Mémoire : l’IA renchérit chaque ordinateur, et la France subit un prix qu’elle ne fixe pas
SK Hynix, fabricant sud-coréen de mémoire, annonce une demande supérieure à l'offre jusqu'en 2030, et des sources de l'industrie évoquent des prix du matériel élevés jusqu'à cette échéance. Ordinateurs, téléphones et serveurs coûteront plus cher pour les ménages comme pour les entreprises françaises, qui dépendent de fournisseurs étrangers pour ces composants.

En publiant ses résultats du troisième trimestre 2026, SK Hynix a écrit noir sur blanc que la demande de mémoire dépasserait l’offre jusqu’en 2030. Selon la presse spécialisée, quatorze très gros clients, Apple compris, ont déjà réservé plus de la moitié de la production prévue pour 2027 et 2028. La DRAM et la HBM, cette mémoire empilée qui équipe les accélérateurs d’intelligence artificielle, seraient pratiquement vendues jusqu’en 2029.
Pour la France, la conséquence est simple et durable : tout ce qui calcule coûtera plus cher. Le salarié qui renouvelle son poste, l’étudiant, l’artisan qui s’équipe, la mairie qui remplace ses serveurs paieront la mémoire au prix du marché mondial. Barclays relève que les prix contractuels de la DDR4 ont gagné 24 % sur les trois mois achevés en octobre, et que ceux de la DDR5 au comptant ont progressé de 8 % sur le seul mois d’octobre. Apple a déjà relevé le tarif de ses Mac et de ses iPad en invoquant ce coût.
Le mécanisme est celui d’une file d’attente où les acheteurs ne sont pas égaux. Les clients de l’intelligence artificielle auraient réclamé 60 à 100 % de mémoire supplémentaire pour 2027, et ce secteur pèse déjà plus de la moitié de la consommation mondiale de puces. Ils absorbent la hausse sans broncher. Les fabricants de PC et de téléphones, eux, la répercutent sur l’étiquette. Le consommateur ordinaire arrive en bout de chaîne, avec la facture.
Observons les noms qui reviennent dans ce dossier : SK Hynix, Samsung, Micron, Apple, Nvidia. Aucun n’est français, aucun n’est européen. Notre pouvoir d’achat numérique se joue dans des contrats signés à Séoul ou en Californie, auxquels nous n’avons aucune prise. C’est une inflation importée, au sens le plus littéral. On a longtemps prêché la sobriété numérique dans les ministères. Le marché l’impose désormais sans circulaire, et sans demander l’avis de personne.
Gardons-nous pourtant de faire le procès de ceux qui investissent. Des entreprises privées engagent des sommes considérables dans les centres de données, et c’est leur droit. La faute, si faute il y a, est de n’avoir rien bâti de notre côté. Les fabricants eux-mêmes invoquent les procédés de pointe et les longs délais de construction des usines. Même les capacités qui ouvriront en 2027 ou 2028 seraient déjà préachetées, selon plusieurs analystes. Le temps industriel ne se rattrape pas à coups de communiqués.
Reste la tentation française par excellence : le chèque. Une prime à l’équipement numérique, un bonus pour les foyers, un fonds de soutien. Face à une offre rigide, subventionner la demande revient à verser de l’huile sur le feu. L’argent public, déjà rare, irait alimenter des marges sud-coréennes et américaines. Le contribuable français n’a pas vocation à financer la hausse de la mémoire de ses fournisseurs.
Que faire, alors ? D’abord, que l’État, les collectivités, les hôpitaux et les écoles, qui comptent parmi les gros acheteurs de matériel, gèrent leur parc en bon père de famille : planifier les renouvellements, allonger la durée de vie des machines, recourir au reconditionné quand il suffit. Ensuite, laisser les entreprises amortir plus vite les équipements informatiques qu’elles sont forcées d’acheter plus cher. Enfin, faire de la France une terre d’accueil crédible pour toute usine de composants qui voudrait s’y installer : énergie compétitive, autorisations en mois et non en années. Le prix de la mémoire ne se négocie pas. Ce qui se décide à Paris et à Bruxelles, c’est la part que nous prendrons demain à sa fabrication.
JeuxVideo.com, 1er novembre 2026 ; TechRadar France, fin octobre 2026 ; GNET, fin octobre 2026 ; Tom's Hardware France, octobre 2026 ; Mac4Ever
- Pouvoir d'achat en France : des sources de l'industrie annoncent que les prix du matériel resteront élevés jusqu'en 2030 (JeuxVideo.com)
- La pénurie de RAM pourrait durer jusqu'en 2030, et les robots risquent d'aggraver la situation (TechRadar France)
- Prix de la RAM : la pénurie de mémoire durera jusqu'en 2030 (GNET)
- Les prix de la RAM deviennent incontrôlables, et la pénurie pourrait durer encore trois ans (Tom's Hardware France)
- La pénurie de RAM sera là jusqu'en 2030 (Mac4Ever)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..