AVC : 4,5 milliards d’euros par an, et un parcours de soins que l’État pilote mal

Plus de 400 personnes sont hospitalisées chaque jour en France pour un AVC ou un accident ischémique transitoire. Un an après le rapport de la Cour des comptes, qui chiffrait le coût de la maladie à environ 4,5 milliards d'euros par an, seule la moitié des patients passait par une unité spécialisée en 2023.

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Photo : anaterate / Pixabay

Plus de 400 personnes sont hospitalisées chaque jour en France pour un AVC ou un accident ischémique transitoire. La Cour des comptes en a fait un rapport, rendu public à l’occasion de la Journée mondiale de l’AVC, le 29 octobre 2025. Elle estime le coût de la maladie à environ 4,5 milliards d’euros par an, secteur médico-social compris. On comptait 120 000 victimes en 2022. Un an plus tard, jour pour jour, le dossier relève autant de l’argent public que de la santé.

L’État peut revendiquer un succès : l’objectif de 140 unités neuro-vasculaires fixé par le plan AVC a été atteint. Mais un chiffre d’équipement n’est pas un résultat de santé. La circulaire de 2012 posait comme objectif optimal le passage systématique de tout patient par une de ces unités. En 2023, seulement 50 % des patients étaient hospitalisés dans des unités spécialisées, loin d’une cible de 90 %.

Le réseau lui-même est sous tension. D’après l’enquête que la Cour a conduite auprès des responsables médicaux, 24 % des unités ont dû fermer des lits de soins intensifs depuis leur création. 83 % font état de difficultés chroniques de recrutement et 91 % doivent récuser des patients faute de lits. On a bâti les murs sans garantir ceux qui les font vivre. Le contribuable a payé l’équipement, il attend qu’on finance aussi les soignants qui le rendent utile.

L’aval n’est pas mieux gouverné. Les durées de séjour en soins médicaux et de réadaptation se sont allongées, et des lits d’unité restent occupés trop longtemps, faute de places en aval. C’est le péage dont une seule voie est ouverte : on peut élargir l’entrée autant qu’on voudra, la file se forme à la sortie. Un euro dépensé en phase aiguë est en partie neutralisé par l’euro qui manque ensuite.

Il reste une dimension que les comptables publics aiment peu mesurer, celle de la population active. Un quart des patients ont moins de 65 ans. L’AVC frappe donc souvent quelqu’un qui travaille, élève des enfants, fait tourner un atelier ou une entreprise. Chaque séquelle évitable est une production perdue et une charge durable. Le rapport de la Cour conclut à une prévention insuffisante, alors qu’elle est par nature l’argent le mieux placé.

En mai 2026, l’Assemblée mondiale de la santé a adopté sa toute première résolution consacrée à l’AVC. La France n’a pas à attendre Genève pour agir. Son diagnostic est posé depuis un an, et la Cour appelait à un nouveau plan sur cette pathologie. Il appartient au gouvernement de dire où il en est.

Les recommandations de la Cour n’ont rien de dispendieux. Elle propose de développer le télé-AVC entre les unités et les établissements de proximité, d’élaborer une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences de la filière, et d’actualiser la circulaire de 2012. Elle juge par ailleurs que l’ouverture de nouvelles unités n’apparaît pas envisageable à court terme. Ce sont des mesures d’organisation, donc les plus difficiles dans un système qui sait mieux ouvrir un guichet que réformer un parcours.

Que faire ? Fixer une cible publique et datée de passage en unité spécialisée. Publier chaque année le résultat région par région, et en tenir les agences régionales de santé comptables. Financer d’abord les postes et les lits d’aval plutôt que d’inaugurer de nouvelles structures. Mesurer enfin ce que coûte un AVC mal pris en charge, pour l’assurance maladie comme pour l’économie. Gouverner, c’est vérifier que l’argent engagé produit le résultat promis.

Economie Matin, 29/10/2026; Cour des comptes, rapport du 29/10/2025; Vie-publique.fr; Le Quotidien du médecin; L'Appel France, 23/10/2026; Pourquoi Docteur; Politique Matin, 29/10/2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..