Mémoire : 907 lieux de sépulture à l’étranger, la France doit en faire une affaire d’État
Le Souvenir français mène sa quête nationale de la Toussaint, et des hommages ont lieu ce samedi dans plusieurs villes. En 2023, le ministère des Armées comptait 907 lieux de mémoire où reposent des soldats français à l'étranger. Leur entretien engage l'État et passe par l'accord de pays tiers, l'Algérie au premier rang.

Pour la Toussaint, le Souvenir français lance sa quête nationale, du vendredi 30 octobre au mardi 3 novembre. Les fonds vont à l’entretien et au fleurissement des tombes et monuments des Morts pour la France. Ce samedi, les hommages se sont multipliés. À Vierzon, un cimetière qui n’avait jamais eu de cérémonie a été honoré, selon Le Berry Républicain. À Nîmes, on s’est souvenu des morts de la Somme à l’Algérie, selon Midi Libre.
On pense cette mémoire à l’échelle du clocher. Elle a pourtant une dimension extérieure que l’on oublie. Sur les 907 lieux de mémoire recensés en 2023, 487 sont en Europe, 361 en Afrique, 30 en Amérique et 29 en Asie. Un rapport du Sénat, plus ancien, évaluait à près de 130 hectares la superficie entretenue hors de nos frontières. Chacun de ces carrés est un lien durable entre la France et un pays tiers, et ce lien dépend de l’accord de ce pays.
L’Algérie en offre le cas d’école. Jusqu’à l’indépendance, le Souvenir français et l’Oeuvre des tombes entretenaient les sépultures militaires françaises. Le 16 août 1962, l’État a décidé d’en assumer la garde et l’entretien. À Oran, la nécropole du Petit Lac, créée à l’origine par le Souvenir français, rassemble des milliers de tombes. Le même rapport sénatorial qualifiait déjà de récurrent le problème de l’entretien des nécropoles algériennes.
Rapatrier un soldat reste un parcours d’obstacles. Lors d’un premier cas présenté comme tel par l’armée, un sergent mort en 1956 a été exhumé puis inhumé à Argelès-sur-Mer. Il avait fallu plus de quatre ans de négociations menées par les familles, soutenues par le Souvenir français et l’Office national des anciens combattants. Les démarches exigeaient l’autorisation de l’État algérien et de l’État français, et leur coût pesait lourd sur les familles. Selon l’officier cité par Europe 1, environ 400 soldats français restent enterrés en Algérie, contre plus de 15 000 morts au combat de 1954 à 1962.
La question de l’argent n’est pas moins instructive. Le rapport du Sénat notait que le Souvenir français entretenait 37 000 sépultures dans les carrés communaux. L’État ne versait alors, selon ce texte, que 1,22 euro par tombe et par an pour quelque 40 000 tombes. Ce chiffre est ancien et mérite d’être actualisé. Il montre pourtant une logique tenace : l’association comble ce que l’administration ne finance qu’à regret, y compris, d’après le même rapport, dans les cimetières de garnison en Allemagne. Depuis 2022, la Direction de la mémoire, de la culture et des archives, au ministère des Armées, est chargée de l’entretien des lieux de mémoire, y compris à l’étranger.
L’histoire de l’association éclaire le sujet. Née en 1887 en Alsace et en Lorraine, elle a fait de l’entretien des tombes sa mission, partout où le sang français a coulé. On la compare à la Commonwealth War Graves Commission britannique. Cette fidélité est à l’honneur de la société civile. Elle ne dispense pas la puissance publique de ses devoirs, d’autant que l’association rend aussi hommage aux combattants de conflits récents, de l’ex-Yougoslavie à l’Afghanistan et au Mali.
Une nation qui envoie ses soldats loin doit pouvoir dire à leurs familles que leurs tombes seront tenues, où qu’elles soient. C’est une question de crédibilité autant que de reconnaissance. Dans une relation avec Alger que personne ne qualifierait de sereine, la mémoire des sépultures ne doit servir de monnaie d’échange à aucune des deux capitales. Elle ne se règle pas non plus par la seule bonne volonté. Il faut un interlocuteur, une ligne de crédit et un mandat clair.
La France devrait donc agir sur trois points. Elle devrait publier un recensement complet et géolocalisé des tombes à l’étranger, avec leur état. Elle devrait inscrire à la Direction de la mémoire une enveloppe pluriannuelle, qui ne dépende ni de la quête de Toussaint ni des humeurs budgétaires. Elle devrait enfin faire de l’entretien et du rapatriement des sépultures un chapitre à part entière de ses discussions bilatérales, avec l’Algérie comme avec les autres pays hôtes. Ce que l’on doit aux morts ne se négocie pas à la sauvette, et la diplomatie est le lieu où le faire valoir.
Le Berry Républicain, 31 octobre 2026 ; Midi Libre, 31 octobre 2026 ; commune de Sainte-Marie, 20 octobre 2026 ; Sénat, rapport sur les lieux de mémoire ; Europe 1 ; Assemblée nationale, question écrite ; Wikipédia
- De la Somme à l'Algérie, Nîmes se souvient des Français morts pour la France dans les grandes guerres du XXe siècle (Midi Libre)
- Quête nationale du Souvenir Français (Commune de Sainte-Marie)
- Lieux de mémoire : comment ne pas les oublier (Sénat)
- Un soldat français inhumé en France, 60 ans après sa mort en Algérie (Europe 1)
- Cimetière militaire français à l'étranger (Wikipédia)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de M.L..