Maintien de l’ordre : on ne réécrit pas une doctrine la veille d’un cortège

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a reçu ce jeudi après-midi des représentants des lycéens, à deux jours de nouvelles manifestations prévues samedi. Ces derniers lui ont demandé une révision de la doctrine du maintien de l'ordre. Les premières dépêches ne précisent ni le détail des griefs ni la réponse du ministre.

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Photo : jackmac34 / Pixabay

Ce jeudi après-midi, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a reçu des représentants des lycéens. De nouveaux défilés sont annoncés pour samedi. Selon BFM, les jeunes lui ont demandé « une révision de la doctrine du maintien de l’ordre ». Les dépêches disponibles ne disent rien de la teneur exacte de l’entretien ni de ce que le ministre a répondu. C’est peu, mais assez pour poser la question de fond.

Disons-le d’abord : recevoir des lycéens qui s’apprêtent à manifester n’a rien d’une faiblesse. C’est le métier d’un ministre, et la République ne se grandit pas à fermer sa porte à sa jeunesse. Le dialogue est une politesse due à des citoyens en devenir. Il n’oblige pourtant à rien d’autre qu’à écouter.

Car une doctrine de maintien de l’ordre n’est pas un slogan. Elle règle la distance entre les forces et les cortèges, la gradation de la réponse, l’usage de la contrainte, la chaîne de commandement. Elle est le fruit d’une longue expérience, de rapports, de corrections successives, et elle s’expose au contrôle du juge comme à celui du Parlement. Ce n’est pas un texte que l’on amende à la demande d’un seul des acteurs de la rue, fût-il sympathique.

Le mot d’ordre lui-même appelle une précision. « Réviser la doctrine » est une formule large, qui peut recouvrir une critique fondée comme un simple procès d’intention. Une revendication sérieuse désigne des pratiques, des faits établis, des procédures contestées. Tant que les lycéens et le ministère ne diront pas ce qui, concrètement, est reproché, la discussion restera un échange de postures. Les dépêches n’en disent rien, et c’est précisément le point à éclaircir.

L’ordre républicain n’est pas l’ennemi de la liberté de manifester, il en est la condition. Un lycéen qui défile doit pouvoir rentrer chez lui sans crainte. Le commerçant dont la vitrine borde le parcours a droit à la même sécurité, et le fonctionnaire de police à la même considération. Protéger les honnêtes gens, c’est tenir ensemble ces trois exigences, sans en sacrifier aucune à l’humeur du jour.

La droite aurait tort de se réfugier dans le réflexe. Voir dans toute demande de jeunes une simple agitation serait une paresse symétrique de celle qui ne voit partout que des abus policiers. Défendre les forces de l’ordre, c’est aussi exiger qu’elles soient irréprochables, car une autorité qui doute de sa légitimité s’épuise vite. Mais la droite n’a pas davantage le droit de renoncer : céder sur une doctrine à la veille d’une marche serait confondre l’apaisement et la capitulation.

L’histoire de la Ve République enseigne que la rue lycéenne et étudiante ne se traite ni par le mépris ni par la reddition. Les pouvoirs qui ont ignoré la jeunesse y ont perdu leur crédit. Ceux qui lui ont tout lâché n’ont gagné ni son respect ni celui des autres. La fermeté n’est jamais plus efficace que lorsqu’elle est lisible et justifiée.

Ce que le ministre doit faire tient en quelques gestes. Maintenir le dispositif de samedi, car on n’improvise pas un changement de méthode à quarante-huit heures d’un défilé. Demander aux inspections compétentes d’examiner les faits précis que les lycéens jugeraient contestables. Rendre public ce qui en ressort. Dire enfin que la doctrine s’ajuste sur des constats établis, jamais sur des mots d’ordre. Voilà le seul dialogue qui honore à la fois la jeunesse et l’État.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..