Sahel : Paris accusée sans preuve publique, les voisins se parlent à Moscou, la France doit agir

Le Niger a accusé le Tchad d'une frappe de drone sur son territoire, qui aurait tué deux civils. Niamey met aussi en cause la France. Les deux ministres des Affaires étrangères se sont vus à Moscou, en marge du sommet Russie-Afrique. Pour la France, l'enjeu est son rang au Sahel, où elle est désignée à chaque crise sans que des preuves soient produites.

Par · Chronique ·
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Photo : coqweb / Pixabay

Lundi 26 octobre, le Niger a accusé le Tchad d’avoir mené une frappe de drone sur son sol, qui aurait fait deux morts parmi les civils. N’Djamena a rejeté ces accusations avec la plus grande fermeté, nié tout concours prêté à une puissance étrangère et dit souscrire à une enquête internationale. Niamey a saisi les Nations unies. Samedi 31 octobre, à Moscou, les chefs de la diplomatie des deux pays ont réaffirmé leur volonté de privilégier la retenue. La séquence est apaisée en apparence. Elle laisse pourtant une question ouverte, qui nous regarde.

Car la France est nommée dans le dossier. Le gouvernement nigérien accuse, une fois encore, le Tchad et la France d’une action hostile sur son territoire. Après les événements des 28 et 29 août à Niamey, il avait déjà dénoncé un « vaste réseau de connivences » dont Paris serait la tête. Quand un gouvernement désigne la France à chaque secousse, ce n’est plus un différend entre voisins. C’est la place de notre pays dans la région qui se joue, avec ses intérêts, ses ressortissants et son crédit.

Reste le fond, et il est mince. Aucune des sources consultées ne produit de preuve publique de l’identité de l’auteur du tir. Le Tchad dénonce des accusations sans valeur probante. Un institut spécialisé relevait, à propos des accusations d’août, qu’aucun élément matériel ne permettait de les confirmer. Deux civils morts méritent mieux que des communiqués. Ils méritent une enquête. N’Djamena l’accepte, Niamey a choisi l’ONU : sur le principe, les deux capitales se rejoignent, et c’est là que la France doit pousser.

Le lieu de la rencontre dit aussi quelque chose. Deux États en tension s’expliquent sur le sol russe, à l’occasion d’un sommet que Moscou organise. Le Tchad a multiplié les contacts avec la Russie, de la visite de son président en 2024 au déplacement de son ministre en juillet. Niamey, de son côté, poursuit le renforcement de ses relations avec Moscou. Nul besoin d’y voir un complot. C’est un constat : les querelles du Sahel se règlent désormais autour de tables où la France n’est plus conviée.

Elle n’est pourtant pas la cause de ces tensions, et il faut le rappeler sans emphase. Selon un article de Yahoo Actualités, Niamey reproche au Tchad d’abriter une rébellion hostile, tandis que le Niger accueillerait les rebelles du Fact, qui menacent N’Djamena. Ces griefs réciproques ont leur logique propre, régionale, ancienne. Y mêler Paris sert surtout à désigner un coupable commode. Les pouvoirs qui ne maîtrisent pas leurs frontières ont toujours aimé l’ennemi extérieur.

L’influence se construit pourtant sur autre chose que sur des démentis. Depuis le 6 octobre, une liaison à fibre optique relie In Guezzam, en Algérie, à la région d’Arlit-Agadez, au Niger, avec une capacité pouvant atteindre 100 gigabits par seconde. Elle s’inscrit dans un comité transsaharien de six pays, dont le Tchad. Les tarifs de transit n’ont pas été publiés, et sa valeur économique reste à prouver. Mais le message est clair : pendant que Paris plaide, d’autres tirent des câbles à travers le désert.

Que faire ? Ni indignation théâtrale, ni silence frileux. La France doit réclamer publiquement les éléments qui fondent l’accusation, soutenir sans réserve une enquête internationale indépendante, et garder ouverts ses canaux avec N’Djamena comme avec Niamey. Elle doit surtout dresser la liste de ses intérêts réels au Sahel, puis les servir par des projets mesurables, plutôt que par des postures. Richelieu, cardinal, s’alliait aux princes protestants quand l’intérêt du royaume l’exigeait. Cette froideur-là, la France l’a trop souvent oubliée dans la région.

Tchadinfos, 31 octobre 2026; Madar, 31 octobre 2026; Alwihda Info, 31 octobre 2026; Anadolu, 27 octobre 2026; Yahoo Actualités, octobre 2026; APA News, septembre 2026; Timbuktu Institute, septembre 2026; Webmanagercenter, 7 octobre 2026; El Moudjahid, 6 octobre 2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..