Carburants : l’État réclame de l’exemplarité à Total et oublie de fixer sa propre règle

TotalEnergies a annoncé jeudi 29 octobre un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre, plus du double de celui de l'an dernier. La porte-parole du gouvernement et ministre de l'Énergie, Maud Bregeon, lui a demandé d'être « exemplaire » et de répercuter à la baisse l'effet de la libération des stocks stratégiques de gazole. Le gouvernement écarte pour l'instant toute mesure contraignante, tandis que La France insoumise réclame un blocage des prix.

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Le calendrier est parfait pour les tribuns. Jeudi 29 octobre, TotalEnergies a publié un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre, contre 3,7 milliards un an plus tôt, porté par la tension sur le gazole et par la hausse du prix du gaz. LCP rapporte le chiffre de 7,45 milliards d’euros, et un site spécialisé avance 9,1 milliards de dollars en résultat ajusté. Les devises et les périmètres diffèrent, mais l’ordre de grandeur et le record ne sont pas contestés.

Dans la foulée, sur BFMTV et RMC, Maud Bregeon a demandé au groupe d’être « exemplaire » et de répercuter à la baisse l’avantage de la libération des stocks stratégiques. Cette libération doit débuter le 1er novembre. Selon Économie Matin, un décret en fixe les conditions et la mesure doit alléger la pompe de 12 à 18 centimes le litre. De son côté, Total plafonne depuis plusieurs semaines le gazole à 2,25 euros dans ses stations, quand des concurrents affichent jusqu’à 2,35 euros.

Reconnaissons au gouvernement une sagesse : il refuse le « Total bashing ». La France insoumise réclame, elle, de bloquer les prix, comme si un décret pouvait abolir la rareté. L’histoire a déjà fait passer l’examen : en 301, l’édit de Dioclétien fixa des prix maximums dans tout l’Empire, et ce furent les marchandises qui disparurent, non la cherté. Un prix bloqué à la pompe, c’est la pénurie qui se met en file indienne.

Il serait pourtant trop commode, pour une droite qui se pique de rigueur, de s’arrêter là. Un bénéfice record n’est ni un délit ni une preuve de faute. Il suit le cycle des matières premières, et le même groupe encaisserait des résultats moins brillants si la tension retombait. Observons d’ailleurs que le plafonnement volontaire de Total lui fait gagner des parts de marché. La concurrence a fait en quelques semaines ce qu’aucun communiqué n’obtient.

Reste la méthode de l’État, qui n’en est pas une. Le stock stratégique est un bien public. L’exécutif le mobilise, puis s’en remet à la bonne volonté d’une entreprise pour que l’effet atteigne l’automobiliste. Le pouvoir « demande », il n’impose rien et ne mesure rien. Ce que l’on nomme exemplarité est un souhait, pas un dispositif. Pourquoi, d’ailleurs, ne désigner qu’un seul groupe quand la mesure vise le prix à la pompe dans son ensemble ?

L’improvisation a une mémoire. En 2022, selon une proposition de résolution déposée à l’Assemblée, la remise sur le carburant a coûté 7,5 milliards d’euros d’argent public. Un an plus tard, le gouvernement autorisait la vente à perte pour quelques mois, après un accord conclu avec le groupe pour devancer le Parlement. La recette est connue : on éteint l’incendie au pistolet à eau, on fait payer la facture à la dette, puis on recommence quand le prix remonte.

La vraie question est donc simple, et personne ne la pose : quelle part de la baisse permise par les stocks publics arrive effectivement au consommateur ? Sans mesure, chacun répondra selon son camp. Les uns parleront de « superprofits », les autres de marché vertueux, et l’automobiliste, qui paie son gazole plus de 2 euros le litre, restera juge de paix sans pièces au dossier.

Il faudrait trois choses. D’abord une règle écrite avant la crise : à quelles conditions l’État libère-t-il des stocks, et comment contrôle-t-il la répercussion des baisses. Ensuite de la transparence sur les marges de raffinage, confiée aux autorités de concurrence, qui diraient publiquement qui garde quoi. Enfin, si une aide aux ménages modestes s’impose, qu’elle soit ciblée, limitée dans le temps et financée par des économies, non par l’emprunt. Gouverner, c’est prévoir. Quémander ne suffit pas.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.D..