Changement d’heure : sept ans de blocage à Bruxelles, et Paris se contente de reculer ses montres

Les États-Unis sont repassés à l'heure d'hiver ce dimanche 1er novembre, une semaine après la France et l'Union européenne. Le décalage entre Paris et New York a donc été réduit d'une heure pendant sept jours. Cette anomalie, qui se répète chaque printemps, rappelle que la suppression du changement d'heure, votée par les eurodéputés en 2019, n'a toujours pas franchi le Conseil de l'UE.

Par · Chronique ·
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Photo : Leuchtturm81 / Pixabay

Ce dimanche 1er novembre, les Américains reculent leurs horloges d’une heure et reviennent à l’heure standard. La France et ses partenaires européens l’avaient fait le 25 octobre. Pendant une semaine, l’écart entre Paris et la côte est des États-Unis est donc tombé à cinq heures, au lieu de six. Il retrouve sa valeur d’hiver aujourd’hui. Le même flottement se produit au printemps : cette année, il a duré du 8 au 29 mars.

Pour la France, l’enjeu n’est pas dans cette heure perdue ou gagnée. Il est dans ce qu’elle révèle. Les entreprises qui travaillent avec les États-Unis recalent deux fois par an leurs réunions, leurs appels et leurs agendas. Elles le font parce que l’Europe applique une règle dont elle ne parvient pas à se défaire, et non parce que le marché l’exige. Ce désordre minuscule illustre une impuissance bien plus large.

Rappelons les faits. En 2018, une consultation européenne avait réuni 4,6 millions de participants, dont 84 % souhaitaient la fin du changement d’heure. Le 26 mars 2019, le Parlement européen avait voté la suppression par 410 voix contre 192, avec une échéance fixée à 2021. Mais le texte n’est qu’une position de première lecture. Les États membres, réunis au Conseil, devaient encore l’adopter, et le dossier y dort depuis décembre 2019.

La difficulté n’est pas imaginaire, et il faut la reconnaître. Chaque capitale redoute de se retrouver décalée de ses voisins, avec les complications que cela entraînerait pour les transports, les échanges et les chaînes de production. Mais sept ans de statu quo ne relèvent plus de la prudence. La directive de 2000 continue de s’appliquer, avec ses deux bascules annuelles, et l’on voit mal quelle administration oserait défendre une telle durée pour un sujet aussi simple.

Le dossier n’est pourtant pas officiellement clos. L’Espagne l’a relancé en octobre 2025, par la voix de son chef de gouvernement. La Commission européenne a lancé en février 2026 une étude qui examine dix scénarios et leurs conséquences économiques, sociales et environnementales, avec des conclusions attendues d’ici la fin de l’année. Les sources divergent toutefois sur l’état d’esprit de Bruxelles : certaines parlent d’une reprise des travaux, une analyse juridique affirme au contraire que la Commission a renoncé à relancer le sujet. Dans les deux cas, aucun calendrier n’existe.

Le gouvernement français l’a lui-même confirmé dans une réponse à une question parlementaire publiée le 30 juin 2026 : rien n’est fixé pour une décision européenne. Il applique la directive, il attend l’étude, il laisse faire. Cette posture de spectateur est confortable. Elle est aussi révélatrice d’une habitude nationale : invoquer l’Europe quand elle arrange, la mettre en cause quand elle gêne, et s’abstenir de peser quand il faudrait trancher.

Le schéma institutionnel mérite d’être regardé sans fard. Un Parlement élu vote à une large majorité, une consultation recueille l’adhésion de huit citoyens sur dix, et des gouvernements qui se renvoient la balle suffisent à tout enterrer. Quand on demande aux Français de croire à une Europe puissante, capable de défendre ses industries et ses approvisionnements, l’exemple de l’horloge n’est pas encourageant. Si l’Union ne sait pas choisir son heure en sept ans, on peut douter de sa promptitude sur des sujets autrement plus lourds.

Que doit faire la France ? Cesser d’attendre. Elle devrait dire publiquement quelle heure elle souhaite conserver, chiffrer ce que cela change pour ses entreprises et ses transports, et bâtir avec ses voisins immédiats une position commune, puisque la crainte du décalage est le vrai frein. Elle devrait aussi exiger que le Conseil se prononce à la remise de l’étude de la Commission, et non après. Un pays qui prétend peser sur l’Europe commence par trancher ce qui est à sa portée.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..