Tourisme : la France encaisse l’excédent, mais ne doit pas prendre la rente pour acquise

Le World Travel & Tourism Council (WTTC) chiffre le poids du tourisme à 11 600 milliards de dollars en 2025, soit 9,8 % du PIB mondial. Le solde touristique français de 2025 est excédentaire de 17,0 milliards d'euros selon le Trésor et de 19,4 milliards selon le WTTC. Il a pourtant reculé au deuxième trimestre 2026, sous l'effet de la guerre au Moyen-Orient.

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Le WTTC l’a redit à Paris lors du forum A World for Travel : le tourisme a contribué à hauteur de 11 600 milliards de dollars en 2025, soit 9,8 % du PIB mondial. Pour 2026, il attend une hausse de 2,5 %, alors qu’il tablait au départ sur 3 % à 4 %. À l’horizon 2036, il projette 17 100 milliards de dollars, soit 47 % de plus.

Pour la France, l’enjeu se lit dans la balance des paiements. Selon le WTTC, les visiteurs étrangers ont dépensé 81,3 milliards d’euros chez nous en 2025, contre 61,9 milliards dépensés par les Français à l’étranger, soit un solde positif de 19,4 milliards. La direction générale du Trésor retient de son côté un solde de 17,0 milliards d’euros, contre 3,1 milliards en 2024. Les deux chiffres ne coïncident pas. Le message est pourtant le même : le tourisme rapporte au pays bien plus qu’il ne lui coûte.

Le moment n’autorise pas la satisfaction. Au deuxième trimestre 2026, le solde touristique s’est établi à 4,9 milliards d’euros en volume, soit 3,5 % de moins qu’au premier trimestre. C’est le premier repli depuis le quatrième trimestre 2024, affecté par le contrecoup des Jeux olympiques. Le tourisme reste un contributeur positif à la croissance, mais l’acquis n’est plus que de 0,1 point.

Le coupable est identifié. La guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février 2026, a désorganisé des plaques tournantes par lesquelles transitent environ 14 % des passagers internationaux. Dès mars, le WTTC évaluait le coût pour le secteur à au moins 600 millions de dollars par jour. Le Trésor jugeait en avril que le détournement des flux pèserait peu sur l’année, mais que l’effet indirect des prix pourrait être plus significatif.

La France perd aussi des clients qui dépensent beaucoup. L’Echo touristique observe un recul des clientèles du Proche et du Moyen-Orient dans les hôtels haut de gamme et de luxe. Elles avaient pourtant progressé de 57 % en Île-de-France à l’été 2025, et représentaient environ 10 % des nuitées des palaces en 2023, selon KPMG. Le WTTC voit certes l’Europe profiter du report des voyageurs vers des destinations proches, avec 7,1 % de hausse des dépenses internationales. Mais c’est l’Italie, suivie de l’Espagne, qu’il place au premier plan pour la croissance attendue, non la France.

Faut-il s’alarmer ? Non, et le WTTC a raison de rappeler que ce secteur se relève toujours : les voyages internationaux sont passés d’une baisse de 72 % en 2020 à 1,47 milliard d’arrivées en 2024, soit le niveau de 2019. Mais la résilience d’une industrie mondiale ne garantit la part d’aucun pays. Le voyageur qui renonce à Paris ira à Rome ou à Barcelone, et il n’aura pas à nous demander la permission.

C’est ici que l’État a sa part de responsabilité. Hôteliers, restaurateurs, transporteurs, guides, saisonniers : ceux qui fabriquent cet excédent sont des entreprises, souvent petites, qui investissent et embauchent. Elles subissent des coûts d’énergie et de carburant que la géopolitique renchérit, et une réglementation qu’aucune guerre n’a allégée. La tentation, quand les caisses sont vides, est de se servir sur le secteur qui marche. Ce serait manger la semence.

La France devrait s’en tenir à trois principes simples. Garantir la stabilité fiscale du secteur plutôt que d’y chercher des recettes d’appoint. Soutenir des liaisons aériennes avec l’Asie qui ne dépendent pas d’une seule plaque tournante, en s’appuyant sur ses compagnies et ses aéroports. Lever enfin les obstacles qui empêchent d’embaucher et de loger les saisonniers. Un excédent de 17 à 19 milliards d’euros se mérite chaque été. Il ne se décrète pas.

L'Echo touristique, 30 octobre 2026 ; L'Echo touristique, 12 mai 2026 ; L'Echo touristique, 16 mars 2026 ; L'Echo touristique, 11 mars 2026 ; Direction générale du Trésor, 18 septembre 2026 ; Direction générale du Trésor, 10 avril 2026 ; AFP via France 24, 18 mai 2026 ; PAX Nouvelles

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..