Eramet : la France recapitalise ses métaux critiques, il lui faut maintenant une stratégie
Eramet a annoncé jeudi 746 millions d'euros de chiffre d'affaires ajusté au troisième trimestre 2026, soit 4 % de plus sur un an. Le groupe minier prépare une augmentation de capital de 500 millions d'euros avant la fin de l'année. L'État, qui détient 27,1 % du capital, doit en devenir le premier actionnaire, ce qui engage l'argent des contribuables et la sécurité d'approvisionnement de l'industrie française.

Eramet affiche pour le troisième trimestre un chiffre d’affaires ajusté de 746 millions d’euros, en hausse de 4 % (3 % à périmètre et change constants). Les prix ont apporté 15 points, les volumes en ont retiré 12, du seul fait de la baisse des ventes en Indonésie. La production de PT WBN, mise à l’arrêt pendant quatre mois, a repris en septembre. Le groupe vise pour l’année un Ebitda ajusté de 540 à 610 millions d’euros et confirme des investissements de 250 à 290 millions.
Ces chiffres intéressent la France pour une raison simple : le contribuable est devenu l’actionnaire central de cette affaire. L’Agence des participations de l’État détient aujourd’hui 27,1 % du capital. Le montage doit en faire le premier actionnaire, avec une participation sous 50 % du capital et des droits de vote effectifs sous 49 %. Manganèse pour l’acier, nickel pour l’inox et les batteries, lithium pour les véhicules électriques : ce sont les métaux dont dépend l’industrie.
Le détail du trimestre montre un groupe à deux vitesses. Le manganèse pèse 482 millions d’euros, en hausse de 14 %. Le lithium passe de 7 à 70 millions. Le nickel ajusté, hors SLN, tombe de 142 à 51 millions. Eramet prévient lui-même d’un effet de gamme défavorable et d’un recul des prix du lithium. Les sources divergent sur le Transgabonais : la dépêche boursière évoque 14 % de volumes transportés en plus, tandis que le tableau du communiqué de la société indique 1,7 million de tonnes contre 1,6, soit environ 7 %. Le 14 % correspond au chiffre d’affaires du manganèse.
Derrière la bonne tenue opérationnelle se tient un bilan abîmé. Eramet a enregistré en 2025 une perte nette de 477 millions d’euros et son endettement est élevé. Selon Portzamparc, la levée de fonds était nécessaire pour éviter un risque sur les engagements vis-à-vis des banques. Le marché a sanctionné l’annonce : le titre a perdu 7 % à 40,44 euros le jour suivant. La dilution des actionnaires existants est le prix de ce redressement.
La souveraineté sur les métaux critiques est un objectif juste. Colbert faisait déjà de l’approvisionnement en matières stratégiques une affaire d’État, et il avait raison. Mais une souveraineté ne s’achète pas par un chèque, elle se construit par des contrats, des usines et une discipline de gestion. Le gouvernement parle d’une stratégie engagée depuis plusieurs années. Les résultats de ces années ne sont pas ceux d’une réussite : un groupe en perte, une recapitalisation d’urgence, un État qui entre au capital pour éviter le pire.
Le risque est aussi géographique. Les gisements d’Eramet sont au Gabon, en Argentine, en Indonésie, en Nouvelle-Calédonie. Un arrêt de quatre mois à Weda Bay a suffi à retirer 12 points de volumes au trimestre. Quant à la SLN, les données ajustées en excluent l’essentiel des activités, qui sont à la charge de l’État français. Le lecteur doit le savoir : le contribuable paie déjà sur ce front, avant d’ouvrir son portefeuille pour la levée de 500 millions.
La gouvernance change aussi. La famille Duval doit descendre sous 30 % du capital. Un nouveau pacte d’actionnaires sera signé et la gouvernance modifiée. L’AMF a accordé le 26 octobre une dérogation qui dispense l’État de lancer une offre publique d’achat. L’État actionnaire a sa part de réussites et d’échecs dans l’histoire industrielle française. Il réussit quand il fixe un cap et se retire à temps. Il échoue quand il confond propriété et stratégie.
La France doit donc poser ses conditions avant que l’augmentation de capital ne soit bouclée. Elle devrait publier un mandat clair pour l’Agence des participations de l’État, fixer un objectif de rentabilité du capital engagé et prévoir un calendrier de désengagement. Elle devrait aussi obtenir que ce soutien public se traduise par des contrats d’approvisionnement pour les industriels français, sans quoi la souveraineté restera un mot du communiqué et non une réalité des usines. Les 500 millions sont une avance. Il reste à savoir ce qu’ils achètent.
Zonebourse, 29 octobre 2026; Eramet (communiqué), 29 octobre 2026; AFP via La 1ère, 29 octobre 2026; Ministère de l'Économie, 12 octobre 2026; Journal du Net, 13 octobre 2026; Entrevue, octobre 2026
- Revenus trimestriels en hausse de 4% pour Eramet (Boursorama / Zonebourse)
- Eramet : bonne dynamique opérationnelle au T3 et avancée du plan de financement (GlobeNewswire (communiqué Eramet))
- Eramet continue de préparer son augmentation de capital, pénalisé par le nickel au 3e trimestre (La 1ère (franceinfo))
- Minerais critiques : l'État devient le premier actionnaire au capital de la société Eramet (Ministère de l'Économie)
- Eramet : l'Etat devient premier actionnaire, le titre chute malgré une levée de 500 millions d'euros (Zonebourse)
- Eramet : l'AMF autorise l'État à prendre le contrôle du capital sans lancer d'OPA (Entrevue)
Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de Yvan T..