Sommeil : le ministre dort bien, l’automobiliste moins, et la pompe veille

Le 28 octobre, à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie Roland Lescure a reconnu que l'essence coûte plus cher en France qu'ailleurs. Il a ajouté que les taxes ne l'empêchaient pas de dormir, ce qui a déclenché un tollé. TotalEnergies venait de publier un bénéfice net record pour le troisième trimestre.

Par · Chronique ·
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Photo : cuncon / Pixabay

Mercredi 28 octobre, à l’Assemblée nationale, interpellé sur la hausse du prix de l’essence, le ministre de l’Économie Roland Lescure a reconnu que les carburants coûtent plus cher en France qu’ailleurs. Il a ajouté qu’aucune taxe ne troublait son sommeil, qu’il savait pourtant qu’elles troublaient celui d’autres Français, et que leur produit finance quantité d’infrastructures. TotalEnergies venait de publier un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre. Le rapprochement n’était pas voulu. Il n’en fut que plus remarqué.

Le Sottisier commence par rendre hommage. Un ministre qui admet que le plein pèse plus lourd chez nous que chez nos voisins s’exprime avec une franchise rare, et la franchise est une denrée que l’on ne taxe pas encore. Là s’arrête l’éloge. Le sommeil du ministre ne figure dans aucun manuel de finances publiques. On y cherche le taux, l’assiette, le rendement. On n’y trouve pas la qualité de la nuit de celui qui fixe le prélèvement.

La sortie n’est pas un accident isolé. Le 21 septembre, sur France Inter, interrogé sur l’effort demandé aux retraités dans le budget 2027, le même ministre avait jugé à deux reprises que 2 000 euros de pension permettent de vivre correctement. Rendons-lui cette justice : il avait aussitôt précisé qu’il ne prétendait pas que l’on soit aisé au-dessus de ce seuil, ni pauvre en dessous. Mais la formule fut isolée et commentée, selon la loi bien connue qui veut que la petite phrase survive toujours à la nuance qui l’accompagnait. Deux petites phrases en cinq semaines, cela fait une manière.

L’opposition s’est engouffrée dans la brèche, comme il se doit. Le Rassemblement national a répondu que ces taxes empêchent de dormir, et même de vivre, des millions de travailleurs, d’entrepreneurs, de retraités et de familles. L’eurodéputée insoumise Manon Aubry s’est demandé quand le ministre avait payé son dernier plein de sa poche. Chacun joue sa partition, et la partition est connue. Un internaute a rappelé que Marie-Antoinette n’avait jamais proposé de la brioche au peuple. L’histoire est injuste : la reine n’a rien dit et fut condamnée pour la phrase. Le ministre a bien parlé de sommeil, et l’on ne s’étonnera pas qu’on s’en souvienne.

Au fond, l’argument fiscal n’est pas sot. Les routes, les ponts et les réseaux ne se financent pas par l’opération du Saint-Esprit, et la maison n’a jamais soutenu que l’impôt fût un vol. Elle défend l’impôt qui paie le régalien et l’équipement, pas celui qui dispense de choisir. Or le ministre exclut toute baisse généralisée des taxes sur les carburants malgré la flambée des prix. Soit. Mais celui qui refuse de baisser la recette doit dire quelle dépense il est prêt à réduire. À défaut, la taxe n’est plus un prix, c’est une habitude.

La même semaine offre un contraste. Le ministre évoque aussi une hausse du Smic avant la revalorisation du 1er janvier. Le gouvernement promet de son côté qu’aucune hausse de l’électricité n’interviendra cet hiver. D’une main, on prélève à la pompe. De l’autre, on arrondit les angles par des gestes ponctuels. C’est la politique de la fontaine à deux robinets : l’un coule en public, l’autre se tait, et l’usager se demande toujours lequel est ouvert.

Que faudrait-il faire ? Peu de choses, mais précises. Publier, ligne à ligne, ce que rapportent les taxes sur les carburants et à quoi elles servent, pour que l’automobiliste voie la route qu’il paie. Mettre en face une économie nommée, pas un vœu. Et se souvenir qu’un ministre des Finances n’est pas jugé à la qualité de son sommeil. Il l’est à celle du sommeil du contribuable, qui est, lui, le seul à dormir avec le budget sur la poitrine.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..