Écoles vétérinaires : la gratuité pour tous ne soignera pas les campagnes

Une pétition en ligne réclame la gratuité des études vétérinaires pour tous les étudiants. Dans les quatre écoles publiques, les droits s'élèvent à 2 852 euros par an et les boursiers en sont déjà exonérés. Le vrai enjeu pour la France est ailleurs : les éleveurs peinent à trouver un praticien, et seuls 15,2 % des vétérinaires exerçaient en rurale en 2023.

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Photo : AnNeef / Pixabay

Une pétition mise en ligne sur MyPetition.org demande de rendre l’école vétérinaire gratuite pour tous les étudiants. Le texte relayé aujourd’hui ne contient ni chiffre ni calendrier, et rien n’indique qu’un parlementaire ou un ministère s’en soit saisi. Il vaut pourtant d’être pris au sérieux, car il pose une vraie question : qui paie la formation de ceux qui soigneront les bêtes de France, et que doit-on leur demander en retour ?

Cette question touche directement l’élevage français. Selon l’Ordre national des vétérinaires, il manquerait entre 800 et 1 000 praticiens, surtout dans les campagnes. En Nouvelle-Aquitaine, le ministère de l’Agriculture relève que la région a perdu 20 % de ses vétérinaires spécialisés en animaux de rente en cinq ans. Un éleveur sans vétérinaire ne peut ni vacciner ni dépister ni traiter à temps, et c’est la souveraineté alimentaire qui s’effrite, un canton après l’autre.

Regardons d’abord ce que coûte aujourd’hui la formation. Les quatre écoles nationales vétérinaires, toutes placées sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, facturent 2 852 euros par an pour 2025-2026. Les étudiants boursiers sur critères sociaux sont exonérés des droits, et ne doivent que la contribution de vie étudiante et de campus, fixée à 105 euros. Pour 2026-2027, l’arrêté publié en juillet prévoit une quasi-stagnation, avec une hausse de 0,24 à 0,26 %. On est loin d’un verrou financier.

Le verrou se trouve ailleurs, dans le concours, et dans l’alternative privée. UniLaSalle, à Rouen, facture 14 500 euros par an les trois premières années puis 19 200 euros les trois suivantes, sans exonération pour les boursiers d’après les sources consultées. Un nombre croissant de candidats, selon un comparateur d’orientation, choisit d’étudier à l’étranger faute de place. Si la gratuité devait être financée, ce serait en priorité par des places supplémentaires dans le public, non par un chèque généralisé.

Car la gratuité pour tous a un défaut que les pétitionnaires n’abordent pas : elle est aveugle. Elle subventionnerait au même niveau l’étudiant modeste, déjà exonéré, et le futur associé d’une clinique urbaine pour animaux de compagnie. Or le fossé est connu. Une revue de l’Inrae compte 20 532 vétérinaires tournés vers les animaux de compagnie et seulement 6 428 vers les animaux de rente. L’argent public irait là où l’on n’en manque pas.

Les conséquences se mesurent sur le terrain. En Dordogne, des éleveurs du Périgord Noir et du Périgord Vert disent n’avoir parfois plus aucun praticien pour leur cheptel, depuis qu’un cabinet a cessé les soins en élevage. Dans l’Yonne, le département a choisi de financer le logement des stagiaires pour les attirer. Ces rustines locales disent l’essentiel : la rurale est un service public de fait, exercé dans un cadre libéral qui ne le rémunère pas à sa mesure.

La République a déjà su régler ce genre d’équation. L’école normale offrait des études gratuites à des enfants du peuple en échange d’un engagement décennal au service de l’instruction publique. Le principe était simple : la nation avance, l’élève rend. Rien n’interdit de l’appliquer aux vétérinaires, avec une gratuité totale des études contre quelques années d’exercice en zone sous-dotée, comme on le débat pour les médecins.

La France devrait donc répondre à la pétition par un contrat plutôt que par un slogan. Elle devrait ouvrir davantage de places dans les écoles publiques, adosser la prise en charge des droits à un engagement territorial, et rémunérer correctement les missions sanitaires que l’État confie aux praticiens. Faire payer le contribuable pour tous sans rien demander à personne ne rapprochera pas un vétérinaire d’une étable de l’Ardèche. Un engagement clair le fera.

Chronique rédigée et illustrée avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées, sous la responsabilité de A.B.R..