Densité d’emploi : Bruxelles gagne le classement, pas la bataille du travail

Selon BX1, Bruxelles et sa périphérie dominent le classement belge de la densité d'emploi. La zone métropolitaine de la capitale concentre une part très importante des salariés du pays. Le taux d'emploi de la Région bruxelloise reste pourtant le plus bas des trois Régions.

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Photo : scornthegreat / Pixabay

BX1 rapporte ce jeudi que Bruxelles et sa périphérie dominent le classement de la densité d’emploi en Belgique. Le résultat n’a rien de surprenant. Une capitale, siège d’institutions, de sociétés de services et d’un aéroport tout proche, attire les postes de travail comme un aimant la limaille. Les dépêches disponibles ne détaillent pas le palmarès commune par commune. Les données établies par ailleurs permettent en revanche de mesurer ce que ce classement dit, et surtout ce qu’il ne dit pas.

Le premier constat est géographique. Selon une étude d’Actiris, près d’un salarié belge sur trois (29 %) travaille dans la zone métropolitaine bruxelloise, qui déborde les dix-neuf communes de la Région pour englober des communes des deux Brabant. Parmi les pôles d’emploi du Brabant flamand, le même document cite Zaventem, Machelen, Vilvorde, Asse, Louvain, Dilbeek, Grimbergen et Hal. L’économie, elle, ignore les limites administratives.

Le second constat est plus rude. Cette concentration d’emplois ne se traduit pas par un taux d’emploi élevé chez les habitants de la Région. En 2024, selon les chiffres de Statbel et d’Eurostat repris par indicators.be, il s’établissait à 64,1 % à Bruxelles, contre 67,1 % en Wallonie et 76,9 % en Flandre. La Belgique dans son ensemble affiche 72,3 %, quand la moyenne de l’Union à vingt-sept atteint 75,8 %. Un territoire peut être dense en postes et pauvre en travailleurs qui les occupent.

La raison tient en partie à la qualification. Dans son état des lieux de 2020, l’observatoire bruxellois de l’emploi relevait un taux d’emploi de 78,5 % chez les personnes hautement qualifiées, mais de 32,6 % chez les personnes peu qualifiées. Le même organisme notait, dans une étude de 2018, que les taux de chômage communaux allaient de 8,5 % à Woluwe-Saint-Pierre à 23,8 % à Saint-Josse-ten-Noode. Un écart de ce genre ne relève plus de la conjoncture. Il décrit une ville où les postes et les compétences ne se rencontrent pas.

La même étude de 2018 ajoutait que les emplois des fonctions en tension se trouvent surtout dans le Brabant flamand, et qu’ils sont plus accessibles aux travailleurs peu ou moyennement qualifiés. Autrement dit, une partie du travail disponible se situe de l’autre côté d’une frontière régionale, là où la langue, les transports et les réflexes administratifs dressent des obstacles que les entreprises n’ont pas fabriqués. On ne résout pas un chômage de proximité avec une carte qui s’arrête au dernier panneau de la Région.

L’enjeu est budgétaire autant que social. Comme le rappelait BX1 dans une analyse antérieure, une hausse du taux d’emploi élargit l’assiette de l’impôt sur le revenu, au bénéfice de la Région comme des communes qui perçoivent des additionnels. Chaque Bruxellois qui travaille cesse de peser sur la dépense publique et commence à la financer. C’est le cercle vertueux que toute politique de l’emploi devrait viser, au lieu de se contenter d’indemniser l’attente.

La France aurait tort de sourire de ce voisin. Elle connaît elle aussi le dialogue de sourds entre un centre qui concentre les postes et des couronnes qui concentrent les difficultés. La leçon dépasse la Belgique, car un classement de densité flatte le territoire sans dire si ses habitants y trouvent leur place. Le bon indicateur est le taux d’emploi de ceux qui y vivent, et c’est celui-là qui devrait guider l’action.

Que faudrait-il faire ? Aligner la formation sur les besoins réels des employeurs de la métropole, en priorité pour les moins qualifiés. Faciliter la mobilité des demandeurs d’emploi d’une Région à l’autre, plutôt que de les enfermer dans leur périmètre administratif. Alléger les charges et les procédures qui découragent d’embaucher. Et publier, chaque année, le même chiffre en première page : combien de résidents travaillent, et non combien de postes la ville abrite.

BX1, 29 octobre 2026; Actiris (view.brussels), études de 2018 et 2020; indicators.be (Statbel, Eurostat); BX1, analyse sur le taux d'emploi bruxellois

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de T.R..