Corée du Sud : 115 milliards d’exportations en un mois, la leçon de puces que Paris feint d’ignorer

La Corée du Sud a exporté pour 115,3 milliards de dollars en octobre, soit 93,7 % de plus qu'un an plus tôt, grâce aux semi-conducteurs. Les ventes coréennes vers l'Union européenne progressent de 56,4 %, alors que la France accuse un déficit de 21 milliards d'euros sur l'électronique en 2025 et de 33,9 milliards sur les biens au premier semestre 2026.

Par · Chronique ·
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Photo : WikimediaImages / Pixabay

La Corée du Sud a vendu pour 115,3 milliards de dollars de marchandises à l’étranger en octobre, soit 93,7 % de plus qu’un an plus tôt, selon les chiffres publiés ce dimanche par son ministère du Commerce, de l’Industrie et des Ressources. Les semi-conducteurs pèsent 56,4 milliards de dollars, en hausse de 259 %. Les importations progressent de 36 %, à 72,78 milliards, ce qui laisse un excédent mensuel de 42,5 milliards. Sur dix mois, les exportations atteignent 930 milliards de dollars. Le ministre, Kim Jung-kwan, juge quasi certain le passage du seuil des mille milliards en novembre, ce qui placerait son pays derrière les États-Unis, la Chine et l’Allemagne. Les sources divergent sur un point : la presse coréenne parle d’un record mensuel, tandis qu’une reprise de Reuters classe octobre au deuxième rang, derrière les 121,1 milliards de septembre.

Cette flambée nous concerne par la porte des importations. Les ventes coréennes vers l’Union européenne ont bondi de 56,4 %, à 8,1 milliards de dollars, tirées par les puces et les automobiles. Or la France achète déjà beaucoup plus d’électronique qu’elle n’en vend : le déficit des produits informatiques, électroniques et optiques s’élevait à 21 milliards d’euros en 2025, dans un déficit total des biens de 69,2 milliards, selon le rapport annuel du Trésor. Le premier semestre 2026 a aggravé le tableau, avec un solde de moins 33,9 milliards d’euros. Août affiche encore moins 6,1 milliards. Depuis mai 2004, la France n’a pas connu un seul mois d’excédent commercial.

Ce que Séoul encaisse, c’est la rente de l’époque : les grands groupes technologiques mondiaux investissent sans relâche dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle, et quelqu’un doit fabriquer les composants. Pendant la ruée vers l’or, les plus sûrs de s’enrichir furent les marchands de pelles. La Corée vend les pelles. La France, elle, organise des sommets, rédige des rapports et achète le matériel.

Il serait pourtant naïf de ne voir là qu’un modèle. Près de la moitié des exportations coréennes d’octobre reposent sur un seul produit, et un cycle d’investissement ne dure pas toujours. Même à Séoul, la consommation privée a légèrement reculé au dernier trimestre et l’inflation reste au-dessus de la cible de la banque centrale. Nous avons de surcroît notre propre souvenir : le Plan Calcul des années 1960 a rappelé qu’un État stratège ne remplace pas l’entrepreneur. L’argent public n’a jamais suffi à fabriquer une filière. Il faut des usines qui tournent, des clients et des règles stables.

Or le mal français tient d’abord à l’offre. Au premier trimestre 2026, nos exportations de biens ont reculé de 5,6 % en volume, alors que la demande mondiale adressée à la France progressait de 0,6 %. En valeur, nos ventes ont baissé de 2 % quand celles de l’Espagne gagnaient 2,2 %, celles de l’Italie 1,3 % et celles de l’Allemagne 0,6 %. Sur les douze mois d’août 2025 à juillet 2026, nous avons exporté pour 637 milliards d’euros et importé pour 698,4 milliards, soit un déficit de 61,6 milliards. Le marché existe. C’est nous qui n’y sommes pas.

La dégradation du premier semestre est d’ailleurs attribuée en priorité à la hausse de la facture énergétique. Une industrie lourde en capital, comme celle des composants, exige de l’électricité abondante, de la visibilité et des permis délivrés en mois plutôt qu’en années. Voilà précisément ce que notre administration sait le moins offrir, et ce qu’elle ne cesse de compliquer par l’empilement des normes et des procédures.

La France n’a pas à copier Séoul, elle a à cesser de handicaper ses producteurs. Cela suppose d’alléger les impôts de production qui pèsent sur les usines avant même qu’elles ne vendent, de raccourcir les délais d’installation, de garantir un prix de l’énergie compétitif et de conditionner chaque euro de subvention à des résultats mesurables en emplois et en exportations. Un déficit commercial chronique depuis vingt-deux ans n’est pas une fatalité. C’est le prix d’un choix : celui de taxer l’investissement plutôt que de l’attirer.

Agence de presse Yonhap, 1er novembre 2026; Korea Herald, 1er novembre 2026; Korea Times, 1er novembre 2026; Business Recorder (Reuters), 1er novembre 2026; Direction générale du Trésor, février 2026; Devizu.news (Douanes), 7 octobre 2026; Classe Export, 2026; Contrepoints, 2026

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..