Mbappé et Mao : un mot d’historien, une amende commerciale, et la gauche cherche le dictionnaire

Kylian Mbappé, capitaine de l'équipe de France, a présenté ses excuses à la Chine le 27 octobre pour avoir désigné Mao Zedong comme « un dictateur chinois » dans un podcast. La polémique a gagné le Real Madrid et la Liga. Elle montre ce qu'il en coûte de parler d'histoire quand on dépend du marché chinois, ce qui est le cas de nombreuses entreprises françaises.

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Photo : 3093594 / Pixabay

Les faits sont minces et l’écho est immense. Dans le podcast The Bridge, enregistré en avril, Kylian Mbappé raconte que le mème sur lui qui l’a le plus fait rire le montre sous les traits d’un homme qu’il croit être « un dictateur chinois ». L’image est celle de Mao Zedong. L’extrait a refait surface cette semaine grâce à un média sportif chinois, et les réactions ont été très vives. Mardi 27 octobre, le joueur a publié un communiqué en français, en anglais et en mandarin pour reconnaître une remarque « maladroite » et dire son respect pour le peuple chinois et son histoire.

Ce qui nous concerne, c’est la suite. Selon la presse, le capitaine des Bleus a perdu des sponsors et vu son nom disparaître de campagnes publicitaires en Chine. Un journal chinois lui reproche d’avoir mordu la main qui le nourrit. La polémique a atteint le Real Madrid et la Liga, et le club s’est à son tour excusé auprès de la Chine. Pour toute entreprise française qui vend, produit ou s’approvisionne là-bas, la leçon est nette : l’accès à ce marché a un prix, et le prix peut inclure le silence sur l’histoire.

Reconnaissons à la phrase du joueur son charme approximatif. Elle commence par « je crois » et pose pourtant, sans le savoir, un diagnostic que les historiens occidentaux partagent largement. Marc Julienne, de l’Ifri, l’a rappelé au Parisien : cette qualification fait consensus en Occident, mais elle reste taboue en Chine, et le footballeur ne s’en doutait peut-être pas. Qu’une évidence de manuel scolaire devienne un incident commercial a quelque chose du Molière de la diplomatie : on y rit d’abord, on y paie ensuite.

La seconde comédie se joue à Paris. Marine Tondelier a jugé que Kylian Mbappé avait énoncé des faits établis, en rappelant les dizaines de millions de morts imputés à Mao et la nature totalitaire de son régime. Interrogé sur la même question, un élu insoumis a préféré ne pas répondre, avant de concéder que la Chine était un régime « plutôt autoritaire ». La litote est une belle figure, mais elle suppose d’ordinaire un peu d’élégance. Ici, il y fallait surtout un peu de courage, et il aurait suffi d’un mot de deux syllabes.

François Ruffin, candidat à la présidentielle de 2027, a pris un autre chemin. Invité de RMC et BFMTV, il voit dans l’affaire le poids du capitalisme et du nationalisme chinois. Le diagnostic n’est pas sot : c’est bien le marché qui sert ici de levier, et l’orgueil national qui tient la main. On regrette seulement qu’il s’arrête au seuil du vocabulaire. Pékin pratique un capitalisme d’État sous drapeau communiste, et c’est le régime qui le dirige, plus que le mot « capitalisme », qu’il faudrait nommer.

Épargnons le joueur. Il a présenté des excuses, ce qui est son droit, et les internautes français lui ont reproché de reculer, ce qui est le leur. À Washington, une commission de la Chambre des représentants sur la Chine a jugé qu’il n’avait pas à s’excuser. On peut comprendre qu’un sportif, dont les contrats se négocient aux quatre coins du monde, choisisse la prudence. On comprend moins que ceux dont le métier est de parler pour la France en fassent un art de vivre.

La morale est économique avant d’être morale. Une entreprise française ne peut pas s’excuser à la place de ses salariés, de ses dirigeants ou de ses ambassadeurs sportifs sans y perdre quelque chose. La liberté d’expression d’un citoyen ne devrait pas être soumise à la tarification d’une puissance étrangère. La France a donc trois chantiers. Il lui faut diversifier ses débouchés, pour que le courroux d’un seul marché ne devienne pas une censure. Elle doit réclamer partout la réciprocité qu’elle accorde. Et il faudrait que sa classe politique retrouve l’usage des mots qui désignent les choses, avant que d’autres ne les lui interdisent.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..