11-Novembre à l’école : une minute de silence ne mérite pas un préavis de grève
Le 2 juillet 2026, le ministre de l'Éducation nationale a institué par circulaire une cérémonie annuelle d'hommage aux morts pour la France dans les établissements scolaires. À deux semaines du 11 novembre, plusieurs syndicats appellent à la boycotter, par la grève si nécessaire. Le sujet a gagné le champ politique, jusque dans la Drôme.

Le 2 juillet 2026, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a institué par circulaire une cérémonie annuelle en hommage aux morts pour la France. Elle concerne les établissements publics et privés sous contrat, à partir du CM1. Autour du 11 novembre, à une date que fixe le chef d’établissement, on y lit des noms, on observe une minute de silence et l’on chante La Marseillaise. À deux semaines de l’échéance, cinq syndicats du Val-d’Oise appellent à boycotter ces cérémonies, quitte à faire grève. Le SNES-FSU a déposé un préavis pour la semaine du 11 novembre.
Reprenons le programme. Des noms lus à voix haute, une minute de silence, un hymne. On a connu des mobilisations de la jeunesse plus martiales. Les syndicats y voient une militarisation de l’école et un embrigadement. Le ministre répond que la cérémonie ne célèbre pas la guerre, mais la paix conquise et la liberté préservée. Entre le vocabulaire de la protestation et le contenu réel du dispositif, la distance est telle qu’on se demande si les opposants ont lu la circulaire ou seulement son intitulé.
Lire des noms, c’est même le contraire d’un discours belliqueux. Dans presque chaque commune de France, un monument porte la liste de ceux qui ne sont pas revenus. Beaucoup de ces monuments, érigés après 1918, disent l’horreur de la guerre autant que la gratitude due aux morts. Les faire connaître à des enfants de neuf ans, c’est leur apprendre que la paix a un prix et que des familles l’ont payé. Aucun pacifisme sérieux ne devrait s’en offusquer.
Une objection mérite pourtant d’être entendue. Le SNES-FSU conteste la confusion entre l’enseignement de l’histoire et la transmission de la mémoire, et regrette que le 11 novembre devienne un fourre-tout mémoriel. C’est un vrai débat, que l’on peut mener au Conseil supérieur des programmes, dans les revues, dans les salles des professeurs. Il ne justifie pas un boycott. L’histoire s’enseigne en classe, la mémoire se partage en cérémonie, et l’une nourrit l’autre. L’école de la République n’a jamais eu à choisir entre elles.
Le recours à la grève pour empêcher la tenue de ces cérémonies pose une question plus grave. Un préavis qui couvre des collègues réfractaires est une protection légitime. Un appel à faire échouer l’événement, par le nombre d’absents, prive aussi les élèves, et les enseignants volontaires, d’un moment qu’ils auraient voulu vivre. Quant au refus d’y assister si des personnalités « dont les valeurs ne sont pas celles de l’École » sont présentes, il revient à ériger un syndicat en juge des élus de la République. Ce n’est pas son office.
Le paradoxe a son charme. Les mêmes textes réclament une école qui forme des citoyens libres, capables de penser par eux-mêmes. Mais on ne forme pas un citoyen en lui épargnant le silence devant ses morts. Renan définissait la nation comme un plébiscite de tous les jours. La IIIe République, qui a bâti l’école gratuite et obligatoire, n’a jamais cru que l’instruction et l’attachement au pays fussent incompatibles. Elle a eu ses excès, on le sait. Elle avait au moins compris que l’on n’aime pas ce que l’on n’a pas appris à connaître.
Dans la Drôme, le député RN Thibaut Monnier a répliqué que le patriotisme n’est pas une maladie honteuse. La formule est juste, mais la cérémonie ne gagnera rien à devenir un accessoire de querelle partisane. Le 11 novembre appartient à tous ceux qui ont un nom sur un monument, et ces noms ne votent pas.
Que faire, alors ? D’abord ne pas retirer la circulaire : céder à un préavis de grève sur une minute de silence serait la pire des leçons de civisme. Ensuite, rappeler aux chefs d’établissement qu’ils seront soutenus par leur hiérarchie, y compris quand la pression locale sera forte. Enfin, ancrer la cérémonie dans le travail de classe, par exemple en faisant étudier à chaque élève un nom du monument de sa commune. Un enfant qui a cherché qui était cet homme, quel âge il avait, de quelle rue il venait, n’a pas besoin qu’on lui explique ce qu’est la mémoire.
Le JDD, 27 octobre 2026; Enderi, 29 octobre 2026; Le Dauphiné Libéré, 29 octobre 2026; SNES-FSU, septembre 2026
- « Glorification de la guerre » : des syndicats de l'Éducation nationale contestent les cérémonies d'hommage aux « morts pour la France » (Le JDD)
- 11 Novembre à l'école : derrière la commémoration, la bataille de l'esprit de défense (Enderi)
- Cérémonie commémorative obligatoire du 11 novembre : refusons l'embrigadement (SNES-FSU)
- Drôme. Boycott du 11-Novembre à l'école par des syndicats : « Le patriotisme n'est pas une maladie honteuse », tonne le député Thibaut Monnier (RN) (Le Dauphiné Libéré)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..