Midterms américaines : Bruxelles ne doit pas attendre de miracle de Washington
Les Américains votent ce mardi pour renouveler la Chambre des représentants et environ un tiers du Sénat, un scrutin qui conditionne la politique commerciale et militaire de Washington. Les démocrates sont donnés favoris pour la Chambre selon plusieurs estimations. Pour la France, les enjeux touchent directement les droits de douane, les prix de l'énergie et la sécurité du continent.

Les électeurs américains se prononcent aujourd’hui sur les 435 sièges de la Chambre des représentants et sur environ un tiers des sièges du Sénat. Selon les estimations du Silver Bulletin, relayées par un site spécialisé dans la gestion de patrimoine, le Parti démocrate aurait 92,7 % de chances de reprendre la Chambre et 71,4 % de chances de prendre le Sénat. Les marchés ont souvent été volatils avant ce type de rendez-vous, alors que les sondages donnent une avance démocrate d’environ 8 points, un chiffre qu’un analyste juge plus faible que la réalité, autour de 13 points.
Pour nos entreprises, le dossier décisif reste celui des droits de douane. L’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis conclu en juillet 2026 plafonne à 15 % les tarifs américains sur les produits européens, ce qui offre de la visibilité à l’un des plus grands marchés d’exportation de notre continent. Mais l’acier reste frappé d’un droit de 50 %, et c’est notre industrie lourde qui paie ce différend. À cela s’ajoute le choc énergétique issu de la guerre menée contre l’Iran par Washington et Tel-Aviv, qui rappelle que nos approvisionnements dépendent aussi de décisions prises outre-Atlantique.
Il serait pourtant naïf de croire qu’un changement de majorité effacera les droits existants. Le Congrès détient le pouvoir constitutionnel en matière de tarifs, mais il l’a largement délégué au président, et une Chambre acquise à l’opposition ne retire pas mécaniquement ce qui est en vigueur. La Cour suprême a invalidé en février les droits fondés sur la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence, puis l’administration a installé des droits de 10 % et 12,5 % au titre de la section 301. Ces tarifs ont par ailleurs rapporté 260 milliards de dollars au Trésor américain cette année, ce qui rend l’abandon de l’arme douanière peu probable.
Les démocrates ont pourtant annoncé leur volonté de reprendre la main sur la politique commerciale, avec des projets visant à abroger plusieurs textes invoqués par M. Trump et à imposer l’approbation du Congrès pour les accords commerciaux. Faut-il s’en réjouir à Bruxelles ? Je ne le crois pas. Les Européens auraient tort de confondre opposition au président américain et convergence d’intérêts. Sur la concurrence industrielle, l’accès aux technologies avancées ou la relation avec la Chine, la vraie question est de savoir si les élus américains défendent les mêmes intérêts que nous. Chaque capitale qui négocie sa propre exemption affaiblit la position collective, et la France aurait tout à perdre à sortir du cadre fixé par la Commission européenne.
Le scrutin pèse aussi sur la sécurité. Une Chambre démocrate pourrait renforcer le contrôle du Congrès sur la politique étrangère et peser sur l’aide militaire à l’Ukraine, ce qui obligerait les Européens à financer davantage leur propre défense. Selon UBS, les élections de mi-mandat ne devraient pas freiner l’effort de défense du continent. Il ne faut donc pas y voir un signal pour lever le pied, car nos programmes d’armement se pensent sur le long terme et non au rythme d’un cycle électoral américain.
Les opinions publiques européennes ont déjà pris leurs distances. Selon Al Jazeera, 73 % des Européens estiment que l’Europe doit suivre sa propre voie plutôt que poursuivre une coopération étroite avec les États-Unis, contre 63 % en 2024. Ce basculement ne s’effacera pas en une seule élection, même si la bataille du Sénat reste ouverte. Le danger serait de se croire sauvé par un résultat venu d’ailleurs, alors que les décisions qui comptent pour notre économie se prennent ici.
Que doit faire la France ? Ne pas attendre de miracle de Washington, mais préparer ses réponses. Il faut d’abord défendre le plafond de 15 % et obtenir le règlement du dossier de l’acier par la Commission, et non par des arrangements bilatéraux. Il faut ensuite orienter la politique industrielle et énergétique vers la réduction de nos dépendances, puis assumer sans complexe l’effort de défense européen. La souveraineté se gagne dans les ateliers et dans les budgets, pas dans les soirées électorales de l’autre côté de l’Atlantique.
ladepeche.fr (03/11/2026) ; The Conversation (date non précisée) ; UBS (date non précisée) ; Al Jazeera (29/10/2026) ; Area Development (date non précisée) ; Hudson Institute (date non précisée) ; Club Patrimoine (date non précisée)
- Midterms 2026 : pourquoi l'Europe et la France ne doivent pas attendre de miracle (ladepeche.fr)
- US midterms: what a new Congress could and could not change for Europe (The Conversation)
- US midterms: What do they mean for European investors? (UBS)
- Why a Democratic win in US midterms could adversely affect Europe (Al Jazeera)
- What the 2026 Midterm Results Mean for U.S. Investment and Tariffs (Area Development)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..



