Patriot : l’Europe paie 2,1 milliards à Lockheed Martin, la France doit produire ses Aster
Le département d'État américain a approuvé le 30 octobre la vente de 500 missiles Patriot PAC-3 MSE à l'Ukraine, pour environ 2,1 milliards de dollars. Ce sont des alliés européens, le Canada et un prêt de l'Union européenne qui paieront. La France, qui produit l'Aster, seule alternative européenne au Patriot, voit une industrie américaine encaisser pendant que ses propres cadences restent limitées.

Vendredi 30 octobre, le gouvernement américain a approuvé la vente de 500 missiles intercepteurs Patriot à l’Ukraine, pour plus de deux milliards de dollars. Il s’agit de missiles PAC-3 MSE, et le maître d’œuvre sera l’américain Lockheed Martin. Le Congrès doit encore entériner la vente, sans calendrier à ce stade. Washington prend soin de préciser que Kiev paiera avec des contributions du Canada, de l’Allemagne et de la Norvège, et avec des fonds nationaux financés par le prêt de l’Union européenne.
Pour la France, la facture n’est pas nulle, même si Paris ne figure pas parmi les donateurs nommés. Le prêt européen relève d’un budget commun, et chaque euro commun versé à Lockheed Martin est un euro qui ne finance pas une chaîne d’assemblage en Europe. Or l’Aster, qui équipe le SAMP/T, est la seule alternative européenne au système Patriot. Ce n’est pas un détail de catalogue, c’est une question de souveraineté industrielle et de prix payés par les contribuables.
Cette vente est d’abord un chèque, pas un missile. Le président ukrainien a salué la décision, mais prévenu que les livraisons pourraient prendre des années. Il rappelle que plus de trente frappes russes ont visé les infrastructures énergétiques ukrainiennes en deux semaines. Il demande donc aux alliés de prêter leurs stocks actuels, quitte à les reconstituer plus tard grâce à cette production déjà payée. Le temps de l’industrie n’est pas celui de la guerre, et la leçon vaut pour nous.
On ne reprochera rien à Washington. Son département d’État souligne que la vente n’a « no adverse impact » sur la préparation de l’armée américaine, et aucun fonds américain n’est engagé. Un État qui fait financer par ses alliés les commandes de son industriel, tout en préservant ses propres stocks, défend ses intérêts avec méthode. La vraie question est de savoir pourquoi les Européens, qui pèsent plus lourd que le Canada et la Norvège réunis, laissent ce marché leur échapper.
La France a pourtant des cartes. En juillet, le président de la République a annoncé une licence permettant à l’Ukraine de fabriquer des Aster, et Kiev a commandé quatre SAMP/T NG, deux batteries françaises étant prêtées en attendant. De son côté, MBDA prévoit de doubler en 2026 sa production d’Aster, un bond « absolument massif », avec une seconde ligne d’assemblage en cours de création en Italie. Voilà qui va dans le bon sens, à condition que les promesses deviennent des missiles.
Car les chiffres sont flous, et les sources se contredisent. Un article cite des cadences d’environ 80 à 100 Aster par an, avec un objectif de 300 en 2028. Un autre évoque déjà environ 300 Aster 30 par an. L’un des deux est périmé ou optimiste. Pour un pays qui veut être pris au sérieux comme fournisseur, l’opacité sur ses propres capacités est une faiblesse. Les goulets sont connus : des missiles partiellement assemblés ont longtemps fait des allers-retours à travers les Alpes entre l’Italie et la France.
La droite, qui aime parler de souveraineté, ne doit pas se contenter de licences et de communiqués. Concéder un savoir-faire à Kiev peut servir notre influence, mais cela ne remplace ni les cadences ni les stocks. Un pays qui cède des licences sans garantir d’abord ses propres arsenaux, ses chaînes d’approvisionnement et ses commandes fermes prépare des lendemains de dépendance. Colbert voulait des manufactures. Nous avons des ministères et des conférences.
Que doit faire la France ? Publier des cadences réelles de production, vérifiées. Passer avec MBDA et Thales des commandes fermes sur plusieurs années, seules capables de convaincre les sous-traitants d’investir à Bourges et à Selles-Saint-Denis. Obtenir de Bruxelles qu’un prêt commun finance d’abord des équipements européens quand ils existent. Et pour ce qui sera livré à l’Ukraine, exiger que la facture soit réglée avant la signature, comme le fait Washington.
Les Américains vendent des Patriot, et d’autres paient. Si Paris veut un jour que ce soit l’inverse, il faut produire plus vite, financer plus clairement et décider moins tard.
franceinfo, 30-31 octobre 2026; CBS News, 30 octobre 2026; CNN, 30 octobre 2026; Defense News, 26 mars 2026; Euromaidan Press, 13 juillet 2026; Kyiv Post
- Le gouvernement américain approuve la vente de 500 missiles Patriot à l'Ukraine (franceinfo)
- U.S. approves sale of 500 Patriot missiles to Ukraine, but Zelenskyy warns deliveries would take years (CBS News)
- US approves potential $2.1 billion sale of scarce Patriot missiles to Ukraine (CNN)
- MBDA to double Aster air-defense missile output in 2026 (Defense News)
- France licenses Ukraine to build missile for system that has already downed Russian jet (Euromaidan Press)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..