Vietnam : même un parti communiste redécouvre que la richesse naît des entreprises

Le Bureau politique du Parti communiste vietnamien a adopté le 4 mai 2025 la résolution 68, qui fait de l'économie privée la première force de l'économie nationale. Elle fixe des objectifs chiffrés pour 2030 et 2045. Les chiffres cités par les sources officielles ne concordent pas toujours, et la presse vietnamienne continue d'en rendre compte, y compris ce jeudi.

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Photo : luongcung / Pixabay

Le 4 mai 2025, le Bureau politique du Parti communiste vietnamien a adopté la résolution 68-NQ/TW sur l’économie privée. Le texte recense plus de 940 000 entreprises et plus de 5 millions de ménages d’affaires, pour environ 50 % du PIB, plus de 30 % des recettes budgétaires et 82 % de la main-d’œuvre. Ce jeudi, Vietnam.vn publie encore plusieurs articles sur le sujet, de la région frontalière de Cao Bang aux propositions de Dong Hai. La presse locale en a fait son affaire.

Le plus instructif est la référence historique choisie par les commentateurs locaux. Ils comparent la résolution au « Khoán 10 » de 1988, qui avait mis fin à la collectivisation forcée en rendant la terre aux paysans. Quand un régime en vient à se comparer à son propre aveu d’échec, il dit l’essentiel : on ne décrète pas la prospérité, on la laisse produire.

Les ambitions sont considérables. Pour 2030, le texte vise une croissance du secteur privé de 10 à 12 % par an, une contribution de 55 à 58 % du PIB et de 35 à 40 % des recettes budgétaires. À l’horizon 2045, il espère au moins 3 millions d’entreprises et plus de 60 % du PIB. Les moyens annoncés méritent l’attention d’un lecteur français. Le régime d’autorisation doit céder la place à un simple régime de déclaration, sauf pour la défense, la sécurité nationale et la santé publique. Les entreprises peuvent aussi déduire 200 % de leurs dépenses réelles de recherche et développement de leur revenu imposable. Le texte promeut enfin une approche civile plutôt que pénale pour la plupart des infractions commerciales.

Reste la question de la mesure, et les sources se contredisent. La résolution parle de 50 % du PIB. Or l’Office national des statistiques, rattaché au ministère des Finances, évalue la contribution du secteur privé à environ 42,3 % du PIB. L’écart est aussi net sur l’emploi : la même source donne plus de 45 % de la main-d’œuvre, contre 82 % dans la résolution. Les dépêches n’expliquent pas ces écarts, qui tiennent peut-être aux périmètres retenus. Un pays qui veut piloter par les résultats doit d’abord s’accorder sur ses propres chiffres.

Le texte ne cache pas ses limites. Il admet que le secteur privé n’a pas réalisé de percée en taille et en compétitivité, et que la majorité des entreprises restent de très petite, petite ou moyenne taille. Un cabinet d’avocats installé au Vietnam relève que les PME peinent toujours à accéder au financement, au foncier, à la technologie et à des procédures efficaces. Selon lui, le succès dépendra de la diffusion de la croissance au-delà des grands conglomérats. Mieux vaut une réforme qui se juge à ses PME qu’à ses vitrines.

Les premiers résultats avancés par les autorités sont réels. Sur 564 projets d’envergure, le secteur privé a apporté 3,8 millions de milliards de dongs, soit 74,6 % du capital total. L’État a compris qu’il gagne à s’effacer là où l’épargne privée sait financer routes, énergie et logistique. On y trouve aussi la leçon la plus simple de la comptabilité publique : un projet financé par d’autres n’alourdit pas la dette.

Il serait pourtant naïf d’applaudir sans réserve. Une liberté accordée par un Bureau politique peut être reprise par lui. Ce que les entrepreneurs vietnamiens attendent, ce sont des règles stables, un juge indépendant et un droit de propriété que nul ne puisse suspendre. Une résolution n’y suffit pas.

La France a ce que le Vietnam cherche encore : un État de droit et des institutions qui protègent la propriété. Elle gagnerait à s’inspirer de ce que Hanoï ose écrire. Il faudrait substituer la déclaration à l’autorisation partout où la sécurité n’est pas en jeu. Il faudrait aussi traiter au civil les manquements ordinaires de gestion, publier des statistiques que personne ne conteste et juger chaque réforme à ses créations d’emplois. Le pays qui rappelle à l’ordre ses bureaucrates pour libérer ses entrepreneurs ne rend pas hommage au capitalisme. Il constate ce qui marche, et nous ferions bien d’en faire autant.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..