Terres rares : Pékin garde la main sur le robinet, Lacq ne suffira pas

Le 28 octobre 2026, depuis Sydney, le délégué interministériel français aux minerais et métaux stratégiques a fixé un horizon de trois à cinq ans pour réduire la dépendance à la Chine. L'Europe importe 98 % de ses terres rares de ce seul fournisseur, et c'est toute l'industrie française des moteurs, des éoliennes et de l'armement qui en dépend. Le plan national de Lacq mobilise 180 millions d'euros de fonds publics.

Par · Chronique ·
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Photo : garten-gg / Pixabay

Mercredi 28 octobre 2026, depuis une conférence minière à Sydney, Benjamin Gallezot, délégué interministériel français aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, a donné un horizon : trois à cinq ans pour que la dépendance industrielle à la Chine commence à reculer sensiblement. Le point de départ est connu. Pékin produit jusqu’à 90 % de certains aimants spécialisés, et ses restrictions à l’export de l’an dernier ont perturbé les industriels.

Pour la France, l’enjeu n’a rien d’abstrait. L’Europe importe 98 % de ses terres rares de Chine, et Pékin contrôle entre 80 et 90 % du raffinage mondial, étape indispensable aux moteurs de voitures électriques, aux éoliennes et aux systèmes militaires. Une chaîne de montage privée d’aimants s’arrête, et avec elle les salaires, les carnets de commandes et la crédibilité de nos programmes d’armement. Un robinet que l’on ne tient pas est un robinet que d’autres peuvent fermer.

Le calendrier devrait inquiéter davantage qu’il ne rassure. Après la rencontre sino-américaine de Busan, la Chine a accepté de suspendre pour un an, jusqu’au 27 novembre 2026, l’élargissement de ses contrôles à l’export. Une autre source évoque plutôt une trêve avec Washington qui expirerait en janvier : les sources divergent, ce qui en dit long sur la visibilité dont disposent les industriels. Le ministère chinois du Commerce se dit prêt à continuer de délivrer des licences aux pays européens. Une déclaration de porte-parole n’est pas un traité, et une licence reste un instrument que l’on accorde ou que l’on retient à sa convenance.

La riposte française existe, il faut le reconnaître. Le 5 mai 2026, les ministres Roland Lescure (Économie) et Sébastien Martin (Industrie) ont dévoilé à Lacq le plan national terres rares. Il prévoit 180 millions d’euros de soutien public sur trois sites, Lacq, La Rochelle et Grenoble, dont 106 millions pour Caremag. L’usine de Lacq doit créer 92 emplois directs. Elle vise 15 % de la demande mondiale en terres rares lourdes. C’est un début, pas une souveraineté. Quinze pour cent d’un marché dont l’adversaire raffine 80 à 90 %, c’est une brèche dans le mur, pas un second mur.

Ce dossier est aussi un dossier asiatique, et c’est là que la France peut peser. À Lacq, l’État finance 106 millions d’euros et des investisseurs japonais, publics et privés, ont apporté 110 millions de fonds propres. Une usine de séparation est prévue à Perak, en Malaisie, étape aujourd’hui dominée à 90 % par la Chine. L’Australie, le Japon, le Brésil, l’Inde et les États-Unis voient aussi progresser des projets de diversification. Le G7 d’Évian a fixé, le 17 juin 2026, un cap : ramener sous 60 % d’ici 2030 la dépendance envers un même fournisseur, puis viser 50 %. Un cap n’est pas un contrat d’achat.

La leçon des représailles commerciales devrait servir. Quand Bruxelles a taxé les véhicules électriques chinois, Pékin a frappé là où la France est exposée. Les producteurs de cognac représentant environ 90 % des volumes exportés ont dû s’engager sur des prix minimums en Chine pour éviter des taxes pouvant atteindre 34,9 %. Le porc européen est taxé de 4,9 % à 19,8 % pour cinq ans, et les produits laitiers jusqu’à 11,7 %. Des diplomates citent désormais l’accord sur les hybrides chinois, plafonnés à 350 000 unités par an dès 2027 contre 800 000 prévues cette année, comme un modèle pour d’autres secteurs. La Chine sait calibrer ses coups, et nos éleveurs et viticulteurs en ont payé la facture sans avoir choisi la querelle.

Que faire ? D’abord, transformer les objectifs en commandes : des contrats d’achat de long terme, portés par les industriels français et européens, pour que Caremag et ses semblables aient des débouchés avant d’avoir des cheminées. Ensuite, constituer des stocks stratégiques et raccourcir les délais d’autorisation, car une usine qui attend ses permis ne vaut guère mieux qu’une usine qui n’existe pas. Enfin, lier l’argent public à des étapes vérifiables, faute de quoi 180 millions engagés sans calendrier nourriront surtout la bureaucratie. Après les chocs pétroliers des années 1970, la France a bâti son parc nucléaire au lieu de rédiger des communiqués. Les terres rares demandent la même obstination, et trois à cinq ans pour la prouver.

Economie Matin, 28 octobre 2026; Miningmx (d'après Reuters), 28 octobre 2026; Aqui.media, mai 2026; France Jeunes, 2026; Rapporteur, octobre 2026; Industrie Magazine, 2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..