Routes bulgares : un ministre avoue que seule la police combat le fléau

Le ministre bulgare de l'Intérieur, Ivan Demerdjiev, a déclaré cette semaine que la police lutte presque seule contre l'insécurité routière, faute de stratégie nationale. Selon les chiffres définitifs de la Commission européenne, publiés le 27 octobre, la Bulgarie affiche toujours l'un des taux de mortalité routière les plus élevés de l'Union.

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Photo : 12019 / Pixabay

Le ministre bulgare de l’Intérieur, Ivan Demerdjiev, a expliqué cette semaine à la presse que la police combat l’insécurité routière à la force des bras, faute de politique d’ensemble. Dans les pays qui obtiennent de meilleurs résultats, a-t-il précisé, la police assure environ un tiers de l’effort. Les institutions de l’État et des communes qui devraient porter le reste, près de 70 %, font défaut, et son ministère tente de les suppléer. Une stratégie nationale est en préparation avec les ministères des Transports et du Développement régional. Son application est prévue jusqu’en 2027.

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Selon les données définitives publiées mardi par la Commission européenne, la Bulgarie a compté en 2025 soixante et onze morts sur la route par million d’habitants. La Roumanie en compte soixante-huit et la Croatie soixante-cinq. Ce sont les trois taux les plus élevés de l’Union. Bruxelles range pourtant la Bulgarie parmi les cinq pays en voie d’atteindre l’objectif d’une réduction de moitié d’ici 2030. L’honnêteté commande de le dire : la tendance est bonne, mais le niveau reste inacceptable.

L’aveu est rare. Il honore celui qui le formule et il accable l’appareil d’État qu’il décrit. Un ministre qui reconnaît qu’il comble les vides laissés par d’autres administrations constate une chaîne de responsabilités rompue. La sécurité routière est justement une chaîne : la chaussée, la signalisation, les glissières, l’état des véhicules, le contrôle, la sanction. Quand un seul maillon travaille, les autres ne tiennent pas la charge à sa place.

On demande ici au gendarme de faire le travail du cantonnier, de l’ingénieur et du maire. Un policier peut verbaliser l’excès de vitesse. Il ne peut ni retracer une voie, ni remplacer un panneau absent, ni redessiner un carrefour meurtrier. Un représentant du ministère l’a dit sans détour : sans meilleures infrastructures et une meilleure signalisation, il n’y a aucune chance d’approcher les résultats de la Pologne.

La police, de son côté, n’est pas restée les bras croisés. Le ministère annonce des contrôles renforcés avec drones et vidéosurveillance, et une action contre les courses illégales. Il fait aussi état de treize mesures destinées à mobiliser quelque 8 500 agents formés au contrôle routier. Le ministre assure que des effets se voient déjà : pneus remplacés, moins de véhicules projetés à travers les glissières. Il a aussi demandé à chaque direction de police un recensement des tronçons dangereux de sa région, à financer par le fonds de sécurité routière. La police est devenue, par défaut, le bureau d’études de la route.

Ce zèle a un coût. Un service qui supplée les autres perd en spécialisation, et la responsabilité se dilue au point que personne ne répond de rien. Une stratégie dont l’horizon est 2027 n’est pas encore un budget, ni un calendrier, ni un responsable désigné. Derrière les taux par million d’habitants, il y a des familles. La police nationale bulgare a recensé 478 morts sur les routes en 2024.

La France n’a pas de leçon de morale à donner. La Commission relevait, pour la période 2019-2024, que la France, comme l’Espagne, la Grèce et l’Italie, n’avait enregistré que des baisses modestes. Ici comme là-bas, la tentation est de réclamer davantage de radars ou davantage de campagnes. C’est la chaîne entière qu’il faut examiner, et pas seulement son maillon le plus visible.

Il faut donc que Sofia adopte sa stratégie avec un budget, un calendrier et un responsable nommé pour chaque segment : routes, signalisation, communes. La liste des tronçons dangereux doit être publique, région par région, avec des indicateurs de résultats que les élus locaux et les gestionnaires de voirie devront assumer. La police gardera sa mission de contrôle et de sanction. Un État se juge à ce que chacun de ses services fait de sa part, non à la vaillance du seul qui s’en acquitte.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..