Soins palliatifs en Afrique : mourir sans souffrir ne doit pas rester un luxe
Nofi Media relaie le plaidoyer d'Amref pour le droit des Africains à être soignés jusqu'au bout. Selon une étude de l'observatoire Atlantes, un seul pays francophone d'Afrique, le Maroc, a atteint le stade « établi » des soins palliatifs. L'accès à la morphine orale et la formation des soignants restent les principaux freins.

Le droit d’être soigné jusqu’au bout : c’est sous ce titre que Nofi Media, le 29 octobre, rend compte de l’engagement d’AMREF. L’ONG a été fondée en 1957 au Kenya et se présente comme un acteur africain de la santé publique. Le sujet est moins spectaculaire qu’une épidémie ou une crise de la dette. Il mesure pourtant sans fard la maturité d’un système de santé : ce qu’il fait pour ceux qu’il ne peut plus guérir.
Les chiffres disent le retard. Une étude de l’observatoire Atlantes a passé en revue 22 pays francophones d’Afrique. Seize d’entre eux, soit 73 %, en sont au stade « émergent » des soins palliatifs, cinq sont « en progression », et le seul Maroc atteint le niveau « établi ». Une estimation reprise par la Fondation Pierre Fabre évalue à 912 000 le nombre de personnes, dont 214 000 enfants, qui en auraient besoin chaque année en Afrique francophone. Derrière ces chiffres, il y a des familles qui assistent, impuissantes, à une souffrance qu’on sait soulager.
Cette souffrance a une cause précise, et elle n’a rien de fatal. L’accès aux médicaments essentiels contre la douleur, la morphine orale en tête, figure parmi les principaux freins identifiés. S’y ajoute le manque de professionnels formés. Il ne s’agit donc ni d’un déficit de sentiment ni d’un mystère médical. Il s’agit d’approvisionnement, de règles et de formation, c’est-à-dire de l’ordinaire de l’action publique, ce que l’on attend d’un État.
Rappelons de quoi l’on parle. Les soins palliatifs visent, selon la définition courante, à améliorer la qualité de vie des patients et de leur famille par la prévention et le soulagement de la souffrance. Soulager n’est pas abréger. Cette médecine affirme que la dignité d’une personne ne dépend ni de son âge, ni de son état, ni de son utilité, et c’est un principe que la tradition conservatrice n’a aucune raison de laisser à d’autres. Une civilisation se juge à la façon dont elle accompagne ses mourants autant qu’à la manière dont elle soigne ses bien-portants.
Reste la question du financement, que les mauvais esprits éluderaient. Amref vient justement d’appeler les gouvernements africains à augmenter leur financement national de la santé, alors que la baisse de l’aide internationale menace les services essentiels. L’avertissement est sain. Une politique de santé bâtie sur la générosité changeante de bailleurs étrangers ressemble à une maison sur le sable. La souveraineté sanitaire commence par une ligne budgétaire assumée, et par des choix : un État qui sait payer ses grands chantiers peut aussi garantir un flacon de morphine à l’hôpital de district.
Les experts cités par SciDev.Net recommandent d’intégrer les soins palliatifs dans les systèmes de santé. C’est le bon réflexe, car la compassion s’épuise si elle ne repose que sur quelques associations dévouées. Un service que l’on ne trouve que dans un projet pilote reste un privilège. Il devient un droit lorsqu’il entre dans la formation des médecins et des infirmiers, dans les listes de médicaments autorisés, dans les protocoles des hôpitaux publics.
La France a ici un rôle à tenir, sans paternalisme. Amref compte une branche française dont l’appui technique vise particulièrement l’Afrique francophone. Plutôt que de multiplier les annonces, la coopération gagnerait à cibler peu d’objectifs mesurables : former des soignants, sécuriser l’approvisionnement en antalgiques, financer des évaluations publiques, et conditionner l’effort au maintien, par chaque État partenaire, de sa propre dépense.
Que faire, donc ? Que chaque gouvernement concerné lève les obstacles réglementaires à la prescription des antalgiques puissants, tout en en contrôlant l’usage. Qu’il inscrive la formation palliative dans les cursus médicaux. Qu’il fixe un calendrier et un budget, que l’on pourra vérifier. Le droit de mourir sans souffrir ne coûte pas des fortunes : il demande de la constance, et la constance est précisément ce qui fait un État digne de ce nom.
Nofi Media, 29 octobre 2026 ; SciDev.Net, 8 avril 2026 ; Amref Health Africa, 13 octobre 2026 ; Fondation Pierre Fabre (cancer-amcc.org) ; eHospice
- AMREF : en Afrique, le droit d'être soigné jusqu'au bout (Nofi Media)
- Signal d'alarme sur la négligence des soins palliatifs en Afrique francophone (SciDev.Net)
- Amref warns of health system strain as global aid falls, urges African governments to boost funding (Amref Health Africa)
- Soins palliatifs en Afrique (Fondation Pierre Fabre)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..