 5 % de la production mondiale d’uranium.
L’ironie mérite d’être relevée sans acrimonie. On discute à Niamey de la protection des inventeurs et du financement des entreprises privées, dans un pays dont le pouvoir a pris le contrôle d’une filiale française. Selon Bloomberg, il en a retiré de l’uranium en violation d’une décision arbitrale. Orano, qui conteste la nationalisation devant plusieurs juridictions, évoque environ 1 300 tonnes de concentré, pour une valeur de 250 millions d’euros. Un État qui veut des investisseurs doit d’abord respecter le droit de propriété, faute de quoi ses salons restent des vitrines.
Cette réserve ne doit pas conduire à un dédain. Les innovations montrées répondent à des besoins concrets : récolter mieux, boire une eau saine, se connecter là où la fibre n’ira pas avant longtemps. Le reportage du Le360 le résume par son titre, l’innovation ne manque pas et les financements restent à trouver. Une exposante y présentait une machine conçue pour alléger le travail des productrices. Les idées existent, c’est le capital patient qui fait défaut.
Or le capital va toujours là où on le cherche. Si les PME africaines qui innovent ne trouvent pas de partenaires français, elles en trouveront d’autres, et avec eux les contrats, les normes, les brevets et les habitudes d’achat. L’influence ne se décrète pas dans les discours de sommet. Elle se construit par la signature d’un chef d’entreprise qui préfère un fournisseur à un autre. La France qui déplore son recul au Sahel tout en restant absente du financement des petites entreprises se trompe de combat.
Il ne s’agit pas de rouvrir le robinet des aides sans contrepartie, que la maison a toujours combattu. Il faut des garanties ciblées, du cofinancement avec des acteurs locaux, des projets mesurables et un cadre juridique clair. L’argent des Français doit servir à des entreprises qui produisent, créent des emplois et laissent à nos industriels un accès à des ressources et à des marchés. La fermeté sur le droit n’interdit pas cette ouverture.
La sécurité est le troisième fil. Bloomberg rappelait en février que des assaillants non identifiés s’étaient approchés du stock d’uranium en attaquant la capitale. Le même article évoquait le risque lié au transport de matière radioactive dans des zones touchées par le jihadisme. Un Sahel instable ne profite à aucun investisseur, français ou autre, et il pèse tôt ou tard sur nos frontières et nos approvisionnements.
La France doit donc tenir deux lignes sans les confondre. D’un côté, défendre jusqu’au bout les droits d’Orano devant les juridictions d’arbitrage, parce qu’un précédent impuni en appellerait d’autres. De l’autre, rouvrir un dialogue économique avec les entrepreneurs et les chercheurs, sans complaisance envers les pouvoirs en place. L’Afrique de l’invention n’attend personne, et la France gagnerait à s’y présenter en partenaire fiable plutôt qu’en créancier froissé.
Le Sahel (ONEP), 6 octobre 2026 et dépêche du 5 novembre 2026; Le360 Afrique, octobre 2026; ANP Niger, 8 octobre 2026; Bloomberg via Mining.com, 14 février et 23 août 2026; Africaradio, 30 novembre 2025
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Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..



