Mbappé, Liga, Hello Kitty : Pékin tient la télécommande, l’Europe rédige ses excuses

Après une plaisanterie de Kylian Mbappé sur Mao Zedong, des sponsors chinois ont rompu avec lui. Le diffuseur public chinois a suspendu la Liga, et la plateforme Migu a retiré de sa grille le prochain match du Real Madrid. Le groupe japonais Sanrio, éditeur de Hello Kitty, s'est lui aussi excusé et a abandonné une collaboration avec une série télévisée critiquée par la presse d'État chinoise.

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Photo : ccxcn / Pixabay

Une interview, une plaisanterie, et c’est tout un édifice commercial qui vacille. Interrogé par le média The Bridge sur les montages qui le représentent en dictateur, Kylian Mbappé a dit préférer celui qui l’affuble en dictateur chinois. Il n’a pas prononcé le nom de Mao Zedong, fondateur de la République populaire. Trois marques chinoises ont rompu avec lui. Le groupe public China Media Group a suspendu les matchs de Liga, ceux du joueur et les publicités où il figure. Mardi, l’attaquant a présenté ses excuses dans un communiqué en français, en anglais et en mandarin. La Liga, puis le Real Madrid mercredi, ont suivi. Dernier épisode connu : la plateforme Migu a retiré de sa grille le match de dimanche contre le Racing Santander.

Les excuses n’ont donc pas suffi. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a dit apprécier celles du joueur. Il n’a annoncé aucune levée des mesures et n’a pas précisé si Pékin attendait encore un geste du Real Madrid. Avant la déclaration du club, le groupe audiovisuel avait jugé ses explications insuffisantes. On connaît le chemin de Canossa : on le prend à genoux, et le pardon se fait attendre. Henri IV, au moins, savait ce qu’il en coûtait.

Disons d’abord ce qui n’est pas en cause. Aucun peuple n’est à moquer, et personne n’a à se féliciter qu’une phrase ait blessé. Mais il faut aussi dire ce qui l’est. Un diffuseur d’État qui efface un joueur, puis un championnat entier, pour un trait d’humour sur un dirigeant défunt, exporte sa sensibilité officielle bien au-delà de ses frontières. Chez nous, la liberté d’expression protège aussi la maladresse. Elle ne s’éteint pas parce qu’un client étranger fronce les sourcils.

On ne jugera pas le joueur, placé devant un choix de marché qu’il n’avait pas souhaité. On jugera les institutions. Le président de la Liga a présenté ses excuses au nom de la compétition. Il a aussi rencontré en urgence l’ambassadeur de Chine en Espagne, en expliquant que l’acte d’un individu ne devait pas nuire aux relations nouées avec les partenaires. Le Real Madrid a parlé après un long silence. Ces réflexes sont ceux de la prudence commerciale, et ils sont compréhensibles. Mais ils fixent un précédent : l’excuse collective devient la monnaie courante de l’accès à un marché.

L’affaire dépasse d’ailleurs le football. Sanrio, le groupe japonais qui édite Hello Kitty, a mis fin à sa collaboration avec la série VIVANT et à tous les projets qui s’y rattachaient. Auparavant, le Global Times avait accusé la série de salir la Chine. Le patron de la chaîne TBS, qui l’a produite, a répondu qu’il s’agissait d’une fiction et qu’elle ne cherchait à attiser aucun conflit entre nations. Une peluche déguisée en espion a suffi à contraindre un groupe entier à s’excuser. Même la fiction n’est plus un abri.

Le procédé est le même du Japon à l’Espagne. On désigne une offense, on laisse parler les annonceurs et les écrans, puis on observe la file des repentis. Pékin n’a pas besoin de flotte ni de tarifs douaniers. Une télécommande lui suffit, car les entreprises et les ligues se sont rendues dépendantes d’un public qu’on peut éteindre d’un clic. Les analyses publiées ces derniers jours chiffrent d’ailleurs le risque : un pont d’or menacé pour le Real Madrid et pour LaLiga.

Franceinfo s’interroge sur le silence des responsables politiques français. La question est légitime, et elle mérite une réponse plutôt qu’un haussement d’épaules. Quand un pouvoir étranger sanctionne un ressortissant européen pour des propos tenus en Europe, ce n’est plus seulement une affaire de communication. C’est une affaire de souveraineté.

Que faire ? D’abord, que clubs et ligues cessent de bâtir leur budget sur un diffuseur unique et un marché unique. Ensuite, que l’Union européenne et les États membres disent d’une même voix que la liberté de parole sur le continent n’a pas à être négociée avec un client. Enfin, que le football se dote d’une règle claire sur les excuses collectives, pour qu’elles cessent d’être improvisées sous la pression. Le public chinois est le bienvenu dans nos stades. La censure, elle, n’a pas à y siéger.

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Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..