Niger : Alger envoie carburant et soldats, Paris ne garde que ses avocats

Une soixantaine de camions-citernes algériens sont arrivés à Agadez le 31 octobre, sous escorte militaire conjointe, une semaine après le feu vert du Parlement d'Alger à l'envoi de troupes au Niger. Pendant que l'Algérie s'installe dans l'énergie nigérienne, Orano, groupe français et acteur clé de l'uranium, a perdu ses mines et ne conserve qu'un recours arbitral.

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Photo : Military_Material / Pixabay

Samedi 31 octobre au soir, une soixantaine de camions-citernes chargés de carburant algérien sont arrivés à Agadez, dans le nord du Niger, escortés ensemble par les forces nigériennes et algériennes. Une semaine plus tôt, le Parlement algérien avait approuvé l’envoi de soldats au Niger pour protéger des installations énergétiques, et le président Tebboune a décidé l’envoi des unités moins de vingt-quatre heures après cet aval. Le dernier déploiement officiel de troupes algériennes à l’étranger remontait à la guerre israélo-arabe de 1973.

Pourquoi cela regarde la France ? Parce que le Niger est le pays où Orano détenait 63,4 % de la Somaïr, société qui exploitait la mine d’uranium d’Arlit, avant que Niamey ne la nationalise en juin 2025. Le groupe français a perdu le contrôle opérationnel de ses mines nigériennes en décembre 2024. Le 18 mai 2026, le Conseil des ministres nigérien a annulé la concession d’Arlit. En août, un permis voisin, celui d’In Azaoua, a été attribué à Tsumco, société d’État créée sur les restes de la Somaïr. Un minerai qui alimente en partie la filière nucléaire française change de mains, et une puissance voisine du Sahel prend la place qui se libère.

La méthode algérienne mérite d’être regardée de près, car elle est patiente. En février, le président nigérien Abdourahamane Tiani se rend à Alger. En juillet, un premier convoi de sept camions arrive à Agadez pour lancer un centre d’hémodialyse, un institut islamique et une polyclinique. Le 14 août, Sonatrach livre ses premières cargaisons de carburant d’aviation Jet A1. En octobre, la pénurie d’essence gagne Niamey, et un protocole de coopération militaire est signé avec l’état-major de l’armée algérienne. Des chantiers, puis des litres, puis des uniformes : Alger a avancé par étapes, en répondant à des besoins précis.

Les sources ne s’accordent d’ailleurs pas sur tout. Le communiqué de l’Assemblée populaire nationale, repris par France 24, parle d’un vote à l’unanimité. D’autres médias algériens, citant le même communiqué, évoquent une approbation à la majorité absolue, à huis clos. La Constitution exige pourtant les deux tiers des membres de chaque chambre. Ce flou de procédure ne change pas le fond, mais il rappelle que cette décision s’est prise à l’abri des regards.

Le symbole ne manque pas non plus d’ironie. Ce dimanche, pour le 72e anniversaire du déclenchement de la guerre d’indépendance algérienne, la télévision publique nigérienne diffuse « La Bataille d’Alger ». Le geste est un hommage à Alger, adressé par un pays sahélien qui choisit ses récits comme ses partenaires. Il n’appelle pas de polémique de notre part, mais un constat : la France n’est plus celle que l’on écoute à Niamey.

Le revers de la médaille existe, et Paris aurait tort de s’en réjouir. Un spécialiste cité par The Conversation pose la vraie question : comment peser sur l’ordre sahélien sans devenir partie prenante de ses guerres ? Des soldats algériens près de sites stratégiques sont aussi des cibles possibles. Or, des assaillants ont approché, il y a quelques mois, le stock d’uranium de la Somaïr. Une instabilité de plus au Sahel pèserait sur l’Europe, donc sur nous.

Ce que la France peut en tirer tient en deux constats. Le premier est que le verrou juridique ne fait pas une politique. Orano a obtenu du CIRDI, en septembre 2025, une ordonnance qui interdit à Niamey de vendre l’uranium de la Somaïr. C’est une victoire de procédure utile, mais elle ne remplit ni un réservoir ni un centre de santé. Le second constat est que dépendre d’un seul sous-sol, dans un seul pays, relevait de l’imprévoyance bien avant le coup d’État.

Que doit faire Paris ? Défendre sans relâche les droits d’Orano devant l’arbitrage, et ouvrir le dossier de l’uranium à d’autres sources. Le groupe a déjà signé en janvier 2025 un accord avec la Mongolie : c’est la direction à suivre. Il faut aussi parler aux États du Sahel sans leçon et sans nostalgie, avec des offres concrètes, en commençant par l’énergie. La France s’est trop longtemps contentée d’avoir raison. Alger, elle, apporte du carburant.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..